Forum de FilmDeCulte

Le forum cinéma le plus méchant du net...
Nous sommes le 23 Juil 2024, 11:40

Heures au format UTC + 1 heure




Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 14 messages ] 
Auteur Message
 Sujet du message: A la folie (Wang Bing - 2013)
MessagePosté: 09 Sep 2013, 12:56 
Hors ligne
Successful superfucker
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 28 Déc 2006, 21:20
Messages: 8711
Image

Parfois, l'orgie des festoches de cinéma a du bon. Comme de pouvoir découvrir ce genre de films inexploitables sous cette forme ou qu'on aurait tout simplement pas envie de voir de son propre chef, immersion de quatre heures dans un étage d'un asile de fous d'une province chinoise, qui aura du mal à sortir en salles ou qui finira diffusée sur arte dans une version miniature (52 minutes contre une version de deux heures trente pour Trois soeurs, pourtant bordée de prix) et qu'on découvre sous la contrainte, comme si on se forçait à subir la durée du film, alors que sorti de la salle ce degré d'attention serait difficilement possible. Wang Bing, interné avec les fous (parfois, on sent qu'il a été réveillé au milieu de la nuit par un des détenus et allume sa caméra), court à leur suite ou les filme dans leurs chambres , ramassis de lits de fortune et de bassines où ils pissent, et dans le couloir grillagé de l'étage, où on aperçoit en contrebas une cour rectangulaire où sont parquées les filles, qui leur crient parfois de venir les baiser, sans succès. On ne connaîtra des détenus que leurs noms (parfois inconnus) et le nombre d'années depuis lesquelles ils sont enfermés, souvent dix, quinze ans, sans aucune amélioration visible. Un se met à hurler pour tuer des moustiques, un autre passe sa vie à se déshabiller et à évoluer nu par pur exhibitionnisme, un autre reçoit régulièrement la visite de sa femme et la supplie de le laisser revenir au foyer familial et on sent que celle-ci fait tout pour le laisser croupir dans sa jaule. Un autre reçoit une autorisation de sortie et rend visite à sa famille, pas plus emballée par son retour, et le laissant à son désarroi existentiel avec comme seule échappatoire de courir loin, sans but. L'enfermement n'est plus limité à une réalité physique, elle l'est également dans la réalité de leur abandon, de sentir que plus personne ne les attend et qu'on les laisse avec leur folie comme seule compagnon, dans un dépotoir d'usure mentale sourde où augmente chaque jour leurs troubles obsessionnels. A la fin du film, on apprend par des cartons succincts qu'il n'y a aucun tri parmi les malades, excepté la séparation entre hommes et femmes, que des meurtriers côtoient des gens qui ont sombré un jour dans la dépression et ont juste lâché prise. Un grand documentaire bouleversant de pathétisme ordinaire, bien au-delà de la démence.
5/6


Dernière édition par DPSR le 02 Juin 2016, 12:47, édité 5 fois.

Haut
 Profil  
 
MessagePosté: 09 Sep 2013, 12:58 
Hors ligne
Antichrist
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 04 Juil 2005, 21:36
Messages: 23767
Un des meilleurs réals au monde.


Haut
 Profil  
 
MessagePosté: 09 Sep 2013, 13:09 
Hors ligne
Expert
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 20 Fév 2008, 19:19
Messages: 9704
Localisation: Ile-de-France
wow, texte impressionnant


Haut
 Profil  
 
MessagePosté: 09 Sep 2013, 16:12 
Karloff a écrit:
Un des meilleurs réals au monde.


Complètement d'accord. J'ai vu le Fossé et Fengming, se sont de vraies claques!


Haut
  
 
MessagePosté: 30 Nov 2013, 01:56 
Hors ligne
Successful superfucker
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 28 Déc 2006, 21:20
Messages: 8711
AP ce dimanche en présence de Wang Bing aux 3 Luxembourg dans le cadre de la reprise du palmarès du festival des 3 continents


Haut
 Profil  
 
MessagePosté: 24 Juil 2016, 09:36 
Hors ligne
Antichrist
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 04 Juil 2005, 21:36
Messages: 23767
Mostra de Venise 2014 - Quelle claque... Une plongée dans l'enfer carcérale d'un hôpital psy chinois. Sauf que c'est l'anti-Vol au-dessus d'un nid de coucou, mais un film d'une humanité renversante, où les "fous" sont observés avec une tendresse infinie. C'est un peu long - il aurait pu enlever le prisonnier avec sa femme horrible - mais des plans me restent en mémoire : la course torse nue dans la coursive, l'étreinte dans le clair obscur, l'étreinte finale, "meurs, meurs, meurs", et cet homme qui marche, qui aurait fait une fin parfaite - plan prodigieux qui synthétise l'histoire de la Chine contemporaine et du cinéma moderne.

6/6


Haut
 Profil  
 
MessagePosté: 23 Nov 2020, 13:36 
Hors ligne
Expert
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 30 Déc 2015, 16:00
Messages: 7973
Je craignais un peu la durée de ce documentaire fleuve, d'autant que les précédents films de Wang Bing que j'ai pu voir ne brillaient pas par leur dynamisme (souvenir tenace de son Ta'ang par exemple où j'avais lutté pour ne pas m'endormir, ou de la première partie des Âmes mortes qui ne m'avait pas engagé à poursuivre plus loin, malgré son intérêt historique). Crainte qui s'est rapidement estompée avec A la folie, tant ce qui nous y est montré est absolument fascinant. Fascination pour cet univers à mi-chemin entre le carcéral et le psychiatrique, qui grouille d'une faune enfermée au deuxième étage d'un hôpital/prison aux coursives elles-mêmes grillagées, où la promiscuité est maximale (cette scène où 3 malades/détenus essaient de dormir dans le même lit :shock: ) et les règles sanitaires au plus bas (le film est un véritable flot d'urine ininterrompu, il y a pourtant un sanitaire disponible à l'étage mais les mecs passent leur temps à pisser dans des bassines au pied de leur lit, directement dans le couloir voir contre les murs de leur chambre). Fascination pour ses hommes surtout, auxquels Wang Bing redonne cette humanité perdue au moment de leur internement, où l’on découvre dans de longues séquences leur particularisme (certains comme « Le Muet » lourdement handicapés mentaux, d’autres beaucoup plus cohérents), avec une attention que ne semble pas partager le personnel soignant, hormis lorsqu’il s’agit d’administrer un traitement de choc aux plus récalcitrants. Un cauchemar de 3h47 que l'on traverse avec une étonnante facilité, et qui marque durablement.

Karloff a écrit:
il aurait pu enlever le prisonnier avec sa femme horrible.

Impossible, c'est le vrai fil rouge du film (ce sont les seuls à être les protagonistes principaux de plusieurs séquences), et la seule confrontation entre l'intérieur et l'extérieur de cette hôpital (hormis la courte séquence sur celui qui sort - temporairement?). Je ne la trouve d'ailleurs pas si horrible cette femme, elle semble être la seule à rendre régulièrement visite à son mari, lui apporte des affaires propres, et je la trouve très généreuse dans la séquence de distribution des clémentines, preuve qu'elle a pleinement conscience du dénuement des autres malades, et le moment où son mari lui en propose finalement une, ce à quoi elle lui répond qu'elle se demandait si il allait jamais lui proposer, et l'un des moments les plus précieux du film.

Karloff a écrit:
Un des meilleurs réals au monde.

Je reconnais les qualités du travail de Wang Bing, ses prises de risque, son abnégation, son humilité. Mais je n'arrive pas pour autant à avoir une telle considération sur ses qualités de metteur en scène. Je lui préfère largement Wiseman, qui transcende la qualité des images bruts par la précision de son montage. Le cinéma de Wang Bing au contraire, sa qualité première me semble être celle de ses sujets.


Haut
 Profil  
 
MessagePosté: 23 Nov 2020, 14:23 
Hors ligne
Expert

Inscription: 23 Nov 2020, 14:16
Messages: 762
Je suis un peu ambivalent sur la gestion de la durée et du montage par Wang Bing sur ce film.
D'un coté j'ai un peu de mal avec pas mal de séquences répétitives et allongées au maximum, ça me parait être une faiblesse dans une oeuvre d'art de ne pas choisir, de l'autre coté il me semble aussi que la puissance de son cinéma vient de là, l'effet d'accumulation, et les temps faibles qui "immergent" le spectateur dans un univers incomfortable, bref c'est assez fort mais en même temps un peu sadique.

Quant à la femme c'est le pire perso, parce que comme je l'ai compris c'est bien elle qui insite pour qu'il reste là non? On a l'impression qu'elle pourrait le faire sortir si elle voulait, d'où le sentiment d'immense hypocrisie vu que le prisonnier ne semble absolument pas être un danger mais se voit écarté de la société et ne peut même plus voir son enfant, bref l'une des meilleures scènes du film, effectivement la seule qui donne un peu une idée de pourquoi ces gens sont-ils enfermés là. (mais encore une fois c'est partiel, la situation n'est pas assez explicitée).


Haut
 Profil  
 
MessagePosté: 23 Nov 2020, 14:26 
Hors ligne
Expert
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 24 Nov 2007, 21:02
Messages: 28106
Localisation: In the Oniric Quest of the Unknown Kadath
Chef-d'oeuvre ce film. J'adore Wang Bing, son univers d'une Chine au bord du gouffre, presque littéralement post apocalyptique. Vu en salles il y a quelques années, l'inédit L'homme sans nom, un doc sur un clochard qui vit dans une grotte. C'est immense. Mais il m'en reste pas mal à rattraper dont Le Fossé et Fengming.

_________________
CroqAnimement votre


Haut
 Profil  
 
MessagePosté: 23 Nov 2020, 14:34 
Hors ligne
Vaut mieux l'avoir en journal
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 04 Juil 2005, 15:21
Messages: 22580
Localisation: Paris
Ca a un intérêt si on n'aime déjà pas l'original de Diane Kurys ?

_________________
Que lire cet été ?
Bien sûr, nous eûmes des orages, 168 pages, 14.00€ (Commander)
La Vie brève de Jan Palach, 192 pages, 16.50€ (Commander)


Haut
 Profil  
 
MessagePosté: 23 Nov 2020, 14:39 
Hors ligne
Expert
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 30 Déc 2015, 16:00
Messages: 7973
Art Core a écrit:
Mais il m'en reste pas mal à rattraper dont Le Fossé et Fengming.

Ces deux là et A L'Ouest des rails pour moi.


Haut
 Profil  
 
MessagePosté: 23 Nov 2020, 14:42 
Hors ligne
Expert
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 30 Déc 2015, 16:00
Messages: 7973
Azazello a écrit:
Quant à la femme c'est le pire perso, parce que comme je l'ai compris c'est bien elle qui insite pour qu'il reste là non?

Oui, comme pour la majeure partie des autres résidents, que leur famille ne vient pas voir. Au jeu du pire je la trouve moins détestable que la mère qui vient chercher son fils pour sa permission de 10 jours, mais qui lui fait clairement comprendre qu'il a toutes les chances d'y retourner.


Haut
 Profil  
 
MessagePosté: 23 Nov 2020, 14:48 
Hors ligne
Expert

Inscription: 23 Nov 2020, 14:16
Messages: 762
Oui c'est un peu, par défaut, le personne symbole de l'ignominie (supposée) des familles, vu que c'est la seule qu'on voit, ou presque.


Haut
 Profil  
 
MessagePosté: 23 Nov 2020, 15:05 
Hors ligne
Antichrist
Avatar de l’utilisateur

Inscription: 04 Juil 2005, 21:36
Messages: 23767
Sur la réalisation, je trouve qu'il est incroyable. La caméra semble toujours bien placée, les plans sont souvent extrêmement composés et je suppose qu'il fait ça avec des moyens totalement limités.


Haut
 Profil  
 
Afficher les messages postés depuis:  Trier par  
Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 14 messages ] 

Heures au format UTC + 1 heure


Articles en relation
 Sujets   Auteur   Réponses   Vus   Dernier message 
Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. Ta'ang (Wang Bing, 2016)

Art Core

7

1353

06 Nov 2016, 15:05

Gontrand Voir le dernier message

Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. Three Sisters (Wang Bing 2012)

[ Aller à la pageAller à la page: 1, 2 ]

Karloff

27

3109

28 Jan 2015, 09:27

Mr Chow Voir le dernier message

Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. Le fossé (Wang Bing - 2010)

DPSR

8

1730

13 Fév 2013, 18:17

Karloff Voir le dernier message

Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. A l'ouest des rails (Wang Bing - 2003)

[ Aller à la pageAller à la page: 1, 2 ]

Tom

27

2870

02 Mai 2014, 16:12

Fire walk with me Voir le dernier message

Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. Jeunesse (Le Printemps) (Wang Bing, 2023)

[ Aller à la pageAller à la page: 1, 2 ]

Lohmann

29

1075

18 Jan 2024, 12:33

JulienLepers Voir le dernier message

Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. La Terre de la Folie (Luc Moullet - 2009)

Zad

7

1741

08 Mai 2012, 13:43

Gerry Voir le dernier message

Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. La Folie Almayer (Chantal Akerman - 2011)

Art Core

0

1736

29 Jan 2012, 23:25

Art Core Voir le dernier message

Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. La Folie du roi George (Nicholas Hytner - 1994)

Castorp

2

1065

12 Juil 2024, 14:33

Mr Degryse Voir le dernier message

Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. La Folie des Grandeurs (Gérard Oury - 1971)

[ Aller à la pageAller à la page: 1, 2, 3 ]

Qui-Gon Jinn

33

4111

03 Jan 2012, 18:35

Zad Voir le dernier message

Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. Folie Meurtrière (Tonino Valerii, 1972)

mannhunter

0

1191

08 Mai 2007, 12:06

mannhunter Voir le dernier message

 


Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 6 invités


Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets
Vous ne pouvez pas éditer vos messages
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages

Rechercher:
Aller à:  
Powered by phpBB® Forum Software © phpBB Group
Traduction par: phpBB-fr.com
phpBB SEO
Hébergement mutualisé : Avenue Du Web