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MessagePosté: 05 Juin 2011, 23:20 
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Successful superfucker
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À l'aube du XXème siècle, dans une maison close à Paris, une prostituée a le visage marqué d'une cicatrice qui lui dessine un sourire tragique. Autour de la femme qui rit, la vie des autres filles s’organise, leurs rivalités, leurs craintes, leurs joies, leurs douleurs... Du monde extérieur, on ne sait rien. La maison est close.

Assurément l'injustice la plus patente du dernier palmarès cannois. Je n'ai jamais été un grand fan de Bonello dont les récits décousus se perdaient souvent dans un ennui accablant, mais force est de constater qu'avec la mort annoncée de cette maison close, gynécée de freaks épuisés de désirs et d'élans féministes, ronde entêtante de spectres, fascinant ballet triste de poupées en sursis où le sexe s'évanouit comme un opium sur le nights in white satin des Moody Blues, il s'est surpassé et signe ici son chef d'oeuvre d'une direction artistique poussée à son sommet.
5+/6


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MessagePosté: 15 Sep 2011, 10:07 
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Il y a sans doute quelques spoilers, mais rien de grave.

A l'avp, on a eu droit a un petit Q&A avec Bertrand Bonnello, qui a explicité certaines choses, aidé à la compréhension, notamment du dernier plan, et de l'écho qu'il a par rapport au premier. C'était intéressant. Voir les filles qui viennent de jouer les putes en corset en chair et en os, là, devant toi, est aussi une expérience bizarre (je ne suis pas habitué à côtoyer des acteurs!).

Et je ne sais trop que penser. Le film est bon, assurément, il est beau, certainement. Il est sans doute un peu long, notamment sur la fin, cette soirée dont on ne sait plus trop quels éléments sont réels et lesquels sont fantasmés.
Le huis clos est très intéressant,et les filles ne sortent toutes de la maison que le temps d'une scène, un espèce de dernier moment de bonheur et de partage qui brise un peu la trame du film, achevant toute velléité de distinguer une continuité dans la lente décadence que décrit le film. Le reste du temps, le ballet des filles dans cette maison est très bien orchestré, tout en verticalité, de l'entrée richement décoré jusqu'aux chambres de bonnes où elles dorment à plusieurs dans un même lit.
La scène d'introduction est très bien composée, toute en aller-retour, jusqu'au traumatisme - l’agression d'une prostituée donc- premier signe de la fin annoncée. Ensuite, on se concentre sur la vie de ces femmes, traitées avec beaucoup de respect, avec une caméra très chaste, finalement un peu froide, qui filme les corps désirables sans réelle sensualité, donnant au tout l'aspect d'une gigantesque farce, avec ces clients qui viennent satisfaire leurs fantasmes, du drôle au tordu, de l'excitant au pathétique, certains purs consommateurs et d'autres profondément liés à la fille qui partage leurs nuits. Saluons aussi la belle performance de Noémie Lvovski, en matrone à la fois possessive et cupide, mais aussi protectrice, dans un jeu tout en ambigüité entre ces deux rôles : elle entretient ses filles comme un cheptel, mais pas sans tendresse.

Et, finalement, belle interprétation collective de toutes ces femmes, jouant habilement entre objets de désir et femmes réelles, puisque le film se concentre tout aussi bien sur leur vie au quotidien que sur l'exercice de leur métier. Des filles coincées dans un exercice répété à l'infini et dont elles ne peuvent sortir - une seule le fera - avec les risques permanents : violence, maladie, absence de contraception... Pendant le film, on les scrute, on les désire, on les rejette : c'est selon, mais on est jamais indifférent à leur calvaire. Autant d’éléments qui participent dans le film à la lente et inéluctable descente vers une fin annoncée : la fermeture.

Bonnello se sort par ailleurs bien du piège du film d'époque en costume en introduisant quelques anachronismes bien pensés, notamment au niveau de la musique donc (Moody Blues en 1900!), et finalement en donnant une certaine intemporalité au film, même si l'époque choisie est certainement très intéressante pour ses moeurs.

Beau travail aussi sur l'image et le son, même si parfois le passage du silence total au déluge de décibels est un peu brutal.

Au final, tout est positif. Alors pourquoi est-ce que je n'arrive pas à être vraiment enthousiaste ? Le film me laisse un peu froid finalement. Je n'arrive pas à me passionner (c'est dommage, pour un film qui traite de passion!). Je n'arrive pas assez à y croire. Et puis le film traîne un peu, se complaît peut-être un peu.

Ce sera donc un 4.5/6 pour l'instant.

Mais objectivement le film mérite au moins 5, en effet.

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Dernière édition par elmomo le 15 Sep 2011, 11:21, édité 2 fois.

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MessagePosté: 15 Sep 2011, 10:25 
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Localisation: In the Oniric Quest of the Unknown Kadath
Un enchantement total.
Je vais le revoir en salles avant d'en reparler mais c'est le film d'un esthète hypersensible et c'est d'une poésie extraordinaire.

Le film qui sera parvenu à m'émouvoir avec un léger travelling sur des draperies de velours. Peut-être mon numéro 1 de l'année à l'heure actuelle.

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CroqAnimement votre


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MessagePosté: 15 Sep 2011, 10:41 
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Poète, va.

J'ai été plus ému par les formations géologiques et les dessins d'Herzog que par les corps et les soieries de Bonnello, en fait.

J'aime pas les êtres humains.

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MessagePosté: 15 Sep 2011, 10:41 
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Antichrist
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Film qui a superbement vieilli depuis Cannes. Une vraie leçon de mise en scène.

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MessagePosté: 23 Sep 2011, 21:13 
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Le consensus de malade dans la presse :shock:

Le film souffre d'une maladie incurable: avoir des intentions sans les incarner dans ses personnages. La maestria de la mise en scène, l'utilisation de la musique, le générique de début, quelques audaces de montage: un véritable arsenal est déployé, mais au service de quoi? D'une oeuvre extrêmement clinique qui n'arrive jamais à donner du corps à cette vision hallucinée qu'il aimerait donner de l'univers ouaté et naturellement lyrique des maisons closes. Pourquoi? Parce que ses personnages sont vides de consistance. Que ce soit la nouvelle arrivante, la patronne, la "femme qui rit" ou encore "Caca", leur singularité se construit superficiellement autour d'un ou deux détails extérieurs à elles-mêmes sans qu'on pénètre réellement, c'est le cas de le dire, dans leurs mécanismes internes. Le cinéma ne peut certes pas peindre l'âme humaine, si tant est qu'elle existe, comme la littérature le fait, mais il peut dévoiler les relations entre les personnes, et le système qui les englobe. Ici, les relations sont posées dès le départ comme étant uniquement amicale, alors pendant tout le film on déplie ce constat, on fait rire et pleurer ensemble les prostituées histoire de montrer qu'elles sont solidaires, et puis basta. Aucune aspérité, aucun coup d'éclat, même dans la description du système englobant, justement, la lente chute de l'établissement, d'ailleurs bien mal rendue à mon sens étant donné qu'on n'en comprend pas tellement les raisons - elles sont simplement évoquées dans les dialogues (globalement très plats dans l'ensemble, et ce, dès le début), ce qui est donc le meilleur moyen de ne pas les faire ressentir au spectateur (dans ce cas précis de film "halluciné", car chez Rohmer ça fonctionne). C'est peut-être aussi la faute aux comédiennes, toutes mauvaises, et assurément la faute à la direction d'acteurs. Alors quand "Caca" attrape la syphilis, on s'en fout éperdument, et on rigole de voir danser ces meufs pleines de tristesse, faire leur cinéma devant la caméra en vue de réaliser LA scène émouvante. Ah non, pardon, le moment-clé sera ces larmes de sperme qui coulent sur les joues de la victime principale du film. N'est pas Lars von Trier qui veut. Il y a quelques moments réussis, des ambiances envoûtantes, qui atteignent à une certaine magie très "tournant du siècle", Proust-style et compagnie, mais ça retombe quasiment au niveau de Vidocq dans la longueur, par la grâce de dialogues ratés. J'ai bien conscience d'être sévère, et peut-être injuste, mais je suis très déçu, et plus ça va, plus le souvenir du film empire. Il faut dire que le dernier plan totalement gratos, sans intérêt (à moins que Bonello veuille nous éblouir de la laideur de la prostitution moderne, afin de plaider pour la réouverture des maisons closes, tellement esthétiques et confortables), n'arrange rien.

2/6


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MessagePosté: 27 Sep 2011, 20:34 
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Il faut peut-être d'emblée parler de ce qui m'a littéralement pourri le film, et qui m'énerve : une attitude terroriste face au spectateur. Peut-être n'est-ce que moi, mais je trouve intenable, en partant du postulat de la bouche découpée - image horrible qui rend déjà l'intro tendue pour qui a eu un petit aperçu du film -, de venir y rejouer avec suspense plusieurs fois de suite, ah tiens revoilà la scène, est-ce qu'on va aller assez loin pour voir l'acte en direct... Jouer de cette façon avec le spectateur, j'ai trouvé ça violent pour rien, idiot, plein d'insécurité, et puéril (par comparaison, la scène de la soirée mondaine n'a pas besoin de dominer son spectateur pour être un sommet d'horreur). Ça va de pair, d'ailleurs, avec une façon de ne pas savoir faire l'économie de cette figure (la prostituée défigurée), qui est évidemment l'image phare du film, et qu'il aurait fallu utiliser avec un peu plus de doigté, plutôt que de foncer sur son visage comme ressort d'une scène sur deux.

Ceci étant dit, j'ai été assez impressionné par le film (mon premier Bonello).
La force de cinéma qui l'habite est peut-être un poil trop diluée : il y a quelques attardements et répétitions, même si je ne saurais pas précisément où couper ; doit bien avoir un quart d'heure en trop. Mais de manière générale, la lenteur du film m'a semblé dense et solide, hypnotisante, j'ai plongé dedans des les premières images. Le trajet est plus compliqué qu'une simple décadence : c'est un épuisement, qui vide les filles de leur fluide vital, qui s'acharne à les rendre cire, vitreuses, pantins, comme si le film les faisait glisser vers la pure picturalité, comme s'il achevait de chanter l'image de la prostituée comme on la cadenasserait dans le passé (je trouve ça particulièrement fort au passage à la campagne). Bien que le film soit extrêmement immersif par son atmosphère, une certaine distance (peut-être la crudité blanche des corps d'emblée exposés, dénués de mystère) nous empêche de nous identifier, et ce mélange produit un effet très étrange que j'ai beaucoup aimé. Et même si Bonello n'avait pas besoin de nous le surligner dans ses cartons (encore un truc d'insécurité qui m'a agacé), la façon dont la magie venimeuse du XIXè siècle se détruit en pénétrant dans le suivant est extrêmement bien rendue. Quant à la fin, d'abord réticent aux premières images, je l'ai trouvé superbe...

Bref, à de GROSSES réticences près, ce sera sans problème dans le top de fin d'année (enfin !). Ça fait du bien de voir un film aussi maîtrisé.


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MessagePosté: 29 Sep 2011, 11:37 
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Pas accroché du tout.
Le terrorisme dont parle Tom m'a vraiment choqué. Pas que je sois contre ce type de rapport au spectateur, mais dans ce cas il faut y aller à fond et en faire un principe de mise en scène qui tient pendant tout le film : je te prends par la main, je t'en fous plein la vue et tu réfléchiras après le film. Là, c'est une scène de manipulation "terroriste" suivie de trois autres pseudo-"subtiles" et "fines", et du coup je trouve ça roublard et un peu dégueulasse (tout le jeu autour de "verra-t-on? verra-t-on pas?"). Et conséquemment les scènes plus "fines" deviennent à mes yeux ultra-signifiantes et assez lourdes.
N'étant jamais rentré dans le film, je n'y ai vu qu'un catalogue de références plus ou moins bien dirigées : L'homme qui rit, Les Yeux sans visage, L'évangile selon saint Matthieu, Les Fleurs de Shangaï, Le Plaisir épisode La Maison Tellier, Vivre sa vie, Eyes Wide Shut, Kill Bill même tiens, et j'en oublie une petite dizaine qui me sont venues à l'esprit pendant le film...
J'ai vu un le film comme un pur objet, loin de moi, auquel je comprenais tous les choix de mise en scène, ce qui est un problème...
Il y a tout de même selon moi un problème de choix dans la distance et la représentation. Sommes-nous dans un pur objet graphique, distancé, à base de tableaux ? Dans ce cas je trouve le film beaucoup trop découpé, et les tentatives de subjectivité complètement ratées. Je pense par exemple à la "pute-jouet" qui mate un insecte pendant qu'elle se fait prendre par derrière, qui est une belle idée mais qui, dans ce film, n'en reste qu'à l'intention, qu'au théorique, qui ne m'émeut pas. Sommes-nous dans un film au passé, ces fameux "souvenirs" dont parle le titre ? Dans ce cas, les souvenirs sont ceux, fantasmés, de Bonello, et j'ai la désagréable impression d'une instrumentalisation des personnages. Sommes-nous dans l'histoire de la Juive et de la fermeture de la maison close ? Dans ce cas j'aurais aimé une narration un peu plus forte...
Bref, je ne dis pas qu'il faille choisir définitivement le genre ou le style du film, mais ici Bonello (me) brouille trop les pistes, et au final je ne sais pas ce qu'il veut me transmettre, et au final je m'ennuie.
Après, j'ai toujours du mal avec les "portraits collectifs", je préfère les films qui suivent un ou deux personnages à fond, ceci explique peut-être cela...
Il y a un savoir-faire indéniable, dans la direction artistique, chez certaines actrices, mais ça, je m'en fous un peu au final... Je ne vois pas ce que le film raconte, l'émotion ou l'humeur qu'il cherche à transmettre (si c'est la sensation d'une "fin d'époque", on repassera...)


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MessagePosté: 29 Sep 2011, 22:05 
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J'ai eu très peur au début, entre cet acteur qui joue mal, ce rêve sursignifiant et trop écrit, ce générique en photo sur typo moderne avec son anachronisme de pacotille, cette narration déstructurée pour rien, ces cartons grossiers...puis après ça, je me suis laissé emporter dans ce portrait d'une époque, d'un lieu, d'une profession, parce que la reconstitution est faite avec soin, dans les décors, les costumes, mais aussi la photo et sans jamais de lourdeur dans la mise en scène, qui parvient cependant à instaurer une atmosphère tour à tour oppressante (l'intro, avec les inserts du masque, avec le plan-choc), ennivrante (les nuits à la maison), et enfin déprimante (lorsque l'inéluctable sort funèbre des putains se révèle), et aussi parce que les archétypes sont beaux, que le dessin de chacune d'elle est fait avec une douceur dans le trait...

...c'est pourquoi je regrette que ça retombe dans le too much sur la fin, avec cette scène de danse où l'on pleure sur "Nights in White Satin", avec cette vision de la droguée et cette réplique encore une fois trop écrite de la part de Caca, avec le retour du rêve poussif et - pire - son illustration grotesque.
Je déplore également le rythme un peu trop lent et la fin qui tire en longueur. Mais bon, au moins c'était pas chiant comme l'autre Bonello que j'avais vu (Le Pornographe, 1/6).

4/6

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MessagePosté: 29 Sep 2011, 22:52 
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tape dans ses mains sur La Compagnie créole
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Argh, déceptioooon.... Le scénario m'avait plu, le teaser aussi, les échos positifs m'avaient mis en conditions... Mais c'est pas passé. J'admets que c'est loin d'être n'importe quoi, j'ai du mal à reprocher réellement quoique ce soit, mais j'ai trouvé le temps long et vraiment, je me suis ennuyé, et c'est ça le pire. Malgré l'élégance, malgré les intentions, malgré la reconstitution, le style, l'ambiance, tout ça... Je me suis fait chier. Argh!

2/6

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MessagePosté: 09 Oct 2011, 22:56 
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La scène de la fin, c'est clairement non. Je ne sais pas ce qu'a voulu exprimer Bonello mais c'est maladroit et raté. Le jeu un peu sadique vers la fin autour de la scarification bof également. Pour le reste, c'est un enchantement. Certains journalistes ont voulu y voir un message ou une réflexion sur la prostitution, et ont trouvé le film assez vain. Moi je n'y vois rien de tout ça, juste un songe mélancolique et un acte poétique d'une grande force. L'apollonide vaut pour son atmosphère envoûtante qui transporte, la rigueur et la subtilité de Bonello font merveille. Je n'ai pas trouvé le film cérébral, mais beaucoup plus sensuel qu'autre chose. C'est assez remarquable ce que Bonello arrive à faire passer dans sa mise en scène : cette tristesse, cette langueur hypnotique. Bref, gros film et c'est assez dommage de le voir repartir bredouille de Cannes. Un mot sur les actrices toutes fantastiques.
Je suis curieux de voir comment le film va vieillir.

5/6


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MessagePosté: 09 Oct 2011, 23:01 
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Abyssin a écrit:
La scène de la fin, c'est clairement non. Je ne sais pas ce qu'a voulu exprimer Bonello mais c'est maladroit et raté.

Vu que le film, un peu lourdement d'ailleurs, parle de la mort du XIXème siècle et de l'arrivée du XXième, je vois cette fin comme une sorte de mutation achevée. Je crois qu'elle a surtout du sens par le fait qu'on nous montre pas seulement la jeune fille faire le périph, mais surtout être expulsée de la voiture qui semble autant la déposer sur le trottoir qu'à l'autre rive du siècle, comme le produit et résultat de tout un processus.


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MessagePosté: 10 Oct 2011, 09:59 
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Tom a écrit:
Abyssin a écrit:
La scène de la fin, c'est clairement non. Je ne sais pas ce qu'a voulu exprimer Bonello mais c'est maladroit et raté.

Vu que le film, un peu lourdement d'ailleurs, parle de la mort du XIXème siècle et de l'arrivée du XXième, je vois cette fin comme une sorte de mutation achevée. Je crois qu'elle a surtout du sens par le fait qu'on nous montre pas seulement la jeune fille faire le périph, mais surtout être expulsée de la voiture qui semble autant la déposer sur le trottoir qu'à l'autre rive du siècle, comme le produit et résultat de tout un processus.


La musique est quand même super gênante à ce moment. Les intentions de Bonello sont peut-être bonnes mais le résultat ridicule. J'ai fortement souri ^^


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MessagePosté: 10 Oct 2011, 22:59 
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A noter une interview super intéressante dans les cahiers du mois dernier, que je découvre à rebours, où Bonello se montre extrêmement précis et conscient concernant ses intentions de structure, de mise en scène, de dramaturgie. Ça fait plaisir.


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MessagePosté: 27 Oct 2011, 14:46 
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J'ai vu deux fois L'apollonide.
Mes deux séances ont été différentes. J'ai vécu la première en étant très impliqué, et en passant ainsi successivement de l'inquiétude au soulagement, du calme à l'effroi, comme si j'étais suspendu, comme si je planais. Ma seconde vision, forcément plus dénuée de suspense, a été un petit peu plus terre-à-terre et je me suis alors focalisé sur l'aspect quasi sociologique que revêt le film. Je pense que je pourrais encore découvrir un autre aspect du film si je le revoyais une troisième fois. Ce mélange de tons et de genres est ce qui m'a le plus enthousiasmé. On passe du naturalisme à l'onirisme, de Renoir à Cronenberg, de Lynch à Bunuel avec une vraie maestria.
C'est comme si Bonello avait réussi à enfermer dans une maison close tout le monde extérieur, du visible à l'invisible. J'ai ressenti l'atmosphère "fin de siècle", et son dandysme, son cynisme et ses considérations de l'époque (les quelques phrases lâchées subrepticement sur le métro, l'affaire Dreyfus ou "La guerre des mondes" sont fulgurantes), comme je ne l'avais encore jamais aussi bien ressentie.
Les différents personnages du film, et notamment les prostituées, ne sont jamais désincarnées mais jamais franchement incarnées non plus, ce sont comme des enveloppes vides depuis un siècle qui sous l'action de la caméra et la grâce du cinéma redeviendraient soudainement habitées, et remises sur pied plan après plan, scène après scène, dans un certain désordre, souvenir oblige. Le sous-titre du film est d'ailleurs très justement "Souvenirs de la maison-close".
Bonello ne fait pour autant jamais basculer totalement son film dans l'onirisme ou le fantasmatique, et se rattache souvent au réel le plus noir en évoquant les maladies et les douleurs intimes des prostituées, et en incluant dans son film des scènes purement pragmatiques où le fonctionnement d'une maison close, de son financement à son organisation est disséqué de A à Z, pour un résultat franchement passionnant.

Au delà de ça, j'ai été soufflé par la splendeur de la mise en scène et par la beauté de la photographie et de la direction artistique, mais surtout par le génie du montage, absolument brillant. Bonello nous promène parmi les prostituées (du réel au rêve, du passé au présent, du présent au futur) avec une grâce remarquable. J'ai particulièrement été impressionné par tout ce qui touche à la Juive. Pour moi, Bonello ne cherche pas qu'à créer un suspense artificiel qui ferait du chantage au spectateur, mais aussi à illustrer les tourments du personnage qui cherche peu à peu à trouver le courage suffisant pour reconstituer son traumatisme et donc le voir en face et ainsi pouvoir recommencer à vivre. Quand au fameux et controversé plan final, je l'ai uniquement vécu comme une respiration bienvenue qui oblige le spectateur à réajuster son regard sur tout ce qu'il vient de voir.
Un grand film.

5,5/6


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