Qui-Gon Jinn a écrit:
Je veux vraiment, vraiment pas être ce mec-là mais je crois que j'ai plus le choix:
J'ai vu qu'en Iran il y aurait en quelques semaines TRENTE-MILLE MORTS. A titre de comparaison, à Gaza sur deux ans c'est 75000.
Or, sur mes réseaux sociaux je vois quasiment aucune mention du massacre de la part de celles et ceux qui ont abondé pendant de longs mois sur les hécatombes à Gaza (et même de pas grand monde tout court).
Et autant on parlerait d'un génocide méconnu entre peuples dont on connait mal l'histoire je peux comprendre que ça suscite moins l'identification, mais ici c'est quand même une situation relativement claire à décrypter, qui se passe dans un pays dont on parle souvent, etc.
Et forcément je ne peux m'empêcher de m'interroger sur les raisons de cette dichotomie. Moins d'images ? Ou bien grille de lecture dominant/dominé plus difficile à appliquer ?
La focalisation extrême sur Gaza vient de l'extrême-gauche qui s'en sert comme sujet d'agitation. C'est du pain béni pour les thématiques au coeur de cette vision du monde : les Israeliens sont majoritairement blancs, et en plus il y a une dimension coloniale à l'expansion de cet état, donc parfait pour appliquer des principes fanonistes type opresseur/oppressé, légitimation de la lutte armée qualifiée de résistance etc. Les Palestiniens sont musulmans, donc possibilité aussi d'attiser les braises de la victimisation en France en tissant des parallèles simplistes et absurdes (mais qui fonctionnent très bien pour convaincre). Le gouvernement israélien est d'extrême-droite, ici l'ED grimpe dans les sondages : ça s'écrit tout seul, c'est fabuleux. Et puis ça permet aussi de condamner l'inaction de l'Occident au sens large, forcément complice, forcément corrompu, forcément toujours colonialiste et raciste. Tout ça c'est du cas d'école d'agit-prop léniniste. Du pain béni, encore une fois. Même si on ne le trouve pas béni du tout, ce pain, on se le mange plusieurs fois par semaine depuis deux ans au même titre que tout le reste.
Ce qui se passe avec l'Iran, ce n'est ni plus ni moins que le silence assourdissant de l'extrême-gauche qui se trouve plongée brutalement dans les affres d'une dissonance cognitive majeure. Le Hamas, qualifié à plusieurs reprises de mouvement de resistance et jamais de mouvement terroriste (ce qu'il est), est une extension du régime iranien. Comme bien d'autres mouvements islamistes farouchement violents, cruels et antisémites. C'est la population iranienne qui se soulève contre son propre über-hamas. Si demain les gazaouis se soulevaient contre le Hamas, on aurait le même silence.
Mais aussi et surtout, et il ne faut jamais l'oublier, l'équivalent 70's de LFI en Iran a joué un rôle majeur dans l'usurpation du pouvoir par les islamistes, avant d'être purgés et persécutés une fois que la ruse de la révolution progressiste n'avait plus lieu d'être. Sartre et Foucault étaient à fond derrière la révolution à l'époque (toujours dans les bons plans ces deux-là). On en revient donc à mon premier paragraphe : l'extrême-gauche, que ce soit en France ou aux US, joue à nouveau à ce jeu dangereux, comme si ça n'avait pas déjà merdé dans des proportions délirantes en Iran.
Dénoncer le régime iranien, c'est tirer sur le fil d'une pelote qui amène en toute logique à dénoncer le Hamas, dénoncer le Hamas implique de changer de perspective sur l'actualité des dernières années, changer cette perspective implique de se défaire de tout le baratin victimaire qui constitue 99% des postures de l'extrême-gauche occidentale. Sans compter que les plus susceptibles d'enfin écraser les membres du régime iranien, ce sont probablement Netanyahou et Trump. Autrement dit Hitler & Hitler au carré. C'est un effondrement de dominos. Donc silence. Et rationalisations. C'est exactement ce qu'on traverse nous quand on subit de la dissonance cognitive.