aka Pirates of the Caribbean : The Curse of the Black Pearl
We didn't know how good we had it.J'ai toujours été fan du film (et même de la trilogie initiale, on va voir si c'est toujours le cas) mais le revoir aujourd'hui, comme pour autant de blockbusters d'il y a pas si longtemps, c'est constater l'immense fossé existant entre le tout-venant du genre aujourd'hui et même les plus formatés et impersonnels des produits de l'époque.
Cela étant dit, pour une production Bruckheimer adaptée d'une attraction Disneyland par un
journeyman sans vision du monde discernable, c'est bien meilleur que ce que ça aurait pu être. En réalité, le film n'a d'adaptation que le nom, l'absence relative de lore, au-delà de pirates mort-vivants (et encore, sans la moindre explication derrière à l'origine), laissant le champ libre aux scénaristes pour broder leur propre mythologie et surtout leurs propres personnages.
Et il va sans dire que la grande réussite de cette saga, le charme qui l'a porté avant qu'il n'
overstay son
welcome de ouf, c'est l'incroyable composition de Johnny Depp. Alors que l'industrie allait basculer dans un maelström d'adaptations sans fin, Jack Sparrow s'impose sans nul doute comme le meilleur personnage de cinéma imaginé par Hollywood depuis un moment (et pour un moment). Les différentes déclinaisons que l'acteur a pu en faire par la suite ont tôt fait de lasser mais retourner à l'instant de sa création, c'est un peu comme revoir Downey Jr. en Tony Stark dans le premier
Iron Man. On ne pourra lui retirer ça.
Mais j'aime bien toute la galerie de personnages en fait. Certes, en face, Elizabeth et Will sont un peu falots, mais d'une beauté et caractérisation classique efficaces et la trajectoire du second dessine le vague propos du film sur l'affranchissement des et du système. Enfant, Elizabeth fantasme déjà sur les pirates, jeune femme elle étouffe, littéralement dans son corset et figurativement dans un destin de noblesse tout tracé ; Will renie son destin, ne sachant accepter qu'un pirate puisse aussi être un homme bon ; Jack parle de son navire comme d'un symbole de liberté alors que tous ses antagonistes cherchent constamment à l'emprisonner (dans une cellule, sur une île, etc.) et le
running gag sur les
"pourparlers" et le Code des Pirates que ces hors-la-loi considèrent davantage comme des
"guidelines" enfonce le clou, au même titre que la fin et les choix que chacun font, rejetant la binarité des règles.
Bon, là je m'astique un peu sur une grosse machine qui est avant tout un divertissement bien troussé mais comme il ressuscite un type de film tombé en désuétude en nous plaçant comme Elizabeth dans la position de quidams fantasmant un mode de vie séduisant justement dans son caractère transgressif, je trouve pertinent le fait d'incarner l'œuvre au travers d'une aspiration à la liberté. Tout en gardant les pirates cruels (même si Jack est moins sanguinaire, il reste un manipulateur égoïste) et Barbossa est un également un excellent méchant, son discours sur leur incapacité à ressentir quoi que ce soit et à satisfaire leur soif et leur faim communiquant davantage leur nature de maudits avant même les effets spéciaux (et sa motivation de jouisseur rejoint la thématique susmentionnée).
Vraiment, pendant une heure, le film est parfait dans son déroulé. Oui, c'est un film calibré mais c'est le calibrage compétent de l'âge d'or des productions Bruckheimer où c'était un véritable régal de regarder une machine parfaitement huilée où chaque rouage est exactement à sa place, fonctionne à merveille, comme un morceau de musique où chaque note résonne exactement quand il faut. La présentation des personnages fluide, le petit gag qui vient ponctuer une scène, la scène d'action qui vient rythmer le récit, parfois avec un petit concept... D'ailleurs, Verbinski a gardé le sens du cartoon développé sur
La Souris (le duel de Will et Jack sur la bascule, Will et Jack qui marchent sous l'eau avec la barque-cloche, le climax exploitant la particularité physique des pirates morts-vivants comme seule une logique de cartoon le permet...).
Et le reste du temps, il a un œil juste ce qu'il faut d'épique sur ce premier épisode encore majoritairement analogique. Il y a beau y avoir des corps en décomposition qui s'animent comme dans un Harryhausen moderne, c'est aussi un des derniers films à ce point tourné en décors véritables. Il y a une époque où, la même année, on pouvait avoir pas un mais DEUX films de batailles navales avec de vrais coups de canons et coques de bateaux qui explosent.
Et la photo de Wolski vient lécher tout ça d'un vernis sombre loin de l'image lisse que l'on aurait pu craindre. Au même titre que les décors et les costumes élimés, il y a une qualité
lived in.
La deuxième moitié du film est un peu plus laborieuse dans son enchaînements de retournements (et les suites ne font qu'accroître ce défaut dans mon souvenir) mais c'est dans l'ensemble rondement mené et, une fois de plus, l'exemple d'un film "comme on n'en fait plus".