
c'est mes potes, eux.
j'avais beaucoup aimé leur série balenciaga, qui aurait pu être totalement basique mais qui, avec leur approche et leur utilisation du format série, apportait vraiment de l'artistry à cet exercice chiantissime.
la même chose n'était pas totalement vraie pour leur film marco, mais pour ce qui aurait pu n'être qu'un film dossier de l'écran / wanabe films à oscars du début des années 2000, c'était extremement bien fait et intelligent.
et du coup je suis allé regardé ce film ayant fait 18 000 entrées lors de sa sortie post-covid mais qui, dans le grand n'importe quoi de la période, avait quand même eu son petit succès en espagne, avait été envoyé à la selection pour les oscars, tout ça.
et c'était un pur film dossier de l'écran, sur un sujet extrêmement espagnol, à priori : le cas des combattants défaits de la guerre civile de 36 qui, poursuivis par les troupes de franco ont survécu en restant cachés... chez eux. mais littéralement. dans des caches invraisemblables, chez eux. dans les murs, sous les escaliers. pendant... 30 ans. littéralement.
le film raconte donc, de manière frontale et stricte, un cas : un homme qui a vécu 30 ans caché dans un faux mur, pendant que sa femme vivait sa vie "normalement" dans sa maison.
et c'était assez super, j'ai trouvé.
déjà, fidèle à eux-mêmes, c'est superbement réalisé. pas de manière spectaculaire ni rien, mais de magnifique plans de cinéma. ce sont parfois les cadres, les lumières, un angle spécifique, l'approche d'une scène... c'est souvent visuellement très beau (alors que de fait c'est à 85% un huis clos), toujours puissant, et un amour du cinéma qui transparaît à chaque instant. rien n'est gratuit, c'est toujours pour étayer le propos et faire vivre l'émotion. et la mise en scène elle-même est parfaite, que ce soit la gestion des silences, de la pudeur propres à ces années-là, le traitement des corps (que ce soit la nudité ou le vieillissement)... vraiment marquant - et un peu badant parce que j'ai eu bien du mal à trouver beaucoup d'exemples de gens à ce niveau en france, alors que c'est pas cher ni ostentatoire ni rien, ils sont juste excellents et ils adorent ça ils ont pas peur (quand même rigolé en voyant une critique sur allocine qui qualifie ça de "performatif".)
puis le récit est, certes, organisé avec une succession de chapitres, des événements forts qui s'enchainent. mais 1/ ça n'empêche pas que le film est long, 2H30, et a vocation a raconter ces 30 ans, et sait prendre son temps 2/ que de fait ça évite l'ennui, ou le pur exercice performatif justement 3/ tous les événements ont du sens pour raconter cette vie alternative, le temps qui passe, ce que ca fait sur les êtres la société les moeurs.
et il y a du coup plusieurs dynamiques fortes - le début où il est traqué est très spectaculaire. il y a une dimension star wars à ce petit village avec le rebelle traqué par les stormtroopers, il y a évidemment de forts réminiscences de nos images d'occupation, mais dans ce pays voisin et frère, avec une histoire différente de la notre que l'on ne connait au final pas bien... c'est puissant parce que vraiment à quel continent extraordinaire nous appartenons d'avoir vécu toutes ces choses et d'en être sortis et d'avoir bati ce système pour nous en protéger, et ça aide naturellement à profondément comprendre la psyché collective qui a abouti à l'europe qu'on connait aujourd'hui.
et le film évolue donc ensuite pour aboutir, à la fin, à une histoire d'amour et de famille absolument bouleversante, vraiment. j'ai chocked up à la fin. choisir quelqu'un avec qui partager sa vie et c'est pas des blagues. j'ai trouvé ça splendide.
de ce que je perçois, le film n'est vraiment pas immensément pas populaire chez les quelques français qui l'ont vu, mais j'ai beaucoup aimé.