|
les indulgences, dans le catholicisme, c’est en gros le pardon valable dans l’au-delà, mais accordé sur terre, pour un péché. ca s’obtenait généralement avec une bonne action terrestre, principalement des actes spirituels comme un pèlerinage. mais tout se monnaye dans ce bas monde, et s’est donc développé le trafic d’indulgence, principalement au moyen-âge mais en vrai ça a continué très tard. c’était clair, net et précis : tu payais le prêtre et il te disait que tout était pardonné, bim. le catholicisme a largement disparu comme force motrice des vies et des consciences en france, et particulièrement en milieu urbain et dans les milieux culturels. mais le besoin d’un grille morale et de la conviction d’être du bon côté de la barrière est inhérente à l’homme. alors une théorie à moi est que la disparition de la religion est l’un des facteurs qui a fait de la morale un critère aussi important de l’appréciation de l’action publique en france, ce qui est relativement nouveau et me semble parfaitement concomitant parce que de tous temps et dans tous les endroits l’angle principal c’était surtout de défendre ses intérêts. (il y d’autres facteurs dans ma théorie). bref, je ne pouvais pas m’empêcher de m’imaginer bouchareb rentrer chez lui après les césars pour indigènes, amusé au fond de lui d’être couvert de millions et d’honneurs pour ce que j’avais bien perçu ne pas particulièrement être un hymne au vivre ensemble. c’était un peu du wishful thinking de le voir comme ça, dans le fond c’était assez acrimonieux. et je me suis dit qu’il s’était demandé jusqu’où il pouvait aller dans le délire, et ça donne donc hors-la-loi. un tract nationaliste algérien, à la gloire du fln – un mouvement terroriste pur et dur, ayant tué 150 civils français, 50 flics, une quinzaine de militaires, (ça c’est le bilan uniquement sur le sol métropolitain…), sans même parler de la dizaine de milliers d’algériens tués dans des reglements de compte internes à la communauté. il y a eu tout un tas de mouvements de lutte anti-colonisation dans le monde, le terrorisme était une méthode parmi d’autres, au final très minoritaire, et le fln était un mouvement terroriste pur, dur, assumé. et j’imaginais rachid bouchareb aller voir le cnc, les régions, france tv pour financer cette apologie assumée du terrorisme contre l’état et les citoyens français et je me disais : le mec fait du trafic d’indulgences, concrètement. le film passe donc sa première heure à explorer les diverses violences de la france qui engendrent la violence qu’elle se prend en retour. et dans la deuxième heure, où on suit donc le mouvement terroriste dans ses œuvres, le jeu est donc d’évoquer ouvertement la résistance française (ici, le fln) contre le nazisme (ici, l’état français). c’est dit et formulé ouvertement, juste avant qu’ils fassent une embuscade pour tuer une vingtaine de policiers. le jeu est donc, comme un prêtre vraiment, d’accabler de reproches le pauvre pêcheur français qui, envahi de culpabilité, paye pour se faire pardonner (ici, toutes les institutions qui ont soutenu le projet) ou, pour le spectateur, finit par penser que ce mouvement terroriste ayant tué aveuglement des français était, au fond, la véritable victime de cette affaire et avait au fond un peu raison : on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs. il y a aussi cette scène où bouajila fait prêter allégeance aux algériens vivant et travaillant en france en leur faisant crier « tout pour ma patrie ! jusqu’à la mort ! » et une heure plus tard il essaye de convaincre un policier français haut gradé de devenir un agent double au service du fln en lui faisant une leçon de morale et en lui disant que s’il trahit la france, il pourra se regarder dans une glace. beaucoup de mal à croire que c’est une maladresse d’écriture et non l’expression d’une stratégie parfaitement théorisée. je regardais ça vraiment fasciné, en essayant de trouver des équivalents de films financés par un pays (et pour cher ! 20m de budget ! avec de l’argent public en cascade !) pour se faire traîner dans la boue de la sorte, réhabiliter un mouvement terroriste ayant fait des milliers de morts en bilan, et vraiment je ne vois pas ? une curiosité française, circa 2010, parce qu’au final ça me semble aussi être un one shot – mais j’aimerais vraiment terriblement vivre jusqu’en 2100 pour voir si la télévision publique israelienne financera un film pour réhabiliter le hamas et dire qu’au fond, le 7 octobre, they had it coming, they only had themselves to blame. hate également de voir le biopic larmoyant des frères kouachi avec ralenti, musique lyrique et crises de larmes quand chérif est tué à cause de la repression des crss français :( bref. le plus marrant étant qu’il y a un vrai glow up cinématographique par rapport à indigènes. jamel est toujours mauvais comme un cochon, sami bouajila est toujours excellent, mais sinon c’est considérablement mieux filmé, l’aspect familial est grotesque (pas compris à quoi ça sert d’ailleurs, ça fonctionnerait tout aussi bien avec des amis ?) mais la saga collective est intéressante, il y a beaucoup moins de scènes ridicules et il y en a même quelques-unes de vraiment bien. le budget a été bien dépensé et la reconstitution est sympa. (j'ai quand même rigolé avec la storyline sur la femme blanche qui poursuit sami bouajila de ses pulsions sexuelles incontrôlables, et du plan totalement random sur une femme blanche qui dévore roshdy zem des yeux. je pense à ce stade pouvoir affirmer que rachid bouchareb a un léger fetish) ensuite, je n’attends pas d’un tract militant nationaliste à la gloire du terrorisme une finesse intellectuelle particulière, mais au-delà même de la problématique morale (hihi) le film est particulièrement débile, avec cette incapacité viscérale à envisager la complexité des situations, des êtres, les différents points de vue, les forces à l’œuvre au profit d’un combat du bien (ceux qui tuent des gens pour les bonnes raisons, celles avec lesquelles le réalisateur est d’accord) et du mal (ceux qui tuent des gens pour les mauvaises raisons, celles avec lesquelles le réalisateur est en désaccord). il citait il était une fois en amérique pendant la promo, il aurait du revoir munich.
|