
si t'aimes bien faire du rock fm avec un refrain catchy, des paroles en mode réglement de compte, que tu as 20 ans en 1996 et que tu es né aux usa : c'est cool pour toi.
si tu as toutes ces mêmes caractéristiques mais que tu as 20 ans, en france, en 2026 : ça risque d'être un peu plus compliqué.
ça me fascine un peu, l'adéquation ou non entre l'âme d'un artiste, son goût, et les tendances de l'époque qui collent ou pas. et, un peu comme quand je vois un couple de gens tous les deux vraiment vilains, je me pose la question d'à quel degré c'est formulé de manière consciente dans la décision des gens : je suis vraiment vilain, je trouverai pas mieux, this will do ou, ici : bon moi ce que j'aime ce sont les mélodrames de douglas sirk mais nous sommes en 1996 pulp fiction est sorti l'année dernière donc je vais peut-être tâcher d'écrire un truc de gangsters avec des chansons cools dedans.
c'est un peu ce que je me suis dit au début du film, le premier d'alain, jessua, tellement c'était vraiment de la pure et dure nouvelle vague de 1964 avce charles denner et son aventure sentimentale dans les rues de paris, avec une voix-off en mode journal intime, ses conversations dans le petit appartement et les ballades dans la rue tournées en mode sauvage, vraiment les cases sont cochées. mais bon, c'était un peu niaisoux, sans immense intéret, et vraiment pas le délire des films suivants d'alain, donc je me suis dit que voilà, fallait bien commencer par quelque chose et appâter le chaland, mais c'était pas son truc.
mais alain c'est mon pote, et je choisis bien mes amis, donc tout ça n'était qu'un leurre.
après, ça devient une plongée dans un cerveau malade, peut-être mélancolique dans un sens médical ou littéraire, peut-être malade, peut-être fou, peut-être qu'il est en plein 30 glorieuses et qu'il avait capté qu'en fait ça pouvait aussi rendre les gens malheureux. ça garde dans l'absolu sa forme mais ça s'adapte, le spectateur accompagne sans même vraiment s'en rendre compte, alain quitte le récit rationnel en même temps que son personnage, pose sa caméra, largue les amarres.
et puis ça a bel et bien le charme nouvelle vague, du coup. pas le même, un autre, parce que c'est une voix intime, solitaire, triste, pas triste, en noir et blanc, avec charles denner, qui capte un truc un peu irrationnel d'insatisfaction de la vie et de la quête d'autre chose : de fait, vaine. y a des morceaux de dialogues à mettre en intro d'une chanson en mode tellement chic, y a l'affiche du film à mettre en décors en mode tellement chic, y a ce petit film intime et qui complète la forme novatrice de l'époque avec un fond qui pousse aussi ce que l'on peut exprimer...
une splendeur franchement, impossible de ne pas penser au feu follet, que je mets dans mon top ever, donc forcément...
c'est mon pote alain.
à noter néanmoins la restauration dégueullasse. c'est évidemment génial que ces films y aient droit, soient désormais protégés jusqu'à la fin des temps, mais vraiment image totalement numérique, étalonnage refait pour un truc criard... rendre activement moche, sans âme, sans charme l'image d'un film comme ça faut le faire, cheers toast bravo to you.