Un joli cadeau pour la fin de l'hiver que ce recueil de nouvelles courtes et dessinées de Susumu Katsumata aux éditions Cornélius. Pour les amoureux de Pompoko d'Isao Takahata et NonNonBâ de Shigeru Mizuki, l'achat est indispensable. Pour les autres, c'est l'occasion rêvée de découvrir un pan méconnu du manga souvent associé, à tort, aux seuls délires pour boutonneux et adolescents.
Dès les premières pages, on est happé par la simplicité du récit, la netteté du trait et le dynamisme interne des planches. Jusqu'ici jamais publié en France, le mangaka Susumu Katsumata, hélas décédé le 3 décembre dernier, était un cadre du magazine Garo, la bible du manga alternatif japonais qui a révélé des talents déjà diffusés en France comme Kiriko Nananan (Blue) ou Yoshiharu Tsuge (L'homme sans talent). Les 14 courtes histoires qui composent le recueil Nuage Rouge, du nom d'une des nouvelles justement incluse, sont autant de témoignages d'une époque révolue, celle d'un Japon alors en pleine mutation entre modernité et tradition, industrialisation forcée et mysticisme. On pense souvent à Hayao Miyazaki ou à Naomi Kawase. Comme ses deux figures du cinéma japonais, Susumu Katsumata a un talent divin pour faire naître le fantastique dans le quotidien paysan le plus banal, à montrer l'influence des Yokaï, les divinités animistes dans la vie nipponne. Si les dessins sont dans un style naïf, le mangaka ne cache rien et aborde tous les aspects de la vie, de la mort (Les Ames blanches des Oies sauvages, absolument sublime) à la sexualité parfois exacerbée de ses personnages (La Pouc, Le Rêve, peut-être mon récit préféré). Une vraie découverte.