|
C'est pas mal, cela rappelle (en fait annonce) la première époque de la carrière de James Ivory/Merchant. Il y a un côté Bergman en moins cynique. Il y aussi clairement un rapport avec l'Europe, le Silence bien sûr avec le train, mais aussi la Modification de Butor, avec ce voyage en train qui combine plusieurs époque, et où chaque passager est le symbole de sa classe sociale, la transparence de cette identité rendant le rapport du mersonnage conscience-cebtral avec eux facultatif (un peu dommage que les rôles secondaires n'aient pas été creusés et servent juste à faire contraste avec le personnage central, à signaler que son statut d'artiste le coupe de ce monde, dont il emprunte un peu tous les traits : comme artiste il est à la fois à chaque fois un peu malade, journaliste, entrepreneur, maquereau et femme + le passager mystère à la geule de tueur). Après tout ne marche pas et il y a parfois des maladresses. Je crois que le film parle de l'idée que quatre voire cinq problèmes ou rapports se chevauchent : celui entre l'Inde ancienne et la modernité mondialisée, post-coloniale ( l'indépendance n'est pas montrée alors qu'elle correspond au moment où le héros passe du théâtre au cinéma, elle est résorbée dans le passage avec l'ami syndicaliste et communiste), celui entre peuple et bourgeoisie, celui entre théâtre classique et cinéma (différence qui se joue plus sur le statut de l'acteur que de la mise en scène : l'acteur du théâtre est coupé du peuple par son mythe, celui du cinéma par sa réussite, mais il est irnoiquement comparé à Shiva par le fait que le personnage positif doit être tout), celui entre l'ordre patriarcal et critique "Marx et Freud", et peut-être celui entre l'Inde du centre et le Bengale (le personnage va à Delhi, pour être reconnu, tout en étant stressé par un déclin et perte de réputation que seul son public bengalais perçoit). Mais cela ne marche pas très bien, l'idée que tous ces conflits se résument dans la spécificité du cinéma comme art, voire même à nouveau à l'intérieur du cinéma dans la question du rapport entre cinéma commercial et cinéma d'auteur est un peu forcée. Ray transforme un doute sur sa propre place politique en approfondissement d'un jeu de miroir et de ressemblances abstraites, ludique mais vague. La société est alors une pure valeur que l'acteur renonce à incarner, il s'agit pour lui de seulement se justifier face à elle. Comme le dit une réplique-programme : réunir Freud et Shiva . Cela marche mieux quand Ray filme directement la société, comme dsns l'Expedition, autre film de voyage polyphonique et un peu malade.
Mais il y a des choses formellement superbes : la scène du cauchemar avec son plan de fous sur la pluie de milliers (millions ?) de billets dont aucun ne tombe sur le sol du plan. Où bien celle où juste en modifiant la prise de son stylo dans son calepin, la journaliste intrusive et arrogante indique qu'elle va glisser dans une psychanalyse sauvage mais bienveillante de l'acteur, que l'écriture est déjà une objectivation suffisante qui n'appelle pas la lecture. Ou l'insert sur une passagère occidentale du wagon-restaurant dont la tête n'apparait derrière l'acteur que lorsqu'il se plaint et exhibe sa souffrance ou son identité incertaine, pour laisser un vide quand il est dans les autres registres de discours. Le film dans le film façon Salon de Musique avec le vieil acteur est aussi un passage superbe.
L'acteur est en effet bon, apparemment il est mort relativement jeune et joue sa vie (vu sur Wikipédia qu'il a eu une crise cardiaque mortelle lors d'une fête liée à son come-back au début des années 80, et s'est conduit seul à l'hôpital en voiture plutôt qu'en ambulance, la scène manquante du film).
_________________ je croyais que dans leur monde bouclé par le sadisme, eux-mêmes vivaient en parfaite sécurité
Imre Kertész
|