Quelle saga fascinante, tout de même...
Outre son improbable longévité (si l'on excepte James Bond et les serials, y a que les franchises de films d'horreur qui atteignent les 7 épisodes, non?), il faut lui reconnaître cette faculté à se renouveler presque à chaque volet. C'est peut-être là justement le secret de sa longévité. Je l'avais déjà dit dans ma critique du précédent opus mais il s'agit quand même d'une licence qui a commencé par un
Point Break version voitures et s'est transformé en film de
team, entre cambriolage et espionnage. L'adaptation de
L'Agence tous risques n'a pas suffisamment marché pour s'assurer des suites? Pas grave, si on veut voir des tanks et des véhicules balancées d'un avion, maintenant y a
Fast & Furious.
Non seulement cette évolution est, si je ne m'abuse, unique dans l'histoire du cinéma - changement de genre à chaque film ou presque - mais en plus, ils ont réussi à la faire de manière organique! Des pilotes criminels qui deviennent une équipe de mercenaires dont la spécialité est la conduite. La dérive peut paraître risible mais en réalité, c'est une recette plutôt intelligente pour éviter la redite. Là où
Die Hard ne peut que se répéter en mettant sans cesse son seul protagoniste "au mauvais endroit au mauvais moment" et dénature ce qui faisait sa spécificité - c'est juste un flic, humain mais increvable - en tombant dans une surenchère malvenue, la surenchère SERT la saga
Fast & Furious, parce qu'elle s'est opérée dès le départ et parce qu'elle n'a jamais perdu de vue l'intérêt, la particularité de la licence : les bagnoles.
Par conséquent, je n'ai que faire du caractère toujours plus "prétexte" de l'intrigue qui se tisse autour de séquences dont l'origine semble être à chaque fois un
brainstorming en mode
"ok où est-ce qu'on peut foutre des voitures?". À partir du cinquième tome, qui a rebooté la série encore plus que les précédents, la démesure s'est faite de plus en plus assumée.
Fast & Furious 7, c'est le cinéma décomplexé à son meilleur. Et si ce terme ne vous revient pas, vous n'avez qu'à parler de cinéma d'exploitation. Après tout, plein de cinéphiles vénèrent des films comme
Vanishing Point ou
Macadam à deux voies qui sont globalement tout aussi vides. Certes, ils véhiculent un esprit '70s autrement plus poétique que le virilisme malheureusement encore trop présent de la saga
F&F - le jour où ils se débarrasseront de tous ces plans beaufs sur des meufs en bikinis, la série aura fait un autre grand pas - mais on est clairement dans le même esprit
"donnons-en leur pour leur argent".
Et moi j'en ai pour mon argent. En tout cas, j'ai eu précisément ce que j'étais venu voir.
Des chauves musclés qui se foutent sur la gueule, en explosant vitres et tables et capots sur leur chemin, des
punchlines écrites à la façon d'un
actionner des années 80 et surtout, des cascades toujours plus abusées à base de bolide qui passe d'un étage de gratte-ciel à un autre ou de voitures qui jouent au jeu de la patate chaude et même des duels de western avec des caisses à la place des flingues.
Je peux comprendre qu'on préfère
Fast Five, plus carré, mais pour moi, ce dernier tome est le meilleur. Du moins, c'est le mieux rythmé, sans le ventre mou des deux précédents, avec le meilleur
set-piece (cette longue course-poursuite en montagne qui mêle fusillades et combat et exploite au mieux les "super-pouvoirs" des personnages aka leurs véhicules) et la meilleure utilisation de Dwayne Johnson, moins présent que dans les deux précédents mais mille fois plus
BADASS. C'est simple, quasi-chacune de ses apparitions sont mythiques.
James Wan travaille cet iconisme à donf, que ce soit pour les personnages en chair et en os (cf. la présentation du personnage de Statham durant le générique) ou pour les personnages en tôle et en fer (cf. le plan sur Diesel au bord du ravin et des jeeps l'entourant) et s'en donne à coeur joie dans l'action, limitant une fois de plus le numérique et épousant littéralement le dynamisme de ses personnages, faisant régulièrement basculer la caméra comme il fait basculer les corps ou les carrosseries.
Parfois, la décomplexité va trop loin et ça donne ce dédoublement de méchants maladroit, avec un Jason Statham qui intervient comme un
photobomb dans chaque scène d'action, qu'elle soit en Azerbaïdjan ou à Abu Dhabi. Niveau cohérence, c'est poussif mais j'avoue avoir trouvé son rôle de Coyote au Bip-Bip qu'est Diesel plutôt amusant et, en fin de compte, cohérent avec le délire cartoonesque du film (c'est juste débile au niveau des motivations des héros vu qu'ils acceptent la mission que leur confie Kurt Russell uniquement parce que le McGuffin recherché permettra de localiser Statham...mais ils n'en ont pas besoin vu que c'est Statham qui vient constamment à eux).
Mais une fois de plus, le film appelle TELLEMENT à la complicité du public (y a une réplique de Paul Walker, juste avant qu'ils PARACHUTENT leurs VOITURES depuis un BOMBARDIER, qui dit
"Just when you tought it couldn't get any better." TOUT EST DIT) que j'ai du mal à pinailler sur des questions de crédibilité quand je suis face à un tel spectacle. Et la salle de ce soir, morte de rire quand il faut, applaudissant à chaque morceau de bravoure, était dans le même état d'esprit. Il avait tout compris.
Un mot pour finir sur Paul Walker et ma propre expérience "Jeu de la mort" durant la séance, à chercher quand c'était vraiment lui et quand c'était une doublure/un CGI/un plan d'un autre film. C'est très bien fait. Il y a évidemment des moments où c'est grillé (surtout quand on s'y connaît un peu en grammaire cinématographique et qu'on comprend pourquoi il n'est pas filmé à tel moment ou pourquoi tel combat se livre dans l'obscurité) et la capture d'écran postée par Art Core plus haut vient du moment où le trucage est le plus visible, mais d'un point de vue technique, ils ont plutôt bien géré. D'un point de vue scénaristique, tu sens certaines réécritures (peut-être le double méchant vient-il de là?), notamment ce moment où Diesel part faire un truc tout seul et que les autres ne réagissent même pas puis reviennent après une bonne ellipse vénère. Mais la plus grosse réussite, c'est d'avoir réussi à rendre le parcours du personnage, sur ce film mais aussi sur toute la saga du coup, cohérent. Et même touchant.
L'hommage est FAT, parce qu'on est dans
Fast & Furious quand même (et tout ce qui touche au couple Diesel/Rodriguez est bien plus grossier et relou d'ailleurs), mais c'est presque subtil pour eux, notamment le dernier plan.
Ç'aurait d'ailleurs été une fin parfaite à la franchise mais ils ne sont visiblement pas prêts de s'arrêter.
Et bah si c'est aussi fun, je dis pourquoi pas.