Ce jeudi 17 septembre, Gérard Depardieu joue sans doute, devant la chambre de l’instruction de Paris, sa dernière carte pour éviter un procès criminel. La star du cinéma français demande l’infirmation de l’ordonnance de mise en accusation rendue le 28 août 2025, et un non-lieu dans le dossier qui l’a renvoyé devant la cour criminelle départementale de Paris pour des viols et agressions sexuelles commis sur la comédienne Charlotte Arnould.
À titre subsidiaire, sa défense réclame un supplément d’information avec une expertise psychiatrique de la plaignante afin de se prononcer sur sa « propension à l’affabulation ». Selon nos informations, cette demande se fonde notamment sur le fait que Charlotte Arnould a accusé courant 2020 un autre comédien de viol. L’enquête a conforté la thèse d’une relation consentie et l’intéressé n’a pas été mis en cause.
La question du consentement
Les faits remontent à l’été 2018, Charlotte Arnould, 22 ans, jeune comédienne en apprentissage fragilisée par des antécédents d’anorexie, a pris contact, via sa mère, avec le comédien qui est une vieille connaissance de ses parents. Le 7 août, elle se rend dans l’hôtel particulier de l’acteur rue du Cherche-Midi (Paris VIe) pour parler théâtre et préparation à l’examen d’entrée au Conservatoire. Mais l’échange professionnel bascule très vite.
Aux enquêteurs, elle raconte que Gérard Depardieu lui demande de s’approcher pour regarder son maquillage avant de lui imposer des gestes sexuels. Elle affirme avoir été « tétanisée », « choquée », comme « hypnotisée », puis décrit un état de sidération : « J’ai eu la sensation d’être morte (…). Je ne me possédais plus, j’étais incapable de bouger. » La jeune femme dénonce des attouchements, une pénétration digitale, puis à l’étage, dans une chambre, de nouveaux attouchements et un cunnilingus non consentis.
Selon Charlotte Arnould, un second épisode a lieu le 13 août, soit six jours plus tard, lorsqu’elle retourne chez lui avec l’intention, dit-elle, de lui signifier « son dégoût de son comportement ». Elle assure qu’après un baiser, elle subit à nouveau un viol digital et se retrouve « comme un robot », « une loque sans réaction », « tétanisée sous son emprise ».
Elle insiste sur sa vulnérabilité et sur le fait que l’acteur « a vu [sa] fragilité ». Le 27 août suivant, elle dépose plainte dans une gendarmerie des Bouches-du-Rhône, après être partie, selon ses propres termes « se réfugier » chez sa mère.
Infraction non caractérisée puis renvoi devant la cour criminelle
Relocalisée à Paris, l’enquête est confiée à la 3e division de police judiciaire (3e DPJ), qui va auditionner l’acteur trois mois plus tard. Devant les policiers, Gérard Depardieu reconnaît avoir pris l’initiative de la toucher et l’avoir interrogée sur sa sexualité, mais soutient qu’elle était « pleinement consentante ». Il affirme : « J’ai senti dans son regard et son comportement une curiosité et une entente qui m’ont poussé à aller plus loin. » Et il ajoute : « Si j’avais senti la moindre résistance ou opposition, elle n’aurait pas eu besoin de dire un mot, j’aurais arrêté immédiatement. »
L’acteur nie en revanche avoir voulu pratiquer une pénétration digitale, expliquant que la jeune femme lui avait dit être vierge. Gérard Depardieu conteste toute violence physique ou psychologique et rejette l’idée d’avoir profité de sa notoriété : « Imposer un acte sexuel est pour moi quelque chose d’inconcevable et d’insupportable. » L’expertise gynécologique diligentée à l’époque des faits n’a pas permis « ni de confirmer ni d’infirmer » la pénétration digitale.
Au terme de cette enquête, qui aura duré plusieurs mois, le parquet de Paris classe dans un premier temps la plainte de la victime pour « infraction non caractérisée ». Un an plus tard, en 2020, la jeune femme relance la justice en déposant une plainte avec constitution de partie civile. Une information judiciaire est ouverte, conduisant à la mise en examen de l’acteur pour « viols et agressions sexuelles » puis à son renvoi devant la cour criminelle pour les mêmes motifs en 2025. Un renvoi que le parquet, cette fois, avait également requis.
Des faits filmés par la vidéosurveillance
Il y a eu « une contrainte morale résultant d’un état de sidération ayant empêché Charlotte Arnould de protester et de s’enfuir et qui a permis à Gérard Depardieu de (lui) imposer des actes sexuels qu’elle ne souhaitait pas », a tranché le juge dans son ordonnance. La décision du magistrat se base notamment « sur l’ascendant naturel » que l’acteur avait sur la jeune femme « lié à son âge, à sa notoriété, à sa posture sociale, au fait qu’il l’avait connue enfant alors qu’il était l’ami de ses parents ». Il relève aussi « la rapidité dans le timing des faits, les premiers gestes sexuels ayant été initiés les 7 et 13 août respectivement à 16′36′' et 1′30‘’ après l’arrivée de Charlotte Arnould chez lui ». Une précision liée au fait qu’une partie des scènes qui se sont déroulées dans l’appartement de l’acteur ont été filmées.
L’hôtel particulier de Gérard Depardieu est en effet équipé d’un système de vidéosurveillance au niveau des accès extérieurs, mais plus rare, au niveau de la vaste pièce de vie principale. La caméra a ainsi filmé les 7 et 13 août tout ce qui s’est passé entre la grande table, le piano, et la cuisine ouverte. Et ces rushs n’ont pas reçu la même interprétation de la part du juge d’instruction et de la défense de l’acteur.
Aujourd’hui celle-ci conteste la lecture retenue par le juge d’instruction sur trois points : la contrainte, la matérialité des faits et la crédibilité de la plaignante. L’enquête des policiers, et notamment l’examen minutieux de ces vidéos, révèle certains éléments troublants exploités par Me David-Olivier Kaminski, désormais l’avocat du comédien, qui relève « des circonstances particulièrement inhabituelles pour ce type d’infraction qui se commet par nature dans un cadre intime ».
Long baiser et débat sur le consentement
La défense du comédien considère que l’exploitation des images permet « objectivement de constater l’absence totale de tout geste d’opposition ou de réprobation de la partie civile » et met au contraire en évidence « une gestuelle et une attitude exclusive de tout état de sidération ». Elle cite notamment un baiser de 43 secondes et plusieurs enlacements de la part de l’accusatrice.
L’avocat s’appuie aussi sur deux témoins directs qui ont décrit une scène sans alerte apparente. Notamment une femme de ménage, présente dans la pièce le 7 août 2018, qui a déclaré qu’elle croyait que Charlotte Arnould était « la petite amie de M. Depardieu » et qu’elle les avait vus « s’embrasser tout à fait normalement ».
À ce titre, la défense de l’acteur rappelle que Charlotte Arnould a reconnu ne pas avoir exprimé clairement son refus. « Il est vrai que je ne lui ai pas clairement dit (…), j’étais impressionnée par son charisme », a-t-elle déclaré. Gérard Depardieu, lui, soutient avoir cru à un consentement. « Au moment des faits, j’étais persuadé qu’elle était consentante. Si j’avais pensé qu’elle n’était pas d’accord, je n’aurais rien fait », a-t-il déclaré lors de la confrontation avec la victime présumée.
Pour autant, l’acteur a ajouté : « Avec le recul je peux penser qu’elle n’était pas consentante et que j’ai pu me tromper. » Des propos lourds de conséquence, puisque le juge d’instruction les a retenus dans son ordonnance de renvoi pour caractériser l’élément intentionnel.
« Doux Gérard (…) On se voit vite »
Dans le but de tenter de démonter la thèse du non-consentement, la défense de Gérard Depardieu met en avant plusieurs messages troublants de Charlotte Arnould. Avant les faits, un SMS du 2 février 2018 : « besoin d’amour » puis « à bientôt dans vos bras ». Après les faits dénoncés, un message du 19 août 2018 adressé à l’acteur : « Doux Gérard, j’ai appris la scène ; j’espère la travailler avec vous bientôt ; je suis avec une amie pour la journée. On se voit vite. Bises Charlotte. »
Interrogée sur ces SMS, la victime évoquait un message d’esquive qui était à l’opposé de ce qu’elle ressentait alors. « Mon seul objectif était de ne plus le (Depardieu) croiser et ne plus être sous son emprise. »
La défense de la star s’appuie également sur un courriel envoyé le même jour à l’actrice et à la réalisatrice Fanny Ardant, connaissance de la jeune femme et amie de Depardieu : « Douce Fanny ; Comment allez-vous ? Je pense à vous ; d’autant plus que Gérard me fait travailler Les Femmes savantes ; c’est une joie immense de faire une lecture d’auteurs que nous aimons… » Des échanges, qui prouveraient, selon l’avocat Me Kaminski, que la jeune femme cherchait encore à travailler avec lui et à le revoir peu après les faits allégués.
Une troublante autre plainte pour viol
La défense de l’acteur plaide que Charlotte Arnould a consenti à des relations sexuelles dans l’espoir d’obtenir un tremplin pour sa carrière — le projet de chanter sur scène Barbara auprès du comédien. Mais se serait heurtée à un refus ferme de l’acteur. Pour appuyer sa thèse, Me Kaminski se fonde sur l’analyse de la téléphonie, exhumant un appel de plus de deux minutes de Gérard Depardieu à la comédienne dans lequel il aurait acté ce refus et l’intervention d’un médecin urgentiste le même jour, le 21 août, au domicile de Charlotte Arnould. Interrogé par la police, le praticien a affirmé avoir constaté une crise de détresse de la plaignante liée exclusivement à ses difficultés professionnelles et d’études, sans qu’aucun viol ne soit mentionné.
L’autre axe de la défense vise la personnalité et la crédibilité de la plaignante. Le conseil s’appuie sur un événement troublant survenu près de deux ans après les faits. En avril 2020, la jeune femme a accusé un autre homme, une connaissance rencontrée sur les réseaux sociaux et âgée de 35 ans, de l’avoir violée à son domicile après l’avoir « fait boire ». Mais les investigations et l’exploitation des messages textuels ont révélé toutefois un scénario très différent : Charlotte Arnould était à l’initiative de la rencontre, s’était enquise de la présence de « capotes » et avait proposé d’apporter du vin.
En dépit des faits dénoncés, ce comédien n’a, lui, jamais été placé en garde à vue, mis en examen ou fait l’objet de quelconques poursuites pénales. D’où le sentiment pour la défense de l’acteur qu’« il existe deux poids, deux mesures ». Seule certitude, le juge a retenu cette étrange affaire dans les conclusions de son ordonnance, sur trois petites lignes à la formulation énigmatique : « Ces éléments sont, certes, à prendre en considération mais ils ne peuvent en aucun cas être retenus pour démontrer que Gérard Depardieu savait que Charlotte Arnould n’était pas consentante au moment des faits. »