Forum de FilmDeCulte

Le forum cinéma le plus méchant du net...
Nous sommes le 24 Fév 2026, 17:45

Heures au format UTC + 1 heure




Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 7 messages ] 
Auteur Message
MessagePosté: 21 Jan 2021, 11:54 
Hors ligne
Expert
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 24 Nov 2007, 21:02
Messages: 29501
Localisation: In the Oniric Quest of the Unknown Kadath
Image

Je n'avais vu qu'un film de Patricia Mazuy, Sport de filles, que j'avais quasiment détesté et pourtant j'ai une vraie curiosité pour son cinéma. J'aime beaucoup ses interviews, tu sens tout de suite qu'elle à part, qu'elle a une démarche de cinéma assez singulière, très protéiforme avec des influences inattendues (là par exemple elle explique qu'elle s'est inspirée de films de kung fu pour filmer des scènes de clients dans une boulangerie :shock:). Et puis ce titre, du genre de titre qu'on oublie pas. Ce qui ne gâche rien c'est qu'il est facile à voir, il dure 1h15, à peine plus qu'un épisode de série (le film fait partie d'ailleurs de la collection Tous les garçons et les filles de leur âge produite par Arte).

Et au final c'est sans doute l'un des meilleurs teen movie français. Le film est à la fois tout simple et en même temps traversé par quelque chose de profondément singulier, une énergie, une physicalité qui se transforme en violence
cette improbable explosion de la boulangerie
une espèce de vision de l'adolescence comme un tourbillon qui crame littéralement tout sur son passage. Tout se conclue sur une longue scène de boum dans une patinoire. Et là le film atteint quelque chose de très spécial, une forme de fantasmagorie adolescente musicale et romantique. Tout cela pour se finir
de manière extrêmement violente avec le suicide très poétique du personnage masculin et l'errance folle de la jeune amoureuse déjà veuve qui répète inlassablement les dernières paroles du suicidé :shock:


Ainsi le film passe d'un ton à un autre sans transition, le début est très léger, très drôle, très quotidien. La situation avec la boulangerie que la fille doit garder et son appart à côté où elle fait des allers retours ça fonctionne super bien. Il y a un mouvement permanent et de sa situation initialement très simple (une rencontre dans un bus entre deux ados, un rendez-vous compromis), Mazuy développe une construction presque mythologique avec une vraie réflexion sur le rôle de la fiction avec cette mise en abyme sur le mythe Travolta et ces deux personnages qui semblent exister dans deux réalités différentes. Très bon texte ici qui se termine sur cette magnifique citation de Nicole Brenez sur la fin.
"Nicolas, lui, chancelle pour toujours, en raison d’un suspens définitif, littéralement sublime puisqu’on reste à jamais au seuil de l’écrasement. La danse devient vacillement intégral, extase continue : aussitôt avant le suspens, tous les danseurs tombaient, chutaient sur la glace ; aussitôt après, la figure dissoute de Nicolas se propage partout, dans la litanie de Christine, dans l’hallucination de la jeune fille, dans la musique des Clash."


Vraiment une excellent découverte, j'irai même jusqu'à dire qu'il pourrait aisément faire partie des meilleurs films français des années 90. Le casting est génial et c'est que des amateurs qui n'ont quasiment rien fait d'autre (ce qui est particulièrement curieux pour l'actrice principale qui est vraiment impressionnante). Un film qui gagnerait totalement à être redécouvert. Je me demande s'il y a pas des problèmes de droits qui expliqueraient sa relative disparition, il n'existe pas en vidéo et pas de rediff télé (il y a des extraits de Saturday Night Fever, une BO blindée de chansons populaires, les Bee Gees, Michael Jackson, The Clash...). Très envie de voir Saint-Cyr du coup.

_________________
CroqAnimement votre


Haut
 Profil  
 
MessagePosté: 21 Jan 2021, 11:58 
Hors ligne
Expert
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 30 Déc 2015, 16:00
Messages: 8746
Récupéré sur La Loupe, je le verrai un jour!

Sinon Paul Sanchez est revenu ! c'est vraiment très bien.


Haut
 Profil  
 
MessagePosté: 21 Jan 2021, 12:02 
Hors ligne
Expert
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 24 Nov 2007, 21:02
Messages: 29501
Localisation: In the Oniric Quest of the Unknown Kadath
Pris aussi sur La Loupe.
Je vais finir par le voir aussi Paul Sanchez.

_________________
CroqAnimement votre


Haut
 Profil  
 
MessagePosté: 21 Jan 2021, 12:34 
Hors ligne
Vaut mieux l'avoir en journal
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 04 Juil 2005, 15:21
Messages: 23579
Localisation: Paris
Si je me souviens bien, Saint-Cyr est assez moyen.
Ce Travolta et moi fait vraiment partie des meilleurs de la série. Avec les Téchiné, Denis et peut-être le Akerman (dont je n'ai aucun souvenir).
D'ailleurs, à quand un gros coffret de cette série, qui fait partie de mes plus beaux souvenirs de spectateurs des années 90, avec chaque semaine une vraie attente comme pour n'importe quelle série d'aujourd'hui.

_________________
Que lire cet hiver ?
Bien sûr, nous eûmes des orages, 168 pages, 14.00€ (Commander)
La Vie brève de Jan Palach, 192 pages, 16.50€ (Commander)


Haut
 Profil  
 
MessagePosté: 21 Jan 2021, 12:38 
Hors ligne
Expert
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 24 Nov 2007, 21:02
Messages: 29501
Localisation: In the Oniric Quest of the Unknown Kadath
Il me semble que c'est pour des questions de droits musicaux justement. Pour les trois films sortis en salles en version longue ils ont dû payer beaucoup plus cher (c'est dans l'article Wiki.

_________________
CroqAnimement votre


Haut
 Profil  
 
MessagePosté: 21 Jan 2021, 15:20 
Hors ligne
Expert
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 06 Juin 2018, 09:02
Messages: 444
Très beau film, à mon sens le seul réussi de Mazuy, le reste de sa carrière est franchement décevant.


Haut
 Profil  
 
MessagePosté: 24 Fév 2026, 13:51 
Hors ligne
Expert
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 27 Déc 2018, 23:08
Messages: 7118
Enfin vu. Encore plus que la musique, les interpolations de quelques scènes de La Fièvre du Samedi soir ne doivent pas en faciliter la diffusion.
L'hybridation entre le naturalisme à la française et un fin plus lyrique et amère m'a plu, le film est esthétiquement fondateur, mais je trouve que le film sacrifie trop à une représentation à la fois convenue et morbide de l'adolescence
avec le suicide de Nicolas, le littéraire, emais aussi la plongée possible de son héroïne dans la folie et l'hystérie
.

D'une cerrtaine manière les deux personnages sont punis, ils subissent leur propre destin qui se transforme par leur passivité et leur souffrance en métaphore. L'étudiant en lettre et ses poses baudeleriennes ne lui offrent plus d'échappatoire, du moment que Christine devient réellement pour lui un absolu, et finalement la fille devient une amante éternelle ainsi qu' une pythie en l'ayant perdu : l'homme est puni de ses idées et de son orgueil, la femme de sa sexualité et de son élan vital. Mmm c'est assez catholiqie et puritain en fait.

La
mort
intervient pile au moment de ce qui serait devenu chez un bon Breillat une coucherie nombriliste, glauque et bavarde, pas trop dans l'air du temps, puritain, mais par laquelle les personnages auraient prises sur leur destin, verraient dans l'amant un autre réel qui survit au mythe culturel, un renversement et une lutte sans destruction. Là on est dans une forme de pompe post-baudelerienne et névrotique, redoublée d'un complexe de classe (l'intellectuel/ l'artiste endosse les idées voire un absolu, le peuple ou éventuellement la famille leur légitimité historique, qui est séparée) , proche de son contemporain Desplechin en fait

La fin abrupte est aussi une figure de style un peu opportuniste : elle permet de respecter la contrainte de durée, tout en basculant dans l'over the top, qui marque les esprtis et développe le motif stylistique du film (opposition entre frénésie des corps coincées dans la ville, toujours mobile, filmé de près, et le fondu au blanc, qui ouvre sur un imaginaire, érotisé, surhumain si on veut car il montre un corps complet, puissant et libre dans le sacrifice, mais inerte)
Par ailleurs le film se joue baucoup sur une dialectique culture populaire (vitale mais vulgaire) / grande culture romantique, noble mais mortelle (un peu dommage qu'on abandonne le personnage du commis de boulangerie qui danse sur les Bee Gees en prenant son pied, en cachette, qui aurait pu être un rpétendant possible de la fille). Cette opposition puis le suicide-don de soi qui enf ait un cycle est en fait une métaphore par laquelle le film détermine sa propre perception critique, et c'est un peu génant.

Finalement les films récents de Guillaume Brac ou Hafsia Herzi sont peut-être meilleurs, plus naturalistes, essayant d'épurer Pialat de sa colère individuelle tout en gardant sa sensibilité, ils développent des personnages d'ado plus complexes et constructifs, plus incarné dans le réel et ouverts à autrui. Peut-être aussi que la montée des extrêmes politiques entraine une prise de conscience que le mythe baudelerien du dandy sucidaire, qui meurt de son art, est un mythe culturel conservateur, qui peut alimenter un discours décliniste (encore plus conservateur que Baudelaire ne l'était lui-même, qui reste un personnage intéressant politiquement, progressiste quand il devient critique culturel au sens plein et moderne du terme) : quand on est jeune dans une minorité subissant une forme d'ostracisme et de méfiance ou de panique institutionalisées, on perçoit mieux et plus tôt la nécessité de séparer le mythe culturel collectif, de toute façon donné et rendu objectif par sa part arbitraire, d'un destin individuel à construire.

_________________
je croyais que dans leur monde bouclé par le sadisme, eux-mêmes vivaient en parfaite sécurité

Imre Kertész


Haut
 Profil  
 
Afficher les messages postés depuis:  Trier par  
Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 7 messages ] 

Heures au format UTC + 1 heure


Articles en relation
 Sujets   Auteur   Réponses   Vus   Dernier message 
Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. Saint-Cyr (Patricia Mazuy - 2000)

Blissfully

4

1783

11 Avr 2009, 21:15

Tetsuo Voir le dernier message

Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. Sport de Filles (Patricia Mazuy - 2011)

Art Core

5

2155

18 Sep 2012, 19:04

Abyssin Voir le dernier message

Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. La Prisonnière de Bordeaux (Patricia Mazuy, 2024)

Lohmann

5

827

04 Jan 2025, 12:56

Abyssin Voir le dernier message

Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. Bowling Saturne (Patricia Mazuy, 2022)

[ Aller à la pageAller à la page: 1, 2, 3 ]

Lohmann

41

3548

25 Nov 2022, 17:26

Karloff Voir le dernier message

Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. Paul Sanchez est revenu ! (Patricia Mazuy - 2018)

Qui-Gon Jinn

12

2194

24 Nov 2023, 11:31

Déjà-vu Voir le dernier message

Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. Salé, Sucré (Ang Lee, 1994)

Cosmo

2

1213

26 Fév 2024, 09:28

bmntmp Voir le dernier message

Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. Ed Wood (Tim Burton, 1994)

[ Aller à la pageAller à la page: 1, 2 ]

Film Freak

24

3425

18 Mar 2012, 20:36

Film Freak Voir le dernier message

Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. Muriel (P.J. Hogan, 1994)

Jerónimo

2

859

18 Nov 2021, 14:04

Mr Degryse Voir le dernier message

Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. Getting In (Doug Liman, 1994)

Film Freak

0

467

06 Fév 2024, 22:18

Film Freak Voir le dernier message

Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. Speed (Jan de Bont, 1994)

[ Aller à la pageAller à la page: 1 ... 4, 5, 6 ]

Film Freak

87

10149

05 Sep 2024, 19:22

FingersCrossed Voir le dernier message

 


Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 4 invités


Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets
Vous ne pouvez pas éditer vos messages
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages

Rechercher:
Aller à:  
Powered by phpBB® Forum Software © phpBB Group
Traduction par: phpBB-fr.com
phpBB SEO
Hébergement mutualisé : Avenue Du Web