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Revoir Batman Returns, c'est regarder un artiste à son pinnacle créatif. C'est vraiment incroyable d'être soudain renvoyé à du peak Tim Burton, où chaque image est incarnée, chaque minute déborde de personnalité, de vie et d'idées, ces contre-plongées baroques, cette influence de l'expressionnisme allemand de la lumière dans ses moindres détails (les ombres projetées sur le visage de la monture de lunettes de Selina!) jusqu'aux coiffures (Max Shreck en ersatz du scientifique de Metropolis) et toujours cette direction artistique art dégothique grandiloquente (les statues!) parasitée par du cartoon plus ou moins weird & creepy ( le look des circassiens de main du Pingouin) et le plus surprenant, c'est l'homogénéité de l'ensemble.
Ici, Burton a une main-mise absolue et ça se ressent dans la gestion du ton, là où le premier témoignait encore d'un mariage malaisé entre adaptation mainstream, origin story et simili-punk burtonien. Ca m'a vaguement rappelé le bond entre les deux Gremlins, ce n'est pas aucunement méta ici mais c'est 4600% estampillé de la marque de son auteur, sans aucune concession. Le rejet est compréhensible (et aujourd'hui, le fandom aurait sans doute déclaré une fatwa contre le réalisateur) mais moi je trouve ça séduisant et surtout puissant dans ce que ça raconte.
Débarrassé de la tâche d'introduire le personnage, Burton s'autorise à le remettre en question dans son opposition aux deux antagonistes. En montrant leur naissance à eux, le scénario établit les raisons de leur aliénation et colère contre Gotham comme de plus légitimes raisons d'être des freaks. Wayne a certes connu la tragédie mais reste un riche privilégié tandis que Selina souffre du sexisme et qu'Oswald s'est vu privé d'un destin similaire à celui de Wayne (sublime ouverture muette en mode Citizen Kane qui vire au cruel) à cause d'un handicap physique. Comme on lui dit à un moment dans le film, "You’re just jealous because I’m a real freak and you have to wear a mask!" Le cœur de Burton a toujours été du côté de ses freaks et ici il trouve plus freak que Batman.
Et c'est d'ailleurs un film qui laisse son freak flag fly comme on dit là-bas. C'est INCOMMENSURABLEMENT horny. Je l'avais déjà remarqué dans un vieil avis le sous-texte sexuel jubilatoire et ça m'a frappé davantage en le revoyant cette fois avec mon fils. C'est vraiment un film sur la frustration sexuelle : Selina s'émancipe en broyant ses vieux doudous et en se drapant d'une tenue SM-coded avant de se comporter comme une femme fatale (elle tue Shreck littéralement d'un baiser électrique) tandis que le Pingouin se comporte globalement comme Depardieu dès qu'il est en présence de femmes. Et quand les deux se rencontrent, elle met le petit oiseau d'Oswald dans sa bouche et Oswald menace de bouffer sa chatte. Je crois que c'est Comso qui en parlait comme "le plus beau 69 du cinéma". Même le sempiternel thème sur l'impossibilité pour Wayne de trouver le bonheur et notamment l'amour se manifeste ici par des coitus interruptus dès lors que leurs blessures de guerre, à lui et son ennemie, les rappellent à leurs rôles. C'est même un baiser qui leur fait comprendre la vérité qui les condamne à la solitude.
Choisir Noël comme toile de fond d'une fable sur la solitude - toujours aussi fan du too much absolu de Wayne seul tout dans son gigantesque salon à rien foutre avant que n'apparaisse le Batsignal - souligne la mélancolie, déployée également en grandes pompes par la sublime partition d'Elfman, qui infuse le film malgré son humour le plus subtil (innombrables jeux de mots des dialogues) comme le plus outrancier (la mini-Batmobile sur ressort que le Pingouin chevauche pour pirater la vraie, c'est génialement n'importe quoi).
Même les quelques passages d'action, s'ils ne peuvent jamais rivaliser avec ce qui se faisait dans le genre au même moment, sont plus convaincants que dans le précédent.
Cette licence, c'est vraiment l'idéal de franchise : un auteur différent à chaque fois vient donner une vision radicalement différente mais non moins intéressante du personnage et de l'univers (enfin, jusqu'à Matt Reeves, qui ne propose pas grand chose de neuf par rapport à Nolan).
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