Je l'ai vu plusieurs fois mais il me trottait dans la tête depuis un moment donc je voulais le revoir et, inévitablement, tel un énorme iencli, j'aime de plus en plus ce film.
En fait, j'apprécie surtout l'ouvrage de subversion que c'est (et qui est clairement passé au-dessus de la tête de certains ici).
Ça commence d'entrée avec une double subversion des attentes.
Un musulman prie dans une belle image pieuse, sa silhouette se dessinant contre le ciel étoilé. Juste avant de saisir un lance-roquette et de tirer sur le spectateur. Tout de suite après, un homme se tient sur une scène debout devant un gigantesque drapeau des États-Unis et s'apprête à recevoir un prix l'honorant pour ses services rendus. Cut : il est dans un jacuzzi avec des strip-teaseuses à poil qui sniffent de la coke.
Et si tout le film semble donner le beau rôle à un député américain qui, ému par le sort des victimes de guerre afghanes, a réussi à solliciter suffisamment d'argent pour aider le peuple à vaincre son oppresseur, il n'en est rien. Comme l'énonce on ne peut plus clairement le carton final,
"we fucked up the end game".
J'avais déjà remarqué que la trajectoire de Charlie Wilson était similaire à tant d'autres héros sorkinien, un protagoniste livrant un combat désespéré contre un système, mais je n'avais pas capté à quel point nombre d'entre eux ne remportent que des victoires pyrrhiques. Le dernier plan du film n'est pas si éloigné de celui de
The Social Network :
"Mark Zuckerberg est le plus jeune milliardaire au monde" mais il a perdu son seul ami. Charlie Wilson a gagné la guerre mais il a perdu l'Afghanistan, laissé à l'abandon par son gouvernement maintenant qu'il ne s'agit plus de
"tuer des russes", comme il est maintes fois répété dans le film, mais de bâtir une école.
Sorkin a toujours aimé montrer les coulisses mais en s'inspirant cette fois de faits réels, il semble un peu avoir délaissé l'idéalisme de
The West Wing (dont les héros échouaient toutefois régulièrement si ce n'est presque exclusivement), pour montrer à la limite de la satire comme l'arène politique est un bordel où même l'individu bien intentionné doit gérer copinage, corruption, attentisme et nationalisme. Wilson est aussi sorkinien dans sa nature affable et maligne - et Tom Hanks est une fois de plus génial en jouant non plus le gendre de l'Amérique mais de sa bonhommie bedonnante - mais le scénario illustre bien comme il est aussi manipulateur que manipulé. La fine équipe a beau s'amuser de leur capacité à faire s'asseoir à la même table israëliens et égyptiens mais la chrétienne Joanne Herring n'est pas moins zélote comme le signale Gust (Phillip Seymour Hoffman in-cro-yable) qui lui reste un agent de la CIA ravi de niquer du communiste.
Cela étant dit, Gust reste l'espèce de conscience objective du film, avec son anecdote du maître zen et son
"We'll see" récurrent qu'il essaie déjà de raconter à Charlie une première fois tôt dans le film, tout comme le mec du Mossad lui reproche de ne toujours pas avoir appris à regarder des deux côtés de la rue avant de traverser. Il faudra du temps à Charlie pour qu'il réalise que l'Amérique n'est pas toujours du bon côté, contrairement à l'image qu'elle se donne, et que bientôt
"Dieu sera des deux côtés".
Et la fin devait initialement enfoncer le clou, comme je l'avais rapporté ci-dessus :
Citation:
This movie was meant to be one long build-up to a punchline, and we cut the punchline. There’s a story that Phil Hoffman tells towards the end. He takes Tom Hanks aside and tells him this story, that there was a village and in this village was a wise man. One day, a little boy gets a horse for his birthday. Everyone in the village says, "Isn't that great, the boy got a horse for his birthday." The wise man says, "We'll see." And then the boy falls off the horse and breaks his leg. Everyone says, "Isn"t that terrible? The boy broke his leg." The wise man says, "We’ll see." One day, everyone has to go off to war. The little boy can’t because his leg is broken. Everyone says, "Isn’t that wonderful? The little boy is spared." The wise man says, "We'll see."
That was the point of this movie: Isn’t it great that we got the communists out of Afghanistan? Except that you left behind a country with 70% of the population under 14 years old. We gave them and taught them how to use point-and-shoot weapons. I could give one to anyone in this room and you could shoot down a helicopter. It becomes a symbol of terrorism. We have them zillions of them. And we had our CIA train them for exactly how you mess with an army from a superpower. So isn’t it great that we got the communists out of Afghanistan? We’ll see. Because then everyone with a couple of screws loose went to Afghanistan because there’s this power there. That includes a guy named Osama bin Laden. The CIA had vetted various groups to figure out, "Who’s good at this? Who should we train?" They found a group called The Base. In Arabic, that translates to Al-Qaida. So the last scene of the movie was the epilogue in George Crile’s book.
If you saw the movie, you will not remember this scene, because it’s a setup without a payoff, where Tom Hanks is showing Emily Blunt the view from his balcony and says it’s the greatest view in Washington. He says, "Look, you can see the Pentagon out there." OK, there’s only one reason you say that at the beginning of the movie: It's important information for the end of the movie! In the end, there’s an explosion, with smoke coming out of the Pentagon, and nobody knows what happened, and the phone is ringing and it’s Phil Hoffman saying "turn on your TV." It was an entire setup for a punchline, and we shot it, and at the last minute, we decided to cut that punchline for the following reasons. It was a request by Charlie Wilson himself that people not think we were attacked by Afghanistan. To be honest with you, Tom Hanks — who I love — started getting nervous about playing the guy who’s responsible for 9/11. I said, "Nobody’s seeing it that way, and why did we just sit through the first two hours of the movie?" I got over it.
J'aime bien la solution de rechange pour laquelle ils ont opté mais comme tout le monde n'a pas dû l'entendre, une fin sans équivoque aurait peut-être été plus marquante.
La solution de rechange en question :
Citation:
J'adore ce plan vers la fin de Wilson sur le balcon quand Hoffman ne se réjouit pas comme lui de ce qu'ils ont accomplio et qu'un lent travelling avant sur le visage de Hanks est accompagné d'un bruit d'avion, préméditation du 11 septembre et donc sous-entendu que ce qu'ils ont fait aura permis la création d'Al Qaeda.