La fascinante et incroyable histoire vraie d’Ann Lee, fondatrice du culte religieux connu sous le nom de Shakers. Cette prophétesse passionnée, qui prêchait l’égalité entre les genres mais également l'abstinence sexuelle et était adorée par ses fidèles.Dans la catégorie des films écrits par le couple Fastvold & Brady Corbet, tournés en 35mm et racontant l'histoire d'un protagoniste persécuté quittant son pays pour venir fonder une église en Amérique,
The Testament of Ann Lee m'a davantage plus que
The Brutalist. Pour la simple et bonne raison que c'est un
musical et donc la meilleure manière de me convertir à ta cause.
Je me souviens que le projet avait été annoncé vaguement comme tel mais il me semblait que les premiers retours de Venise avaient amoindri cet aspect et la bande-annonce le cache inévitablement pour attirer la team
"c'est pas vrai qu'ça chante!" qu'il est nécessaire de piéger pour ouvrir ses chakras.
En un sens, j'ai envie de dire qu'on est pas non plus face à un
musical conventionnel étant donné que les passages chantés sont diégétiques 90% du temps, non pas dans le cadre de prestations scéniques mais lors de prières pour lesquelles, si j'ai bien compris, le compositeur Daniel Blumberg (oscarisé pour
The Brutalist) s'est inspiré d'hymnes existants qu'il a mis en musique, laissant les voix et les pieds et les mains composer l'essentiel du morceau. Par conséquent, les "numéros" n'en sont pas, ils naissent organiquement...et ils sont incroyables.
Peut-être plus encore que le rythme percussif de ces séquences, comme des battements de cœur avec lesquels le spectateur se met en diapason, c'est peut-être le
sound design tonitruant des mouvements de bras vêtus de manches bouffantes qui m'a le plus foutu en trance. Dans un
musical, on passe en chanson quand les émotions deviennent trop fortes et que parler ne suffit plus et les paroles scandées et les chorégraphies primales de
The Testament of Ann Lee, avec ce découpage qui tantôt laisse durer les plans et monter l'emphase ou bien coupe sur un mouvement brusque, une tête relevée, un poing qui frappe, se font plus communicatives que jamais, emportant l'adhésion...alors que la philosophie d'Ann Lee ne saurait nous convaincre?
Il y a peut-être des asexuels ou des dévots qui pourraient se plier sans difficulté au précepte majeur de l'incarnation des Shakers sous leur nouvelle prêtresse, selon laquelle la fornication nous sépare de la pureté de Dieu, mais le film montre bien comme cette épiphanie naît d'expériences traumatisantes. C'est là aussi qu'on se rappelle
The Brutalist, il s'agit à nouveau de la trajectoire d'une personne exorcisant son trauma en les réinterprétant, en se les réappropriant, pour en faire le deuil, mais l'inévitable ambivalence de la forme que ça prend pour Ann Lee invite à se questionner. On "sait" qu'elle a tort mais...
whatever works for you, girl. D'autant plus que, même si elle prêche, pour convertir, son église est tolérante et plus égalitaire que jamais. Ils croient que lorsque Jésus reviendra, ce sera sous la forme d'une femme. Alors même si ses ouailles pensent que cette femme, c'est Ann Lee...
La voix off par l'une de ses fidèles qui narre le film m'a paru initialement un peu facile, semblant énoncer les choses au lieu de les montrer, mais il apparaît assez vite que l'on est dans un évangile, une version délibérément épisodique et chapitrée de la vie de la prophétesse, ainsi mythifiée. Et le film s'appuie moins sur son écriture que sur l'épatante expérience sensorielle proposée. Sur le fond, ça devrait pas me toucher mais la forme m'a transcendé.