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Le film repose sur des interviews de soldats de Tsahal - et à la fin d'agents de renseignement- lors de la première année de la guerre, alors que la crise des otages était à son climax. Elles ont lieu de nuit, sur le skyline de Tel-Aviv. Les visages et les voix des répondants sont floutés.
Le film aborde plusieurs sujets liés à la guerre à Gaza, liés à la conduute des combats, à la dyssymétrie des moyens militaires, aux morts civiles, puis finalement à la question d'une intentionalité génocidaire ainsi que les perspectives de sortie politiques telles qu'elles sont vécues ou esquivées, moins par l'armée que par les renseignements (le film est intéressant pour saisir ce partage des rôles : le renseignement est l'échelon politique d'u, même processus qui dans l'armée est "physique".
Il tire son nom d'un acronyme signifiant "victimes collatérales". Par l'effet d'un renversement ou d'un euphémisme hypocrite, celles-ci sont devenues une unité de calcul lors de la planification des frappes (on admet un rapport de 15 ou 20 civils pour un combattants du Hamas) De facto cela revient à inclure la famille et les enfants de combattants dans les objectifs visés.
Film à voir et important. Je crois que le propos est moins sur la qualification de génocide que sur le poids de la guerre dans l'identité et la société israéliennes, et le sentiment que la violence du conflit les dissout et vide de leursens. La notion de génocide aboutit à un paradoxe, car à ce stade du conflit, ils 'agit de prouver une intention, abstraite, à la fois collective et entièrement politique. Dès lors, à chaque fois que l'interviewer renvoit à l'ordre précis ou à une intention, le répondant esquive sincièrement ou pas, en parlant du climat de haine généralisée et mêlée de stupeur après le 7 octobre, qui est plus culturel que politique, et de la doctrine d'engagement, qui couvre les soldats en recourant à des euphémismes, comme si seule la haute hiérarchie endossait le déchirement moral ; et trouvait là une justification plus forte que les gains militaires. Il y a un moment marquant où un soldat dit venir de la classe moyenne de Tel Aviv, et avoir moins la haine des Arabes que l'Israélien moyen. Ce à quoi l'interviewer répond qu'il fait partie d'une des unités qui en a tué le plus dans l'histoire du pays. Mais ce qui dit est alors fait que le soldat est autant séparé de la culture et de l'ambiance politique de son pays par sa conscience du racisme voire sa critique que par la violence de ce qu'il a mis en oeuvre. Dans ce désarroi, l'armée cesse d'être un mythe donneur de sens ; ainsi qu'une expression de l'excellence de la nation, au yeux même du soldat. Elle est à la fois conditionnement et condition, sollipsiste et totale.
Le propos est avant tout de montrer comment la doctrine d'une bulle de sécurité technologique protégeant les civils israéliens des frappes s'est retournée en une logique d'agression maximaliste contre Gaza, visant à faire de la terre de l'adversaire, qui est aussi le voisin, une terre brûlée. Il filme ainsi l'échec inévitable d'une idéologie, dont le soldat représentait le pôle technique , dès lors qu'elle sature l'horizon politique. L'idée affronter le Hamas, qui est à cheval entre armée régulière et terrorisme, est devenue en miroir une doctrine visant à toucher d'abord la famille des combattants pour atteindre ensuite ceux-ci, et en diminuer la capacité militaire - mais cette indistinction a aussi son miroir chez Tsahal, qui est une des rares armées de conscription moderne amenée à combattre.
Formellement le film est très fort. Il part des toits de la partie moderne et high-tech de Tel Aviv, en descendant graduellement et lentement vers la rue, en montrant des plans de coupes d'appartements modernes et confortables, mais rendus inhabitables, nocturnes et glacés: l'habitant est toujours masqué voire visuellement mutilé par un montant de fenêtre, un mur, ou un linteau on n'en voit que la routine, la solitude et le reflet, qui font écho à la surveillance téléphonique du Hamas et de Gaza par l'armée, qui guide les frappes : le peuple à protéger est aussi infigurable que l'adversaire, guère plus incarné que lui. Puis comme le film avance vers l'échange d'otages (qui aurait pu mener à une désescalade) et à la mise en cause de Nethanyahou, plus le film descend vers le sol, la rue ou se déplace un peuple fragile, rendu abstrait par la violence de la guerre. Il abandonne son propre visage pour espérer conjurer la vulnérabilité.
Le film place à la fin les images de Gaza, d'un père palestinien cherchant ses enfants morts dans les décombres, et consolé de manière digne par l'entourage, dans la continuité de ce retour sur terre, la seule voix non travestie, filmée de dos mais intacte dans la lumière du jour.
Je ne suis pas sûr d'avoir le bon angle critique, car en insistant sur le soin apporté à la forme et à la construction du film je présente cette guerre comme une ordalie où le martyr des civils posséderait une finalité et vérité morales, or la force de Naza est de ne pas trop tomber dans ce travers : la tension dépasse les valeurs esthétiques et narratives. Elle constitue cependant une limite, car le film reste à l'intérieur de ce qu'il dénonce - mais comment pourrait-il en être autrement ?
Son propos est il est vrai principalement éthique et assez peu historique, malgré des archives de propagande pour Tsahal, déconstruites, et la présence du spectre de Claude Lanzmann, mais l'histoire sert ici moins à expliquer la crise qu'à souligner la ressemblance entre la violence infligée et la violence subie.
L'idée reste quand-même de montrer le caractère évitable des combats, et également que le racisme et la déshumanisation de l'autre procèdent d'une absence de projet politique (ce qui dépasse la situation du Moyen-Orient). Tant qu'il diminue la valeur des vies palestiniennes, Israël est condamné à ne pas savoir quoi faire de sa sécurité, à supposer qu'il puisse l'atteindre. Pris de manière unilatérale, le problème moral se double d'un problème quasiment logique ou cognitif : ne pas savoir quel serait l'objet de la paix (un agent de renseignement explique dans un aphorisme à la Kissinger : l'armée vise idéalement à dissuader pour empêcher la guerre, le renseignement où il travaille à empêcher la paix) ?
Il est aussi étonnant que le film ait une sortie ciné en Belgique (qui lui permet de viser un public scolaire), mais pas en. France.
_________________ je croyais que dans leur monde bouclé par le sadisme, eux-mêmes vivaient en parfaite sécurité
Imre Kertész
Dernière édition par Vieux-Gontrand le 13 Oct 2026, 22:38, édité 5 fois.
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