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aka Chaînes conjugales

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Deborah Bishop, Rita Phipps et Laura May Hollingsway partent en croisière laissant leurs maris respectifs. Mais avant de partir, elles reçoivent une lettre d'une de leur amie commune, Addie Ross, dans laquelle elle prévient qu'elle part avec le mari de l'une d'entre elles. Mais lequel ?

C'est tout de même un incroyable pitch, simple mais au ludisme inhérent, accentué d'entrée par cette voix off doucereuse quasi-post-moderne d'une femme aussi démiurgique qu'invisible, son omniscience sur les vies de ce quartier résidentiel avec ses ménages parfaits en apparence devenant le notre lorsque les flashbacks consécutifs se mettent à explorer la réalité de chaque couple. Cela étant dit, bien que l'écriture soit parcourue de répliques remarquablement malignes et amusantes, le film, qui s'annonçait donc comme l'ancêtre d'œuvres comme Desperate Housewives (ou même Gossip Girl), ne s'oriente pas dans la relative comédie que j'attendais, préférant une étude des mœurs d'après-guerre et notamment du sort des femmes, de complexes de classe à la culpabilité de gagner plus que son mari. C'est résolument moderne dans l'écriture, un segment prolongé allant jusqu'à déconstruire ce qui pourrait être le portrait d'une femme fatale pour l'ancrer dans le réel et lui donner du cœur.

Et c'est royalement mis en scène, avec cette caméra qui glisse fluidement d'un personnage à un autre, ne coupant jamais inutilement et ne perdant toutefois jamais en rythme, épousant le décor qui en devient vivant et pour cause, c'est l'arène de l'intrigue, là où se livrent les principales batailles entre conjoints, là où ils joutent et s'apprivoisent ou se perdent. La forme atteint simultanément quelque chose de porteur et d'enlevé, elle est à l'image des dialogues plein d'esprit, servis par des acteurs plus qu'à la hauteur (y a un monologue du Kirk Douglas des débuts à un moment et tu vois tout le potentiel du mec).

Au risque de dire une connerie, j'ai presque envie de parler de l'improbable rencontre entre la screwball comedy et le mélo. En tout cas, c'est ce que j'ai préféré de Mankiewicz à ce jour.

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MessagePosté: 09 Oct 2026, 08:26 
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Mon préféré aussi.
Avec le personnage de Kirk Douglas on sort à la fois du screwball et du mélo pour aller vers un propos politique pas si élpigné de ce qu'Adorno écrivait à l'époque (et d'Ace in the Hole de Wilder aussi).

Tu as remarqué les voix subliminales qui lancent les trois flashbacks (assez contradictoires avec le propos sur la manipulation publicitaire d'ailleurs, ainsi qu'avec le fait que chaque femme est déjà dans une logique de ressassement rt en voix off, comme s'il s'agissait de confirmer à la fois secrètement matériellement la faiblesse de leur subjectivité...) ?

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je croyais que dans leur monde bouclé par le sadisme, eux-mêmes vivaient en parfaite sécurité

Imre Kertész


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MessagePosté: 09 Oct 2026, 08:34 
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Vieux-Gontrand a écrit:
Tu as remarqué les voix subliminales qui lancent les trois flashbacks (assez contradictoires avec le propos sur la manipulation publicitaire d'ailleurs...) ?

Les espèces de répétitions de répliques en autotune là? Pas le meilleur choix.

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MessagePosté: 09 Oct 2026, 08:35 
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Oui le film n'en avait pas besoin. Je me demande ce que cherchait à faire Mankiewicz. Peut-être qu'il voyait dans le cinéma une sorte de technologie qui absorberait la psychanalyse tout en conservant la critique de la bourgeoisie qu'elle permet.

Je ne les avais remarquées qu'en revoyant la VHS du Ciné-Club avec un casque (ironiquement elles étaient pensées pour la télé)

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