2010 :
Film Freak a écrit:
Jamais vraiment accroché, malgré le parrainage de Spielberg et quelques passages spook-a-blast sympatoches.
3/6
2015 :
Film Freak a écrit:
Je lui ai redonné une chance et je le noterai un poil plus haut mais je reste un peu sur la même impression d'un film d'horreur pas très flippant, dénué de personnages et assez basique et seulement superficiellement spielbergien (même dans la réa, je ne le trouve pas aussi présent qu'on le dit).
Il repassait dans les UGC dans le cadre des Scary Vendredi et j'ai saisi l'opportunité pour donner
encore une chance au film, d'autant plus que le sempiternel débat sur la paternité du film a refait son apparition suite à des tweets de Joseph Kahn (et en pleine théorie débiles jalouses supputant qu'
Obsession et
The Backrooms n'auraient pas été réalisés par leurs jeunes auteurs).
Il y a quelques années, j'avais lu
Directed by Steven Spielberg: Poetics of the Contemporary Hollywood Blockbuster, un ouvrage de Warren Buckland offrant une analyse technique de plusieurs séquences du cinéma de Spielberg, vraiment du pur point de vue du découpage et de la mise en scène, et il comporte tout un chapitre dédié à répondre une bonne fois pour toutes à la question "qui est le véritable auteur de
Poltergeist?".
A ces fins, le mec opte pour une méthode s'appuyant purement sur les statistiques, avançant que c'est ainsi qu'avaient pu être identifié l'auteur du manifeste du Unabomber ainsi que celui d'un éloge funèbre signé Shakespeare. Pour cela, il a choisi comme échantillon les 30 premières minutes d'
E.T.,
Jurassic Park,
Massacre dans le train fantôme et Poltergeist donc et comptabilise le nombre de plans, divisés selon leur échelle et valeur, le nombre de mouvements et leur type et la durée moyenne des plans, et décrète qu'on retrouve majoritairement les préférences de Hooper dans
Poltergeist que celles de Spielberg même si on retrouve également de ces dernières, principalement dû au montage (assuré par Michael Kahn, le monteur attitré du cinéaste).
Si on est tout à fait honnête, cette méthode n'est sans doute pas infaillible. En revoyant le film, j'ai effectivement noté plusieurs séquences dont le
blocking est typiquement spielbergien, ce qui concorde avec les témoignages de certains membres de l'équipe qui affirment que Spielberg a conçu presque tous les storyboards (alors que Hooper déclare en avoir fait la moitié). Mais même les témoignages se contredisent selon qui on écoute, la plupart des acteurs attribuent la paternité du film à Hooper tandis que d'autres parlent de Spielberg. Jerry Goldsmith n'a visiblement traité qu'avec Spielberg qui était présent tout le long du tournage à l'exception de trois jours et il est évident que le film, imaginé et co-écrit par Spielberg, porte sa patte. La famille qu'on y voit n'a rien de la famille de
Massacre à la tronçonneuse ou
Massacre dans le train fantôme, on n'est pas à la marge mais dans la banlieue résidentielle typiquement spielbergienne. Hooper s'est sans doute retrouvé dans l'esprit contestataire envers l'Amérique de Reagan mais même l'horreur du film tient moins de l'horreur dérangeante que du gros film fantastique (d'où mon utilisation autrefois du terme
spook-a-blast utilisé par Sam Raimi pour ses
Evil Dead, je ne suis plus étonné que ce soit lui qui ait produit le remake réalisé par l'amblinien Gil Kenan et non Spielberg, pourtant producteur de son
Monster House).
Mais ce n'est pas "un film de Steven Spielberg". C'est un film plus ou moins co-réalisé et comparable à beaucoup de films des années 40-50 où un producteur casse-couilles avait le total contrôle.
Quoiqu'il en soit, le film est tout de même rondement mené. La première demi-heure est impeccable dans le rythme et la progression de l'intrigue, qui commence globalement à la scène UNE, et ne perd pas de temps (la mère capte direct le truc, est amusée plus que flippée, le prouve à son mari immédiatement, ça déjoue plein de clichés encore présents de nos jours) avec son sous-texte clair comme de l'eau de roche (Spielberg en parlait comme de son
"règlement de compte avec la télévision" et son omniprésence dans un foyer où les enfants sont souvent abandonnés devant l'écran comme parent de substitution est révélatrice, la scène la plus parlante étant quand la mère dit à sa fille d'arrêter de fixer la neige sur le poste et change de chaîne pour mettre...un film de guerre violent). La télévision comme hypnotisante, consumante, c'est très fort. C'est pourquoi je déplore que le fantastique se fasse moins rigoureux par la suite (même si là aussi, la critique d'un pays bâti sur la mort est fort).
En gros, les esprits se manifestent et se représentent un peu comme ça arrange les scènes, un coup à travers la télé, un coup à travers l'arbre du jardin, un coup c'est une giga-lumière dans le placard, puis une figure spectrale et parfois c'est carrément des espèces de monstres. C'est pas très grave mais je trouve le film plus intéressant quand il cultive l'invisible. Il est d'ailleurs amusant de voir Spielberg, dont le cinéma est tout de même grandement axé autour du fait de voir, de regarder (
la famosa Spielberg Face), pondre un film où les personnages ne savent pas quoi, où, regarder. On cherche l'origine d'un bruit, d'une voix. Et la réponse s'incarnera au travers de l'autre figure spielbergienne qu'est la lumière, lors du
set-piece le plus kiffant du film, avec la corde. Clairement, sur grand écran, je l'ai vécu autrement.
Le film
peak clairement là, après quelques tunnels de dialogues bof et du remplissage sympatoche (genre les hallucinations du membre de l'équipe) et même si le climax est cool, il fait un peu redite et se fonde surtout sur la plus grosse facilité du monde (aucune famille ne reste dans la maison, aucun daron ne va travailler en laissant sa famille seule, aucune daronne ne va prendre un bain en laissant ses enfants seuls, aucun enfant n'est pas en PTSD total après ce qui s'est passé).
Mais c'était cool de le revoir.