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George Fahmy est la plus grande star du cinéma egyptien. Libre penseur, doué d'un certain sens politique, mais aussi d'un côté nouveau riche, homme à liaisons et de surcroît copte, il suscite la méfiance tant des religieux que des militaires. Il subit des pressions pour jouer le rôle du président Sisi dans un film hagiographique, tourné avec des moyens colossaux et dans des studios crées pour l'occasion, qui culmine avec la chute de Morsi. Pour incarner de manière crédible le parcours de Sisi, il faut aussi montrer ses oppositions, à la fois à l'extérieur et au sein du système. La méfiance et l'esprit critique de George Fahmy forment une matière première exploitable, pouvant donner du relief et donc de la légitimité au personnage. L'acteur est hésitant, mais piégé par des pressions de plus en plus sérieuses, qui visent ses proches en même temps que lui, il doit s'exécuter. Il place un de ses amis, lui-même menacé, à la réalisation (il est obligé d'exposer ses proches pour les protéger) mais le final cut revient au mystérieux "Docteur Mansour", conseiller du président, qui supervise le tournage dans une deuxième régie
J'ai trouvé le film très bon, thriller politique qui déroule un fil conducteur à la Kagemusha pour dire quelque-chose d'une réalité nationale (production suédoise ceci dit, ce qui accroit la liberté et le baroque de la fiction), et de la manière dont des évènements politiques initialement massifs et marquants, imprévisibles et singuliers, passent dans une forme d'inconscient collectif et deviennent des idéaux-types, à la fois déclencheurs et source d'opacité (la Guerre du Kippour puis la mort de Sadate) On peut penser aux meilleurs film de Francesco Rosi aussi. On est bien-sûr dans le cas de figure typique du film dans le film qui métaphorise une dictature et le malaise politique des élites, tout en rendant les enjeux de censure de façon directe et explicite, comme souvent lors de période soviétique. La première heure possède des élèments de comédie, mais la seconde biffurque vers une tension très forte, bien gérée. Après le film souffre un peu d'être à la fois franc envers les mentalités et prudent, donc allusif et volontairement opaque, envers les fait ainsi que les risques politiques encourus par le régime, . Il y a une situation de complot qui fait penser aux évènements turcs de 2016 (le film a été tourné en Turquie et le réal vit en Suède), mais dont le contenu n'est pas politiquement caractérisé . Dès lors, pour compenser cela, on renforce la perversité sexuelle de l'antaganoniste principal. Et symétriquement la liberté sexuelle du personnage principal devient une malédiction qui le condamne à la fois à la passivité et à l'innocence individuelle. Il subit alors la violence baroque et suréelle du pouvoir comme si elle était le poids du réel et un fait naturel. Mais cela reste très solide et par moments marquant. Je vais essayer de rattraper le reste de la trilogie.
_________________ je croyais que dans leur monde bouclé par le sadisme, eux-mêmes vivaient en parfaite sécurité
Imre Kertész
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