
Enfin terminé (indépendamment de l'Odyssér, je l'ai lue car j'étais bloqué dans la Mort de Virgile d'Hermann Broch, qui semble d'ailleurs assez peu se rapporter au texte de Virgile, si ce n'est pour lui prêter une dimension de poète à la fois national et sceptique solitaire, où la morale et la compassion procèdent du doute ou de l'impuissance, constituen le revers passif mais inévitable de l'épopée, presque semblable à la mort, qui se retrouve à la fois chez Énée et l'auteur pour Broch).
La traduction de Paul Veyne est fine, mais l'appareil de notes bavard, et sympathique, on sent qu'il veut persaduer le lecteur de l'actualité morale en même temps que la spécificité historique du texte, qu'il en doute lui-même un peu, mais cela fait un dialogue et une question).
J'ai eu du mal mais j'ai adoré. C'est beaucoup plus riche et profond qu'Homère (aussi lu en traduction), en fait Virgile répond plutôt à Eschyle auquel il s'oppose (chez lui la souffrance du chef n'est pas liée à une faute ou à une vebgeance, mais ontologique et sourde, la loi civile ne procède pas de sa liquidation mais de son expressikb).
La fin est assez abrupte, je crois que le roman de Broch repose sur la thèse d'une Énéïde inachevée. Mais cela est peut-être aussi forme d'humour de la part de Vigile (
ha Turnus ta plainte et ta soudaine modestie me touchent quand-même et ta survie ne serait pas contraire à la justice et à la paix...ha mais il a volé les chaussures de Pallas en fait, quel enfoiré et bim).
Virgile fait remarquablement exister les ennemis des Troyens, leur confere une raison et une noblesse dans la défaite au-delà de la violence et de la logique de guerre. On connait le passage au pays des Morts, mais il est étrange que laa mort de l'Amazone Camille ne soit pas plus connu, surtout par la portér féministe du personnage, qui estcsa véracité, sa eéalité face au mythe (sans parler de la rivalité entre Junon et Jupiter, cause indirecte de la guerre, qui n'est pas comme chez Homère liée à la faute d'un homme contre un peuple, elle est l'opacité du sens que le chef subit lui-même, en étant pourtant personnellement sacré).
Politiquement c'est extrêmement riche, il y a dans les premiers livres avec Didon la question du rapport de dette de l'Europe envers l'Afrique, que l'histoire et la psychologie de De Gaulle rappellent de manière troublante.
Et c'est l'anti grand-remplacement. D'une part la déesse nationale de Rome, Junon, est une persécutrice des Troyens qui a chosi Carthage contre Rome. Elle est le symbole et la protection de son vainqueur, qui par ailleurs ne la connaissait pas.
En plus Énée thématise explicitement le fait qu'il va donner ses Dieux et sa religion au peuple étranger où il s'impose comme roi, non pas par orgueil et volonté de pouvoir (celui-ci lui est promis mais est quasi un transcendantal, l a priori qui organise le réel, tout en étant plus douteux que celui-ci, par l'exil et la défaite de Troie le pouvoir et la royauté d'Énée deviennent pour lui aussi extérieurs, codés et nècessaires que la religion), mais presque malgré lui, par fatigue (ressort de la justice). Son statut de roi-immigrant en fait le vecteur d'une historicité politique qui se voudrait consciemment finie rt achevée, contre les Dieux qui la produisent.
Et on oppose bien au statue d'étranger d'Enée les valeurs et l'identité latines qui seront conservées, malgré la défaute de Turnus (qui est donc sacrifié pour sauver une forme d'essentialisme politique), mais cela n'est pas le désir des Latins eux-mêmes. Uniquement une demande de Junon qui ne veut pas perdre la face vis-à-vis de Jupiter. L'insistance sur l'identité nationale est le prix de la défaite, la honte devant la survie et l'affection procédant toute ensemble d'une extériorité mais silencieuse réelle sur Rome.
Les Latins eux n'avancent pas cette idée de conservation de leurs valeurs ou de leurs identité nationales. Ils sont fatigués par la guerre qu'ils perdent et lâchent Turnus, lui demandant d'assumer seul la défaite. Mais ce qui est troublant c'est que ce renoncement et cet appel indirect à la paix prennent une forme relativement violente. Il est demandé par unbtribun rival de Turnus, assez populiste (avec l'idée d'une interpelation directe du chef qui rend encore le droit historiquement contingent). Ils souhaitent la paix mais elle reste un besoin plutôt qu'une valeur
Le droit reste l'hors-champ et l'après, faibles mais constituant le réel d'où la fiction est lue
Mais cela veut dire que le droit reste pour les Latins une altérité similaire à celle de l'étranger
Virgile doit leur faire croire qu'il ne procèdent pas d'eux mais du monde pour qu'ils le conservent, dans leur solitude, la sécurité impérialisste et leur doute.