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MessagePosté: 04 Juil 2026, 09:42 
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Je me refuse pendant longtemps à recourir aux effets de modes ou tics langagiers mais là, ça s'impose, et ça veut peut-être dire quelque chose du film.
Un vrai banger donc.
2h40 passant comme un charme, avec un souffle romanesque indéniable, des acteurs au poil, et ce côté quichottesque - ce n'est pas tout à fait le bon mot ou la bonne référence en réalité - qui rend l'histoire passionnante. On a beau être là pour se distraire et prendre une large rasade de propagande républicaine et de réconciliation nationale, le film représente bien la tension inhérente à la politique et à l'idée gaullienne : entre disons, substance et représentation. Les trois climax du film l'illustrent bien : le discours de Leclerc lors de la Bataille de Ksar Ghilane, un autre discours, monté en parallèle sur Michael Nyman, avec un autre de Gaulle à Alger (passablement réécrit, et je ne parle pas de la licence poétique qui fait coïncider les deux timelines), et les images d'archives de la libération de Paris avec récitation du poème d'Eluard par Eluard lui-même (outre l'usage célèbre de Verlaine à la BBC, on rappellera que De Gaulle citait Aragon à Alger dans ses discours). Le film montre bien que la politique, l'épopée gaulienne, consiste en une série de gestes symboliques, qui finissent par l'emporter presque au mépris des complexités de l'histoire. On ne saurait prendre cette histoire pour argent comptant, et le film force un peu d'ailleurs sur la manière dont il oppose l'idéalisme souverainiste du général au réalisme et au pragmatisme de Churchill ou même d'un Giraud, excellemment interprété par Thierry Lermitte. Le film donne envie de se replonger sur cette histoire méconnue, périphérique de la guerre en Afrique subsaharienne et en Afrique du Nord (ainsi le film insiste sur l'importance des troupes coloniales tout en minorant encore leur importance à mon sens : près de 85% de troupes de soldat africains dans les rangs de Leclerc).


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MessagePosté: 04 Juil 2026, 23:18 
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Je me suis limite demandé si j'allais vraiment y aller vu l'ennui face au bordel répétitif du premier chapitre mais les échos plus positifs sur celui-ci, certes de la part de gens qui avaient apprécié le premier, et mon inéluctable complétisme m'y ont poussé.

C'est effectivement un peu plus convaincant, sans doute parce que les méthodes du Général se font ici un peu moins insondables et elles-mêmes plus persuasives, qu'elles portent donc leurs fruits et que l'élan vers la conclusion et la victoire donne une certaine énergie et ampleur au récit qui reste toujours trop éclaté à mon goût.

C'est un film qui porte le nom d'un leader coincé loin du terrain et dont les séquences les plus intéressantes sont celles qui le mettent en scène à devoir parlementer dans des bureaux. Quitte à ne choisir de raconter De Gaulle qu'au travers d'un événement spécifique aka comment il a, en un sens, réussi à mettre fin à la guerre, il aurait fallu prendre exemple sur le Lincoln de Spielberg et rester dans son point de vue exclusif plutôt que de chercher à faire un blockbuster Pathé avec des scènes de guerre et d'insurrection qui demeurent franchement illustratives. Plutôt qu'un diptyque inutilement boursouflé et inconsistant de CINQ HEURES VINGT, on aurait eu un thriller politique de deux heures et quelques beaucoup plus on point. On aurait encore mieux ressenti ce que ce second opus réussit davantage dans ses set ups/pay offs (plutôt que des sous-intrigues genre Jean Moulin version digest et autres scènes de guerre répétitives en Afrique).

Maintenant, même si le film s'en sort un peu mieux dans l'écriture (et encore, j'accroche toujours aussi peu à ce De Gaulle jamais humain, jamais vraiment un protagoniste que l'on peut comprendre, soutenir, aimer suivre), formellement c'est toujours aussi propre mais relativement désincarné. Quelques images résonnent mais dans l'ensemble, ça manque de cinéma, ça bouge si peu. Les images d'archives trop abondamment utilisées sur la fin ont tellement plus de poids que tout ce que Baudry échafaude...ça m'a un peu fait l'effet de l'autre entreprise de "reconquête" du cinéma français du studio, Le Comte de Monte-Cristo, qui manquait vraiment d'une vision de cinéaste et s'apparentait à un téléfilm de luxe.

Il n'y pas en France le fandom taré pour ça mais j'aurais une curiosité morbide pour un fan edit excisant toutes les scènes sans chefs d'état pour réduire tout ça en un film.

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MessagePosté: 05 Juil 2026, 00:06 
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Pas vu le premier, mais c'est précisément le choix du film d'éviter le biopic pour raconter quelque chose de plus large qui rend le film intéressant : De Gaulle est peut-être une sorte de macguffin.


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MessagePosté: 05 Juil 2026, 00:39 
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bmntmp a écrit:
Pas vu le premier

WTF

Citation:
mais c'est précisément le choix du film d'éviter le biopic pour raconter quelque chose de plus large qui rend le film intéressant : De Gaulle est peut-être une sorte de macguffin.

Peut-être mais le parcours de Livia on s'en bat les glaouis et Leclerc presque autant. Ils ne sont que des illustrations des tenants et aboutissants de ce que De Gaulle gère dans les bureaux. C'est là que se joue la véritable action du film. Le reste est narrativement accessoire.

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MessagePosté: 05 Juil 2026, 22:08 
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Livia est la factotum de Jean Moulin, figure ultra-connue mais au sujet de laquelle il me faut confesser une quasi-totale ignorance. J'ai été surpris de trouver le segment excellent. Un des paradoxes du film, sa manière de retourner les représentations habituelles de la guerre, c'est qu'il fait quasi complètement disparaître l'ennemi nazi. Reste De Gaulle, qui est une espèce de Professeur Xavier, aidé par les deux mutants, que sont dans le film, Moulin et Leclerc.
Et pour Leclerc, t'es un peu seul, pas mal de spectateurs signalent le drip de Schneider (mais pour moi Félix Kysyl est meilleur).


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MessagePosté: 05 Juil 2026, 22:31 
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Ce sont pas les acteurs, le problème.

Enfin à part pour Leklou mais là aussi c'est surtout l'écriture qui est embarrassante.

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MessagePosté: 06 Juil 2026, 18:40 
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Citation:
le drip de Schneider


C'est à dire? Avant de poster dans "les expressions dégueulasses et insupportables".


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MessagePosté: 11 Juil 2026, 07:57 
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Le film que Film Freak appelle de ses voeux c'est en réalité le DE GAULLE de Gabriel Le Bomin qui se passe lui sur quelques semaines et pour lequel je citais justement LINCOLN dans mon avis mais qui est... nul.

Ici finalement je suis content pour eux qu'ils aient dû changer leur titre car élargir la vista via le "La Bataille..." permet de décentrer le récit vers autre chose que juste ce général qui en effet est un étrange protagoniste. Et pourtant moi je réussis à être avec lui. Chez De Gaulle il y a toujours eu ce côté "personnage", incarnation, performatif, et je trouve qu'Abkarian est excellent car il réussit à jouer tout à la fois le mec et le mec qui joue le personnage. On sent donc à quels moments De Gaulle est lui-même et à quels moment il joue pour son public.

Niveau rythme j'ai trouvé ça hyper prenant. L'intro est dingue et franchement des films français de 2h40 qui passent comme ça j'en connais juste aucun (à part peut-être L'ÂGE DE FER). Wiki de fou mais passionnant.

La bataille dans le désert est mieux que celle de Bir-Hakeim dans le 1. Alors faut-il remercier Alexander Witt ? Mais quoi qu'il en soit je trouve que Baudry assure: c'est rarement impressionnant, mais il ose faire durer ses plans et il réussit souvent à trouver l'humour, l'absurde (excellent Thierry Lhermitte). En fait par moments ça m'a fait penser à une B.D... et pour cause, Baudry avait écrit QUAI D'ORSAY.

Et sinon c'est l'heure du paragraphe sur les anachronismes linguistiques. J'ai apprécié qu'un document porte la mention "Très secret" (plutôt que le "Top secret" des SENTINELLES). Mais disait-on "C'est mort" à l'époque pour dire "C'est fini" ? Et même si on relaie un message émanant des américains, utiliserait-on le mot "stand by" sans le traduire ("On nous demande de rester en stand-by") ? Je sais que betcepour lahvi va me sortir des textes de Blaise Cendrars où toutes ces expressions figurent et je vais être pwned mais faut que je pose la question.

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Liam Engle: réalisateur et scénariste
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MessagePosté: 11 Juil 2026, 08:36 
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Donnons la parole à l’accusation par ouverture d’esprit (45 minutes au lieu de 5h20, ça sauve des vies) : https://emitai.fr/podcastemitai/hanami- ... de-gaulle/


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MessagePosté: 13 Juil 2026, 18:58 
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J'avoue que cela m'a agacé.
D'une part il feignent de croire qu'un film grand public sur le gaullisme allait adopter un point de vue décolonial d'autre part il critiquent réellement l'intrigue du film de façon assez détaillée mais sélective à la Begaudeau, comme si un sucroit d'honnêteté politique allait relever l'intrigue et lui donner automatiquement une cohérence.

Mais il n'y pas d'articulation forte entre leur critique du point de vue de départ et celle de la forme finale en dehors de considérations morales, à la fois subjectives et vaguement essentialites (le vrai film politique est léger malgré son poids, le film académique est lourd malgré son ironie, comme s'il fallait à tout prix une symétrie).

Il essayent vainement de trouver un point de vue où la critieque de la forme suffirait et absorberait celle de l'intention politique. Ils tombent dès lors dans des contradictions, qu'ils tentent de surmonter par des considérations du type "le retour de la géopolitique, c'est un truc de droite, une occasiion de faire du politique sans les peuples". Ben non, le monde a quand-même changé depuis 2022, et leur propos reviennent à faire du géopolitiqueet des questions internationales un mauvais objet pour la gauche, qui se rendrait suspecte par le seul fait de l'aborder (le Diplo n'est pas un Journal Géopolitique par hasard, de même que le Grand Continent qu'il cite, pas spécialement de gauche).
Après c'est intéressant de lui opposer Emitaï, mais l'opposition est aussi celle entre les points de départ et de les intentions des réalisateurs, pas seulement celle du film produit (à moins de croire qu'un film produit accidentellement du mythe ou de la conscience).


Sur la question coloniale De Gaulle est roublard, à la fin de ses mémoires il dit tout à la fois que si on l'avait laissé au pouvoir après 1945 il aurait pu accorder rapidement l'indépendance aux Algériens et éviter la guerre, mais qu'en 1962 il fallait faire durer la guerre pour compenser aux yeux des Russes et des Américains la défaite politique de la France par une victoire militaire, et se maintenir internationalement. C'est finalement la même ambiguïté et contradiction que le Je vous ai compris, mais assumée au plan géopolitique. Avec la vieille idée coloniale - et insupportable- que l'on est en droit dominer celui que l'on respecte, déjà la substance du propos de Tocqueville sur l'Algérie (il y a un continuum Tocqueville - De Gaulle). Mais alors le respect devient la guerre elle-même, sous une forme à la fois morale et professionnelle. Par ailleurs difficile de croire qu'il ait été lui-même un leurre dans l'affaire Ben Barka.

En effet les enjeux de puissance et ceux d'ouverture au Sud se contredisent, et faire les deux en même temps fait durer la guerre et le prix du sang, De Gaulle tente d'introduire une passivité ou un rapport de force subi par l'agresseur pour se disculper, faire passer la guerre pour un effet sans décision. Par ailleurs si on lit les mémoires on sent que De Gaulle a un grande dette envers Félix Eboué, qui le contraint moralement au Discours de Brazzaville.
Il y avait moyen de critiquer le gaullisme sur ce point de manière plus profonde que la seule anecdote sur Vanatu qu'il n'arrive pas à localiser sur une carte.

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je croyais que dans leur monde bouclé par le sadisme, eux-mêmes vivaient en parfaite sécurité

Imre Kertész


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MessagePosté: 14 Juil 2026, 09:46 
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Je vais être le seul énergumène à préférer le 1 je crois... Car autant j'avais trouvé rafraichissant cette approche anti-spectaculaire voir un peu ridicule des évènements dans le 1, là me retapper 2h30 de bassesses politiques, négociations de couloir, et allers-retours interminables ça m'a gavé.

Je rejoins grandement Film Freak globalement, et notamment sur le fait que le film s'éparpille, surtout car j'ai du mal à bien saisir comment les dynamiques des 3 histoires entrent en corrélation, chaque partie étant plutôt isolée et semblant même anecdotique. Les résistants existent à peine et je trouve que tout ce qui est lié au gouvernement de résistance n'a pas assez de prise sur le déroulement des faits, notamment parce que de Gaulle se sépare un peu facilement de Giraud et que personne n'en parle en suite côté américain notamment alors que pour eux c'était totalement inenvisageable. Côté Leclerc, on a des scènes spectaculaires mais là aussi, quel est l'impact effectif de ses accomplissements ? A quel point sont-ils décisifs, et qu'est-ce qui aurait changé s'il n'était pas là ? Ils ont au moins une force symbolique mais concrètement pour les anglais/américains pourquoi est-ce un véritable enjeu de "ne pas perdre Leclerc" ? Bien sûr on comprend ce que toutes ces choses représentent en théorie mais je ne trouve pas que ce soit très concret dans le film.

Et d'ailleurs je n'ai trouvé ni de souffle épique, et encore moins de rythme comme j'ai pu le lire. Combien d'allers-retours sur le contrat avec Giraud ? Combien de fois on voit les mêmes coups bas de Roosevelt ? Les petits accrochages avec Churchill ? Les missions suicides de Leclerc ? De Gaulle qui dit "On est en France ici !" ? En tant que tel ça pourrait aller mais le problème c'est que ça vient après 1 premier volet où on voit déjà tout ça. Je m'attendais à une approche différente qui justifie cette séparation en deux films, avec deux identités marquées, au final ça se répète vachement quand même, et on tourne beaucoup trop en rond.

2/6


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MessagePosté: 14 Juil 2026, 13:42 
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Donc j'en déduis que tu préfères le premier car anti-spectaculaire, mais tu reproches au deuxième de ne pas l'être assez, et de ne pas glorifier assez l'épopée gaulliste, en faisant de ses personnages des acteurs de l'histoire dont on aurait pu bien se passer (car les Américains), donc finalement le deuxième est moins bon car il est comme le premier.


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MessagePosté: 14 Juil 2026, 13:49 
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bmntmp a écrit:
donc finalement le deuxième est moins bon car il est comme le premier.


Bah oui, si t'as déjà mangé du chili con carne à midi, t'as beau avoir trouvé ça pas mal ça va peut-être te saouler d'en reprendre le soir, surtout vu les quantités qu'on te sert.

J'aurais voulu que le deuxième se démarque plus nettement du premier.

Par contre je ne sais pas où t'as lu que je lui reproche de "ne pas glorifier assez l'épopée gaulliste", voir même tout le reste de ta phrase en fait.


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MessagePosté: 14 Juil 2026, 14:57 
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Citation:
Côté Leclerc, on a des scènes spectaculaires mais là aussi, quel est l'impact effectif de ses accomplissements ? A quel point sont-ils décisifs, et qu'est-ce qui aurait changé s'il n'était pas là ? Ils ont au moins une force symbolique mais concrètement pour les anglais/américains pourquoi est-ce un véritable enjeu de "ne pas perdre Leclerc" ? Bien sûr on comprend ce que toutes ces choses représentent en théorie mais je ne trouve pas que ce soit très concret dans le film.

Et d'ailleurs je n'ai trouvé ni de souffle épique,

Au point de vue dramaturgique, Leclerc est comme le pendant bestial de De Gaulle, il fait office de respiration guerrière, primale au milieu des tractations de coulisses.


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MessagePosté: 19 Juil 2026, 09:33 
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j'ai réussi à réaliser mon rêve et j'ai donc vu les deux, à la suite, au publicis, en salle 1, avec 10 minutes de pause entre les deux. je n'ai jamais fait de marathon ou quoi, donc je pense que c'était la séance la plus longue de ma vie, du coup ? après cléopatre, 4h11, dans la même salle. avec un entracte, comme là. donc je l'ai vraiment vu comme un film en deux parties, donc j'en parle en une fois.

j'ai donc pas mal pensé à cleopatre ou lawrence d'arabie, vus dans la même salle, et puis la chute de l'empire romain, vu y a 15 jours au propos duquel j'écrivais :

Citation:
ça m'a satisfait de la manière la plus basique : je suis absolument fasciné par ces films. l'ampleur de la chose, l'inconcevable accomplissement pratique que c'était, je suis fasciné d'imaginer la tâche herculéenne du directeur de production, j'adore ces plans et essayer de bouffer tout ce qu'il y a à l'écran en ayant qu'une infime idée de la quantité de choix, de travail, de détails que ça a nécessité. ça me fascine complètement et on est en plein dedans : des plans sont comiques tellement il y a manifestement un million de figurants dedans, les décors sont gigantesques, ça t'en fout plein les yeux à chaque seconde. il se trouve que tout ça se déroule par ailleurs dans ce monde fascinant et extraordinaire, cette civilisation lointaine et tellement belle et sophistiquée, tout est un délire. bref : un bonheur.


ce n'est pas ce niveau, obv. mais pas si loin, hein. on sait l'aventure gigantesque, démesurée, compliquée que ça a été. le temps monstrueux que ça a pris. l'ampleur de la chose, visible à chaque plan. ils ont dépensé sans compter, ils ont voyagé, ils ont tourné en dur, pas dans un esprit de surenchère mais pour être à la hauteur du sujet. il y a toujours des gros projets, il y en a eu en france, mais je n'ai pas pu m'empêcher de penser que je regardais un truc devenu fort rare dans l'absolu - 99% est en dur - et quasiment inédit avec cette ampleur dans le cinéma français. alors c'était génial à regarder - j'adore ça, ça me fascine les trucs comme ça - et puis c'était génial que ce soit français. on a une industrie capable de produire ça. c'est accessible à des artistes et techniciens français de vivre une aventure artistique pareille. c'est génial et émouvant. et contrairement aux autres mega projets de pathé, sans imiter les américains - le film est de qualité française, c'est un film français, qui ne singe pas le grand frère. et le dialogue avec le fond du film, l'égo patriotique hypertrophié du héros qui résiste à l'ami vorace américain, était extremement frais.

sinon, ouais, ce n'est pas un biopic. c'est un film d'histoire, voire une leçon d'histoire, clairement. qui profite de son format xxl pour raconter l'histoire comme on ne le fait jamais avec ce niveau de détails, c'est-à-dire dans tous ses soubresauts, ses discussions, des stratégies, ses glorieuses petites histoires et ses minables petites engueulades. j'ai appris plein de trucs - "pendant ce temps-là, le général de gaulle exilé à londres organise la résistance et la contre-attaque" reste la manière dont c'est résumé généralement et dont on connaît les choses et là on découvre la galère que ce fut, l'aspect surréaliste de toute la démarche, les enjeux politiques et stratégiques derrière. on découvre la grande histoire dans ce qu'elle a de plus concret, de plus quotidien. j'ai trouvé ça absolument passionnant de bout en bout, vraiment c'était la régalade de suivre toute cette histoire et d'apprendre plein de trucs comme ça.
c'était aussi passionnant dans son dialogue avec des rayons et des ombres, complétant le panorama de l'époque. savoir si la france était à londres ou à vichy est une fiction évidemment, c'est purement théorique mais je perçois aussi son importance. et je pouvais pas m'empêcher de penser que la france c'était surtout dans les rayons et les ombres, plus que dans les grands hommes et dans les grands mouvements. en tout cas, ce film ne vise pas la complexité morale ou psychologique, des rayons oui, mais ils dialoguent hyper bien.

et puis ça n'est pas creux. le choix de ne pas se focaliser sur les crimes nazis mais sur la souveraineté nationale est un choix audacieux de nos jours, et qui, je pense, offre quelque chose de puissant. ça dialogue avec ce qu'il dit sur le fait que la guerre ne peut être faite et gagnée que si elle est habitée par une cause morale, et ça interroge forcément. le film assume de porter les idées de son personnage et de les rendre vivantes et vibrantes, alors qu'elles ont à 95% disparu de la conscience collective. "nos enfants n'auront rien à nous reprocher" et nous est-ce qu'on est à la hauteur de ce dont on a hérité ? le film est fait par des gens qui essayent de faire en sorte que oui. la démarche du film est équivalente à celle du général qui prend le temps de s'arrêter devant le monument aux morts, alors que les diverses cérémonies des jours fériés sont désertées. c'est beau.
il y a aussi cette glorification des exploits militaires de leclerc. c'était un classique de nos pays, les grandes victoires militaires sources de fierté nationales et les grands militaires étaient des héros - pétain, hein. et ça a quand même totalement et radicalement disparu, et le film a ce segment. je ne sais pas si il le fait par conviction personnelle que c'est bien de célebrer cet héroisme-là, ou si c'est pour épouser la mentalité et l'esprit de l'époque, mais c'était frappant.

et c'était un plaisir de cinéma, aussi. le général a indéniablement une puissance comique remarquable. j'ai adoré la manière dont le film fait dialoguer les niveaux de résistance - le général, fernand, leclerc, etc - pour montrer que chacun, à son niveau et à sa place, partageant une idée, contribue et participe. j'ai beaucoup aimé le soin que ça prend à être accessible de 7 à 77 ans, la responsabilité prise au sérieux de transmettre et faire vivre l'histoire, à être parfaitement mainstream au milieu de ce pari extrêmement fort de le faire durer ce temps-là, de ne pas biopiciser le film, de préférer des réunions stratégiques sur un protocole d'accord abscons à la vie de famille du général. niels schneider pololololololololololololololololololo, la beauté, le charisme, la force, l'incarnation, incroyable. la manière dont à peu près tous les acteurs et figurants sont des beautiful french boys and girls comme les étrangers se les imaginent, vraiment tout le monde est magnifique. pléthore de scène superbes.

y a des trucs qui vont pas (les tartines de musique en permanence, des scènes un peu ratées, tout ça) mais vraiment on s'en fout, quoi. c'était une œuvre unique, impressionnante, inspirante, émouvante.

j'ai adoré et c'était vraiment une après-midi merveilleuse que d'être plongé là-dedans.


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