Qui-Gon Jinn a écrit:
Le voici le topic qui va révéler les personnalités de chacun: Film Freak va faire dans le jeunisme et le rempart contre les idéologies rances
Jeunisme, non, mais au risque de passer pour un sophiste ou de donner dans la formule toute faite, je dirais que, comme pour beaucoup de choses, le problème n'est pas dans l'outil mais chez l'utilisateur.
L'outil en soi ne fait qu'agglomérer des outils existants en un seul et même objet miniaturisé. Alors j'ai bien conscience que sa nature plus aisément transportable engendre l'immédiateté de l'accès aux outils en question et a été pensée non seulement pour son caractère pratique mais également pour créer l'impression qu'il est indispensable (et, dans certains cas, littéralement indispensable, pour les paiements par exemple), ce qui a donné naissance au FOMO. Mais voilà, le Fear Of Missing Out est juste une peur, c'est une réaction de l'utilisateur, c'est pas quelque chose d'incontournable.
TikTok n'est pas
inherently mauvais mais son algorithme qui te balance ouatmille vidéos sur le suicide si t'as eu le malheur d'en voir une, lui il est maléfique.
Là, ça devient dangereux.
Mais quand tu peux contrôler ce que tu consultes...par exemple, je suis toujours subjugué du nombre de gens qui m'évoquent des tweets improbables qu'ils ont vus parce qu'ils naviguent fréquemment sur l'onglet "Pour vous" et non "Abonnements". Alors évidemment, l'intérêt du réseau réside également dans la possibilité de découvrir des posts concernant nos centres d'intérêts et venant de comptes que l'on ne suit pas mais vu l'
enshittification général d'internet et des réseaux, je n'y vois pas d'intérêt. Pour ma part, ce n'est pas l'utilisation que j'en fais.
Je vais pas mentir, j'ai eu une époque où je consultais compulsivement Twitter pour ne rien rater, parfois même alors que j'étais avec mes enfants (alors que je suis parfaitement capable de l'oublier quand je suis au cinéma ou avec des amis comme quoi je suis vraiment un père indigne), et c'est pourquoi j'ai décidé de me discipliner. Et pour être honnête, la pauvreté de Bluesky (95 000 visiteurs uniques par jour contre 4,2 millions pour Twitter) et le désertification de Twitter (tous mes
mutuals de jadis ou presque sont désormais sur Bluesky) facilitent également le sevrage.
Mais sinon, avant, dans le métro, je lisais. Aujourd'hui, je lis toujours mais sur mon téléphone.
Dans la rue, j'écoutais mon walkman/Discman/Mini-Disc-man/baladeur MP3. Aujourd'hui, j'écoute toujours de la musique mais via mon téléphone.
Pour savoir où j'allais, je regardais le plan à la sortie du métro. Aujourd'hui, je regarde le plan sur mon téléphone.
Je peux regarder l'heure sur mon téléphone. Je peux prendre des notes sur mon téléphone. Je peux regarder la météo sur mon téléphone.
Je peux faire tout ce que je faisais avant mais regroupés en un seul outil.
Et je peux faire plein de choses que je pouvais pas faire avant, comme regarder une vidéo partout où je suis (je ne vois pas le caractère dystopique du nettoyeur de sol qui se divertit de son taf de merde en regardant simultanément une vidéo qui ne l'empêche pas de faire son travail). Filmer en Facetime ou envoyer une photo d'un objet dans un magasin à une personne à des kilomètres de moi. Enfin bref, je vais pas lister les différentes utilités permises par le smartphone, bien qu'elles soient INDENIABLEMENT plus nombreuses que les nuisances provoquées et qui sont tout aussi indéniables.
Mais j'imagine qu'à l'apparition de la radio puis de la télé puis des jeux vidéos, certains ont dû s'alarmer et craindre que les gens arrêtent de lire, que le silence disparaisse définitivement, que les enfants ne sachent plus jouer tout seul, qu'on aille plus au cinéma, qu'on aille plus dehors, etc. Si vraiment un jour tout le monde se perdait dans le smartphone et oubliait de vivre, alors pourquoi pas les priver deux jours par semaine comme dans
Ready Player One, mais sincèrement, j'ai pas peur pour l'humanité. Pas à cause des téléphones portables.