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MessagePosté: 03 Juil 2025, 18:52 
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L'idée d'un déclin précoce du cinéma, antérieur au moment contemporain et au temps de la critique (et donc lui-même médiatisé par une mémoire historique, tout comme son objet) est un peu pompée sur la notion de perte aura à la Walter Benjamin, mais celle-ci est externe, entre la peinture et la photo chez Benjamin, en 1860, et interne au cinéma (donc au réifié et à l'économie capitaliste moderne) et déplacée sur l'entre-deux-guerre et l'époque de la montée du fascisme (et du stalinisme) chez Manchette, lui donnant une valeur explicative dont la force est indexée sur son poids mélancolique. Imperceptiblement la critique de l'aliénation au sens marxiste se transforme en interprétation d'une négativité historique voire culturelle diffuse, agissante et ésotérique.

Par contre sa définition du film noir est bien vue : vendre au peuple la nostalgie de ce qu'il n'a jamais possédé (on peut l'appliquer au screwball ou à la comédie à la sauce Capra)

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je croyais que dans leur monde bouclé par le sadisme, eux-mêmes vivaient en parfaite sécurité

Imre Kertész


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MessagePosté: 06 Juil 2025, 09:12 
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latique a écrit:
elmergantry a écrit:
Quant à ses jugements, c’est à chacun d’apprécier, moi par exemple quand il termine sa critique élogieuse de 1941 de Spielberg par « Ne pas oublier, à part ça, que 1941 est un film très drôle », je suis consterné. A l’inverse, je me réjouis de lire que Black Jack de Ken Loach et Le loup-garou de Londres de Landis (deux films que j’ai défendus ici) sont à ses yeux respectivement « distrayant, intelligent, solide » et « drôle et futé ».
Mais la légende raconte qu'il ne voyait pas forcément tous les films qu'il chroniquait, il chargeait son fils du sale boulot. lol
Il a d’ailleurs fait imprimer la légende :
Tout le journalisme et les autres moyens d’information modernes ont pour but la dissimulation de la vérité, parfois par le mensonge pur et simple, et généralement par le bavardage inerte. J’en ai fait personnellement la vérification expérimentale partielle : devant vivre de ce que j’écris, j’ai publié dans Charlie Hebdo cent articles de critique cinématographique ; et j’ai toujours pris soin sauf s’il s’agissait de reprises de rédiger AVANT d’avoir vu le film ; et le plus souvent je n’ai pas non plus vu les films après ; et plusieurs de mes pairs ont loué mes bons jugements, et d’autres ont souhaité polémiquer avec moi ; et en effet, sur le terrain du du bavardage inepte, je les avais égalés sans grand mal.
C’est dans son dernier article pour Charlie, celui dans lequel il me fait un clin d’œil à la fin.

Pour le plaisir, un extrait d’une de ses chroniques à la lecture de laquelle je me suis bien boyauté pour reprendre une de ses expressions fétiches :
Robert Benayoun publie chez Stock Alain Resnais, arpenteur de l’imaginaire, un fort volume plein de références littéraires, et d’ailleurs pas con. Je constate que Benayoun n’a pas vu Le mystère de l’atelier 15 tandis que moi si ; je ne me rappelle rien, d’ailleurs, sauf que c’est pas mal. Ca me venge en tout cas du fait que Benayoun a mené son chien aux projections de l’avance sur recettes, et que la malheureuse bête, ronflant très fort pendant tous les mauvais films, empêchait tout le monde de dormir. Ma collègue de Charlie Hebdo, Paule, dont je ne suis pas certain qu’il faille admettre qu’elle cesse de s’autoproclamer « emmerdeuse » avec ou sans billet, devrait, au lieu de se préoccuper des égorgements de cochons, qui sont brefs, se pencher sur le cas du chien de Benayoun, forcé de voir presque tout ce que l’esprit cinématographique humain a pu concevoir d’exécrable, ce qui est interminable. Une pétition est souhaitable. Yves Montand et Simone Signoret sont d’accord.

Le titre du recueil Les yeux de la momie est vraiment beau, ça évoque pour moi un autre critique, André Bazin, qui s’était servi de cette figure de l’antiquité pour expliquer l’origine des arts plastiques.


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MessagePosté: 06 Juil 2025, 13:24 
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Après la bio de Peckinpah je découvre que celle de Verhoeven vient de sortir. Pourquoi pas enchaîner dessus mais quelqu'un en a (deja) eu des retours ? Pour le coup il y a une floppée de bouquins qui existent en français, dont beaucoup d'interview très cool, et j'en ai deja lu pas mal. Je me demande si ça vaut le coup.


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MessagePosté: 23 Jan 2026, 14:59 
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je me suis fait avoir, je croyais que c'était le art of du 3, en fait un livre making of de la trilogie.

mais le art 3 ne sort que dans 6 mois, c'est la nouvelle norme, j'imagine dans la lutte sans fin de l'industrie contre les fuites (alors que : qui s'en fout franchement... 4000 exemples que les fuites n'empêchent aucun succès, mais bon).
mais du coup le making of est aussi issu de cette culture, du coup de la trilogie c'est surtout 40% du 1, 40% du 2, et 20% du 3.

le fait est que je commence à bien connaitre le 1 et le 2, ça répète beaucoup de choses des making of et tout. ça ne les empêche pas d'adopter un ton très promo qui gomme toute aspérité (le scénario unreleased du 2... la depression de jack champion...). pour le 3, il y a quelques dessins conceptuels, des éléments intéressants mais qui semblent surtout sortis des entretiens du 2 qu'ils avaient retenu jusque là. il y a des bouts d'éléments à venir sur le 4 et le 5, c'est intéressant, mais enfin...

mais enfin ça sert surtout à se replonger dans ces 20 ans de création. c'est raconté par chapitres - l'écriture & conception - tournage en live - tournage en 'virtuel' - post prod - et c'est une très efficace plongée dans chaque étape et comment tout se nourrit. je l'ai lu principalement entre ma deuxième et troisième vision, et la troisième vision a été vachement enrichie par le livre, qui donne un apercu satisfaisant de l'aspect artistique et technique des 9 milliards de décisions qui sont allées dans chaque plan.

pour les fans donc :D


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MessagePosté: 03 Juil 2026, 18:58 
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C'est politiquement très différent d'Updike (quoiqu'il y ait des parentés dans la forme et le ton de leurs romans), mais je suis en train de lire un recueil d'articles de James Baldwin, la Croix de la Rédemption.
Et le propos politique est souvent abordé indirectement, par le truchement d'une critique de pièce ou de film.
C'est assez ambigu, d'une part cela soude la lutte contre le racisme à la question des représentations culturelles des eacisés, de manière peut-être trop intense pour maintenir l'autonomie politique de la question. De l'autre son approche n'est jamais moraliste et très dense, le lyrisme semble renvoyer à une théorie implicite (aussi implicite que le spectateur). Il rappelle en fait Gramsci.
Par ailleurs il y a l'idée plus singulière que le racisme et les avant-garde seraient surmontées en même temps, mais pour f aboutir à une régénération de la culture dominants qui deviendrait alors une fin presque religieuse, après l'égalité et la fraternité. Son point de vue est aussi très centré sur le lien entre l'acteur et les intentions du réalisateur ou metteur en scène, ce qui est également intéressant pour un lecteur francophone influencé par l'idée d'auteur.
On oublie peut-être qu'il fut aussi dramaturge (Yourcenar a traduit une de ses pièces) et qu'un de ses meilleurs romans, l'Homme qui Meurt, se passe dans le milieu de Lee Strasberg et aborde le monde du cinéma.

J'ai vu aussi qu'un de ses derniers livres, The Devil finds Work, mêle autobiographie, souvenir de films et critique. Bien tentant...Quelqu'un l'a lu ?

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Imre Kertész


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MessagePosté: 03 Juil 2026, 20:16 
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Ah Baldwin, c'est fantastique.
Je n'ai lu que de la fiction de lui, mais ses essais me tentent beaucoup.

Et "The Fire Next Time", c'est genre le plus beau titre du monde.

(on est pas dans le bon topic, par contre)

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Renseigne-toi sur Eric Trexler, neuneu !


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MessagePosté: 18 Juil 2026, 20:59 
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Trois essais mélant critiques de film et fragments autobiographiques de Baldwin. L'articulation n'est pas évidente à cerner, mais on pourrait que le cinéma est la représentation d'autrui ou de soi pour l'autre, quand l'écriture de Baldwin est ici celle de soi à soi-même.
Cela tourne beaucoup sur la représentation des Noirs américains dans le cinéma US dans la période 1930-1970, mais sous un angle paradoxal (en quoi le cinéma lassiq7e qui va de Griffith à 1950 part d'une représentation phobique zt essentialiste des Noirs, mais laisse percer par l'image et comme un lapsus, une fascination, une altérité opaque et séduisante qui est un invariant histique, et en quoi le cinéma progressiste de Stanley Kramer ou Norman Jewison dans les années 1958-1970 trahit au contraire par les postulats et caractérisations la persistance des préjugés et un désir de séparation plus que de reconnaissance).
Il y aussi des considérations sur l'opposition cinéma-théâtre qui rappellent Barthes, mais en inversé, l'immatérialité du film permet de donner au rôle (par exemole une production de MacBethpar Welles avec des acteurs noirs, inaugurale pour Baldwin) une autonomie par rapport à l'acteur, qui s'efface au cinéma alors que le théâtre le laisse dominer le personnage. Et de très belles pages sur les actrices, Bette Davis notamment
Mais il y a surtout un magnifique passage sur la comparaison entre les périodes allemande et américaine de Fritz Lang (Fury film sur le lynchage, Lang fait aussi beaucoup jouer Sylvia Sidney très engagée à gauche).
Pour James Baldwin, Lang, du fait de ce qu'il a vu en Allemagne, parvient à représenter l'horreur de la violence collective, mais pense le politique et le contrat social définitivement enterrés.
Or ce n'est pas l'optique de James Baldwin. Il pense une réconciliation possible entre Noirs et Blancs, qu'il y a un horizon moral radical et post-racial. Cela inclut je crois à la fois la sexualité et aussi une forme laïcisée de la foi religieuse initiale de Baldwin :Baldwin était fils de prédicateur luthérien, et lui-même pasgeur, avant de rompre avec l'Eglise et sa famille d'un même mouvement : il s'est assumé à la fois gay et athée, mais tout en.conservant une idée charismatique de salut par l'amour, que le combat antiraciste politise, et finalement insitutionnalise.
Ce qui est émouvant c'est que sa valorisation de la culture populaire est liée à cet amour laïc du prochain : elle indique pour lui toujours un désir de consensus et réconciliation, et sa vulgarité est une impuissance, elle est subie à la fois par l'artiste et le public, de la même façon. De même que le mal et la violence créent une forme de solidarité existentielle de fait entre l'agresseur et sa victime. La morale finalement est une purge de l'opacité d'une relation déjà donnée dans l'aliénation ou la domination (pas étonnant que Baldwin ironise, en commentant J'irai cracher sur vos Tombes de Vian sur l'étrange doctrine, pourtant évidente dans l'ensemble, de l'existentialisme français).
Et donc pour Lang le politique est mort , parce que le contrat social est la condition impossible depuis le fascisme de l'amour et de la fraternité,
. Pour Baldwin au contraire, le contrat social et le politique sont les expressions d'un amour déjà donné, ce que le racisme mutile est moins la chair de l'autre que la parole ou un regard, et tenir ce regard pour inaugural est l'illusion de la produite par la fiction, que la critique perce : la rationnalité de l'amour pour autrui est ce que l'Europe confond avec l'origine de son histoire.

Ce que je dis est abstrait, plus que Baldwin.
Tiens il dit beaucoup de bien d'un des premiers John Huston de 1942, peu connu In this our Life, avec Bette Davis, dont l'argument semble proche des films de Hal Ashby 25 ans plus tard.

Par ailleurs j'ai un peu lâché John Updike après le second tome de Rabbit, la misogynie et le racisme du personnage de Rabbit Angstrom m'ont saoulé. Le seul enjeu est comme chez Houellebecq de savoir si l'écrivain se détache ou non des opinions de son personnage, si ses limites intellectuelles (qui l'ouvrent à une forme de repentir religieux) sont l'équivalent interne d'une critique externe. Je reprendrais peut-être pour clarifier.

Par contre entamé les Confessions de Nat Turner de Styron, de la même période (qui reste aussi sur la question raciale mais par le roman historique), plus complexe et intéressant.

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Imre Kertész


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MessagePosté: 20 Juil 2026, 18:01 
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Terminé le Baldwin, à la fin pages magnifiques et inattendues sur l'Exorciste de Friedkin, que Baldwin replace à la fois par rapport aux luttes politiques de l'époque (on oublie que le personnage de Ellen Burstyn est une actrice dans le cinéma d'auteur "de gauche", et il repère bien qu'elle est moralement mise en procès par le film et son impuissance envers sa fille) et son propre passé de prédicateur religieux en rupture (avec la terreur réelle de ressembler moralement aux prêtres du film, tout en les plaignant : leur absence de raison politique et leur solitude les expose littéralement à la possession).

Appris aussi qu'il a écrit le premier script du Malcolm X de Spike Lee (mais pour un autre réal), avant de sortir du projet, ce qu'il explique avec un certain humour (mais Spike Lee a conservé une part de ses orientations dans le film de 1992).

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Imre Kertész


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