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MessagePosté: 22 Avr 2020, 14:09 
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Sorti une semaine avant le confinement, ce film aurait-il pu faire l'objet d'un succès populaire via le bouche à oreille semblable à Ida? Sans doute pas mais il y a là tous les éléments du film sérieux venu de l'étranger que des spectateurs de tous horizons et de toute obédience s'accorderont à trouver solide, sérieux, appliqué, etc.
Les références sont écrasantes, entre le Bresson inspiré par Bernanos (ou même du Diable Probablement comme le relève Armond White) ou le Dumont de La Vie de Jésus et de l'Humanité, lequel se réclame des deux derniers. Dans la mise en scène, constituée essentiellement de plans fixes je crois, sauf pour un très discret travelling avant sur le visage du jeune prêtre lors d'une célébration qui ne manque pas de faire son effet, c'est moins bon, moins incarné, avec une lumière qui tend trop souvent vers le verdâtre (monochrome ou grise selon l'avis d'autres personnes).
Le film, sans faire preuve d'une originalité folle, parvient à déjouer certaines attentes, ainsi qu'à faire accepter un postulat parfois cousu de fil blanc. (Le réalisateur a pu dire que ce genre d'impostures étaient communes en Pologne, ce qui doit être le cas partout où la religion est particulièrement ancrée).
Brièvement, un jeune délinquant, meurtrier, attiré par la foi catholique se fait passer pour un prêtre dans un petit village encore sonné par une tragédie récente. Le film, ainsi que le signale Sophie Avon, mélange habilement les genres et désoriente, ce faisant, subtilement. Le maire du village, qui apparaît au premier coup d'oeil comme l'incarnation typique du notable véreux, ne sera peut-être pas aussi caricatural qu'on s'y attendait.
Tout ça repose sur une ambivalence dont le film joue avec un peu trop de facilité, incarnée par le visage de l'acteur principal, qui tient à la fois de l'ange dont le regard bleu a une capacité toute particulière à se liquéfier et de l'extraterrestre vide d'émotion. Beau personnage un peu cliché dans la manière dont son physique androgyne impose d'emblée l'ambivalence.
Le scénariste, 27 ans au compteur, dit qu'il est inspiré par René Girard, et c'est une histoire de bouc-émissaire.
La communion, ou ce passage de la messe où le prêtre transforme l'eau et le pain en chair et en sang du christ n'est pas présente à l'écran, comme si le film se tenait au bord d'un blasphème et qu'il n'osait pas l'effleurer.

Satisfaisant à défaut d'être plus, et plus réussi que le dernier Boukhrief qui faisait aussi dans le polar sur fond de chronique villageoise, ou vice versa.


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MessagePosté: 23 Avr 2020, 12:39 
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bmntmp a écrit:
La communion, ou ce passage de la messe où le prêtre transforme l'eau et le pain en chair et en sang du christ n'est pas présente à l'écran, comme si le film se tenait au bord d'un blasphème et qu'il n'osait pas l'effleurer.


C'est qd mm un problème important quand on commence son film en cherchant à bousculer voire provoquer et qu'on termine en cherchant le consensus mou. L'hypocrisie typique que prétend dénoncer le film à travers son personnage. Toute la fin m'a paru totalement nulle (le retour en force de la dualité classique entre la sauvagerie et la foi), et la manière dont est enrobée l'histoire en particulier la photo m'a gonflé, en deux secondes de film on peut déjà deviner qu'il s'agit d'un film d'Europe de l'Est avec cette photo froide et verdâtre typique (du peu que j'en connais).


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MessagePosté: 23 Avr 2020, 13:56 
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D'accord avec toi après je ne me fais pas d'illusion, le potentiel "provocant" du film le reste pour le lectorat de La Croix/Le Monde/Le Figaro, à savoir un public adulte mais grand-public (raison pour laquelle je citais l'exemple d'Ida au début). Parmi les concurrents aux Oscars, je préfère quand même ça à Parasite.


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MessagePosté: 24 Avr 2020, 01:08 
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Le film m'a aussi fait penser au "Disciple" de Kirill Serebrennikov, les deux fonctionnent plus ou moins de la même façon, avec la même "ambigüité" (ou la mm façon de pas trop se mouiller).


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MessagePosté: 24 Avr 2020, 12:03 
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Pareil mais je me souviens plus trop du Disciple. Leto que Serebrennikov avait terminé de chez lui avait été une vraie surprise pour moi même si pour certains on est dans le long clip sans profondeur. Film génial qui s'extirpait de cet académisme avec ambiguïté lourde de circonstance dont tu fais mention.


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MessagePosté: 24 Avr 2020, 13:10 
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bmntmp a écrit:
Pareil mais je me souviens plus trop du Disciple. Leto que Serebrennikov avait terminé de chez lui avait été une vraie surprise pour moi même si pour certains on est dans le long clip sans profondeur. Film génial qui s'extirpait de cet académisme avec ambiguïté lourde de circonstance dont tu fais mention.


Le film a pâti de sortir la même année que "Nico, 1988" qui, en une seule scène, évoquait de façon vibrante et sans gimmick publicitaire le contexte de censure du rock dans les pays soviétiques. Tu me diras que "Leto" est plus que ça. Sans doute un peu, mais pas tant que ça.


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MessagePosté: 24 Avr 2020, 13:37 
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Tiens tiens Gontrand disait la même chose. À voir. Mais au niveau de l'enrobage, le film lui a permis de sortir de l'académisme type film de l'est... Mais je reprenais l'exemple de Serebrennikov pour dire qu'on peut critiquer l'ambiguïté facile dans ses films, une sorte d'inautheticité dans Leto (ce qui reste discutable) mais ii semble se heurter au pouvoir d'une manière qui paraît inimaginable aujourd'hui en occident. A prendre en compte quand même.


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MessagePosté: 24 Avr 2020, 14:00 
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Sur nico, j'avais trouvé le voyage intérieur de Nico et son rapport avec son fils bien traité, de manière sensible, pas forcément d'une oiginalité folle mais repsctieur et soigné (mais on connaît la fin dès le début, l'enjeu est plutôt d'incarner et de styliser une psychologie que de créer nue situation). Ainsi que la dynamique avec ses autres musiciens, famille à la fois rassurante et spectrale
Par contre la scène censée se passer à Prague (tournée à Liège) état bien ratée et une des faiblesses du film, et faisait penser au clip de Jeremy de Pearl Jam, je vois pas trop ce que ces trois minutes disaient de quoi que ce soit (et encore, c'était plutôt une métaphore de l'Europe-fantôme, hantée par sa propre culture, quir elie avant-garde et nationalisme, qu'une charge politique).

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Dernière édition par Vieux-Gontrand le 24 Avr 2020, 14:18, édité 1 fois.

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MessagePosté: 24 Avr 2020, 14:10 
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Par contre, "Chien Chauve Rock" du hongrois György Szomjas est sur ce sujet super-intéressant, filmé à chaud, à la fois un film critique et quelque-chose du niveau de Spinal Tap, dans un régime qui, involontairement, interdit la bonhommie à la Spinal Tap chez ses opposants et transforme une imitation de Lemmy Kilmister en poète appolinairien.

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MessagePosté: 24 Avr 2020, 15:17 
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Vieux-Gontrand a écrit:
Par contre la scène censée se passer à Prague (tournée à Liège) état bien ratée et une des faiblesses du film, et faisait penser au clip de Jeremy de Pearl Jam, je vois pas trop ce que ces trois minutes disaient de quoi que ce soit (et encore, c'était plutôt une métaphore de l'Europe-fantôme, hantée par sa propre culture, quir elie avant-garde et nationalisme, qu'une charge politique).


Cette scène ne «dit» rien en effet, toi par contre qu'est-ce que tu en dis des âneries ! Tu es sûr que tu confonds pas avec toi-même qd tu dis «hantée par sa propre culture», parce que ça déborde souvent j'ai l'impression ?

Je n'irai pas voir le fameux clip de Pearl Jam afin de m'éviter une fois de plus de m'affliger de tes subtiles rapprochements qui ne peuvent qu'échapper au commun des mortels, mais merci qd mm...


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MessagePosté: 24 Avr 2020, 15:26 
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De rien, bonne journée

Et Hasta la victoria siempre (sauf pendant les heures de visionnage des films du père Dolan, pendant lesquelles la révolution culturelle est momentanément interrompue)

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MessagePosté: 25 Avr 2020, 01:41 
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Vieux-Gontrand a écrit:
Et Hasta la victoria siempre (sauf pendant les heures de visionnage des films du père Dolan, pendant lesquelles la révolution culturelle est momentanément interrompue)


Sois bien sûr que j'ai vu des films bien pire que celui du petit-bourgeois inoffensif Dolan ces derniers temps, conformément à la doctrine de la révolution culturelle qui affirmait qu'il fallait voir les films ennemis pour mieux les critiquer !


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MessagePosté: 07 Avr 2021, 23:19 
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Antichrist
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Le film mérite sa réputation. Je ne savais rien de l'histoire (bon vu le titre et l'affiche, j'avais quand même compris que cela tournait autour de la religion) et j'ai été happé par la noirceur/pureté du récit, le physique incroyable de son acteur principal, l'efficacité de la mise en scène. Le scénario n'évite pas quelques poncifs (le personnage de la jeune fille notamment), mais Jan Komasa est assurément un jeune cinéaste à suivre et il tient son récit jusqu'au bout (et le dernier plan donne des frissons).

4-5/6


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