Avant le smartphone, il y a eu le téléphone "mobile/portable" très en vogue dans ma profession dès son apparition. Il sera remplacé par le "Blackberry", puis par les smartphones en général.
J'ai résisté autant que j'ai pu et vers 2002, une collaboratrice du cabinet a dû aller à une audience que je venais de quitter, car je n'étais pas joignable et le président voulait finalement avoir une précision sur un détail. Le week-end suivant, je me suis acheté mon premier portable, un Nokia à clapet.
Quelques années plus tard, arrivé dans un gros cabinet, je me suis fait remettre un blackberry "Tiens, voilà tes menottes". Ce n'était pas une plaisanterie. Notre numéro de portable figurait dans la signature des mails et beaucoup de clients appelaient dessus même aux heures de bureau. Rapidement, vérifier ses mails professionnels en se réveillant à peine et en se couchant est devenu la norme alors que quelques années auparavant, on travaillait avec le fax et le cas échéant un porteur en cas de véritable urgence.
Ce qui était le cliché du "gros cab" est désormais la norme même pour des avocats travaillant seuls.
Qui-Gon Jinn a écrit:
Prenez conscience de ces moments où vous montez dans l'ascenseur, vous vous arrêtez au passage piéton, que sais-je encore, et vous le sortez de votre poche sans aucune raison.
Avant de voir ce topic, j'ai pris l'ascenseur pour descendre à la cave et pendant que je l'attendais, je me suis dit "Ah, merde, je n'ai pas mon portable. C'est bon, tu peux t'en passer deux minutes. Mais s'il n'y a pas de lumière dans la cave ?"
Qui-Gon Jinn a écrit:
Pouvez-vous vous "ennuyer" aussi longtemps qu'avant ? Rester sans rien faire ? Marcher dans la rue sans rien dans les oreilles ? Regarder un film en entier ? Je n'ose même pas poser la question pour les livres…
Je ne m'ennuyais pas avant, mais clairement, aujourd'hui, ne rien faire signifie surfer sur internet / twitter, comme l'était regarder la télé avant, mais j'ai été accro à internet
dès son apparition grand public avec le modem 28 k et l'adresse AOL. De ce point de vue, le téléphone/la tablette a rendu la chose plus facile. J'ai conscience d'être accro à Twitter aussi, mais comme j'ai été accro à la presse écrite pendant des années - à raison de trois ou quatre quotidiens par jour. Je vais pour ainsi dire sur aucun autre réseau social et TOUTES les notifications sont désactivées, ouais, même Grindr.
Je ne me suis modérément mis à la musique avec les écouteurs que récemment et cela me rappelle mon adolescence, je ne sortais pas sans mon walkman. C'est beaucoup moins systématique aujourd'hui, mais j'aime bien écouter un peu de musique dans le métro ou en marchant. Métro où les livres ont effectivement quasi disparu.
Je n'ai jamais regardé un film ou une série sur mon téléphone et je ne le consulte pas lorsque j'en regarde, chez moi ou au cinéma.
Qui-Gon Jinn a écrit:
On évoquera ensuite les nuisances sonores de ces monstruosités. Avant on avait les bip bip des sonneries. Après on a eu les conversations en public. Désormais, on a droit aux vidéos en haut-parleur, aux musiques audibles à l'oreille nue, aux conversations en visio (et pas que: pour nombre de gens, un téléphone portable se tient désormais non pas collé à l'oreille, mais en haut parleur et à distance de la bouche). Quasi-impossible d'aller dans certains cafés ou restos sans entendre une conversation ou un mec qui regarde des vidéos.
Je proteste quasi à chaque fois.
Qui-Gon Jinn a écrit:
Je pourrai continuer longtemps comme ça, mais je pense que vous avez compris ma thèse: nonobstant les bons effets du portable (pouvoir appeler à l'aide dans la forêt…), les comportements addictifs qu'ils ne peuvent que générer détruisent notre capacité de concentration, re-wire les cerveaux des enfants pas dans le bon sens, gâchent les films, freinent nombre d'interactions humaines, font disparaître le silence… Bref, ils détruisent l'humanité
J'ignore s'ils détruisent l'humanité, mais il est certain qu'ils excluent certaines personnes, généralement âgées - ma mère aurait été incapable de gérer tous ces codes ou vérifications, mon père a du mal alors qu'il adore les smartphones.
Film Freak a écrit:
Mais je n'ai jamais parlé de "faute", je ne blâme personne (à part ceux qui consultent leur smartphone au volant). Je fais simplement la part des choses et je réfute les arguments du type "regarder une vidéo pour pas se faire chier quand on nettoie le sol, c'est dystopique".
Je l'ai compris comme "Il y a trente ans, on ne voyait cela que dans des films d'anticipation, sans trop y croire, maintenant, c'est la norme" ... exactement ce que j'ai pensé à l'apparition du dvd d'ailleurs.
Film Freak a écrit:
Parce que, ne nous leurrons pas, ce topic ne naît pas d'une sincère préoccupation de QGJ pour l'avenir de l'humanité. C'est simplement la manifestation d'un ras-le-bol face à quelque chose qui vient empiéter sur son quotidien, son rythme.
Je connais l'animal, tu peux remplacer "téléphones portables" par "escalators" pour connaître ce qui le dérange vraiment : les gens qui ne montent pas les marches et se laissent porter par l'escalator, ralentissant sa progression à lui à son rythme.
Je le connais moins bien que toi, mais il a TOTALEMENT
RAISON : absorbés par leur portable, les gens sont ENCORE MOINS sensible à l'autre, autrui, et estiment, consciemment ou non, que c'est aux autres de s'adapter à leur rythme, quel qu'il soit. Etre soi-même, c'est l'idéal officiel de tout citoyen
sympa, qui pose le soi, cet être de l'être, comme étant au centre de l'être, enfermé en lui et n'attendant qu'une chose, sa libération, pour se manifester dans son excellence
naturelle. Les champions de l'être et de "l'être soi-même", ces faux modestes, répugnent absolument à s'adapter aux circonstances. Ils n'ont qu'un seul langage pour tous les interlocuteurs, une seule tenue pour toutes les heures, une seule règle quoiqu'il puisse produire : la fidélité rigoureuse à leur moi bien-aimé.
Ce sont eux, qui lorsqu'ils vous bousculent et que par politesse, vous dites "pardon", qui vous répondent "Pas de souci".