Spencer et Warren, deux fils de bonne famille, s'ennuient. Un jour, Spencer découvre que l'université où il étudie possède dans sa bibliothèque une collection de livres rares qui valent des millions, dont une édition originale de "L'Origine des espèces" de Darwin. Dans leurs têtes, voler certains volumes pour les revendre au marché noir serait une bonne façon de donner du sens à leur existence. Avec deux complices, ils mettent au point le cambriolage. J'allais dire qu'il s'agit du premier film de fiction de Layton, remarqué pour son documentaire
The Imposter, mais le cinéaste conserve des éléments de langage de son registre précédent pour raconter une autre histoire vraie et explorer le rapport entre fiction et réalité.
Lorsque le film démarre, les vrais parents des jeunes voleurs interviennent dans des extraits d'interviews adressés à un interlocuteur hors champ mais très vite, alors même que les protagonistes sont déjà apparus à l'écran sous les traits de jeunes comédiens en vogue (Evan Peters, Barry Keoghan), les personnes qu'ils interprètent se joignent également à la partie, parlant directement à la caméra pour commenter leurs faits et gestes et donner leurs motivations.
Toutefois, ce qui semblait s'orienter vers un docu-fiction de luxe se transforme en inversion des rapports, la "réalité" disparaissant progressivement et la "reconstitution" dépassant ce simple statut d'illustration souvent muette et vulgaire pour prendre les atours d'une véritable adaptation incarnée...mais doublement conscient de sa nature de fiction.
En effet, les intervenants évoquent ne plus savoir si leurs souvenirs reflètent la réalité ou la version racontée par l'autre, mais le film aurait gagné à travailler tout le long cette notion de la fiabilité du narrateur plutôt que de renouer avec dans l'épilogue seulement, Layton renvoyant ainsi à
The Imposter et son sujet mythomane.
Le reste du temps,
American Animals est une
true story plus classique mais la fiction reste prépondérante dans l'univers de ces jeunes individus se rêvant dans une fiction. On regarde
L'Ultime Razzia en guise de leçon, quand on imagine un coup parfait, c'est un plan-séquence accompagné par
"A Little Less Conversation" d'Elvis comme dans
Ocean's Eleven, on reprend les surnoms de
Reservoir Dogs (eux-mêmes repris des
Pirates du métro)...
Le hasard fait que je découvre le film en même temps que
The Mastermind de Kelly Reichardt qui suit également les mésaventures d'un jeune privilégié s'improvisant voleur d'art. Là aussi, il s'agit de quatre jeunes mecs blancs issus de familles fonctionnelles, tous enrôlés dans de grandes universités. Il y a quelque chose de fincherien dans le malaise moderne de ces jeunes hommes à qui l'on a répété qu'ils étaient spéciaux, quelque part entre Tyler Durden et Mark Zuckerberg.
Je crois que j'aurais préféré un film entièrement fiction, qui aurait étoffé davantage ce propos et ces personnages, ou bien un film davantage expérimental, une sorte de
Rashomon documentaire. Là c'est un peu le cul entre deux chaises mais ça reste intéressant dans le fond et la forme et tout de même efficace en terme d'écriture et de mise en scène pour tout ce qui est du
heist, bien que conventionnel.