
je commence à être assez vieux pour voir l'évolution des choses, et je me souviens quand on reprochait au cinéma américain :
- d'être pudibond. aujourd'hui, le cinéma français est pire, l'impression d'une purge quasi complète de la nudité et de la sexualité. c'est vrai ici, où l'on parle d'une attraction dangereuse d'une jeune fille danseuse pour un homme ténébreux et potentiellement dangereux avec une absence totale de corps, de sensualité, un bout d'épaules dans un brain est le sommet d'érotisme du film. le code hays semble être rentré en application concrètement.
- d'être formaté. aujourd'hui, le cinéma français est pire, chaque famille et style de cinéma français semble retranché derrière des murs de briques, soucieux de strictement rester dans la case qui lui a été assignée. c'est le cas ici, avec cette histoire qui a quand même donné naissance à des interpretations très libres dans des styles très divers, on est sur l'identité la plus basique et déjà vue de la chose - de belphégor en 2001 à fantômas l'année prochaine (avec le même romain duris), en passant par les sentinels sur canal, impossible de ne pas penser que tout ça est issu du même prompt mental, avec le même ton et la même gueule.
- l’appellation de "tâcheron" pour désigner certains réalisateur, quand une tendance lourde de ces 10 dernières années aura justement été de les faire émerger et prospérer en france, cette catégorie de réalisateurs-techniciens sans aspérité ni style, servant uniquement à rassurer les "partenaires" sur la capacité à livrer l'objet en temps en en heure et sans mauvaise surprise d'initiatives artistiques malheureuses. et c'est ainsi qu'on se retrouve avec un certain alexandre castagnetti à la tête de ce gros projet de l'année, 20 millions de budget, un certain potentiel. c'est très bien que les gens ne soient pas enfermés dans des styles, mais enfin en regardant la filmo du monsieur - qui enchaîne depuis 20 ans mauvaises comédies au cinéma et téléfilms et épisodes de série ultra formatés à la télévision - c'est vraiment très dur de penser que c'est grâce à une facette méconnue de son génie qu'il a été choisi pour le projet.
mais on ne se contente pas de copier les défauts des américains, on a les nôtres aussi !
et donc, après avoir pourri un genre clef du cinéma français, la comédie, avec des téléfilms de piètre qualité sortant au cinéma uniquement pour remplir les obligations légales de financement des chaînes - donc on s'en fout si c'est nul, si ça méga bide, si c'est noyé sous le pognon de manière absurde et anesthésiante, etc -, on s'apprête à faire la même chose avec d'autres pans du cinéma français grâce aux obligations de financement des plateformes. ici, c'est financé par prime et disney +, ça mega bide, et c'est effectivement du plateforme-slop, formaté, mondialisé, sans ambition, du contenu pur et dur.
mais je ne veux pas être injuste, le film a ses propres défauts aussi, bien à lui.
- des dialogues positivement catastrophiques de bout en bout.
- une représentation de la "jeunesse" regulièrement digne d'ab productions - ou des gaous.
- un problème fondamental d'enjeu parce que ça dure 2h15 et il ne se passe rien d'intéressant pendant une vaste partie, le "danger" est artificiel, c'est d'un ennui mortel.
- des scènes complètement ratées en cascade.
- une saturation complète de romain duris, il fait la même chose en boucle depuis 4000 ans, il rend les trucs mauvais activement nanardesques et on tombe en plein dedans plusieurs fois, vraiment à un moment donné il va falloir être très courageux dans le cinéma français et faire une petite mise à jour de ses a lists en partant du principe que 30 ans dessus c'est bien, on peut vaguement renouveler de temps à autres.
- une lead nullasse, qui ne sait manifestement pas danser, ni jouer, n'évoque absolument rien, je me suis dit "vraiment la meuf qu'on ne reverra jamais" pendant le film avant de voir son nom au générique de fin, hihi.
- le mec qui joue le fantôme également nul, une tête de mannequin pour salons de coiffure de province dans les années 90, vraiment wtf.
- un univers d'opéra totalement raté. je veux bien que ce soit du cinéma et tout mais ce qu'on voit n'a aucun sens - les répétitions mega basiques en jogging alors que "la première est dans trois jours", l'enjeu sur "il faut que ce soit un carton sinon on va couler ! les reservations sont très mauvaises !" pour un spectacle à l'opéra garnier, la mise en scène du spectacle qui n'a absolument aucun sens... on ajoute à ça le fait que toutes les chorés sont complètement nulles, la vibe black swan version nanar local... ils ont eu accès à l'opéra et c'est évidemment sublime mais tout ce qu'ils en ont fait est totalement nul.
- et le traitement réservé à guillaume diop est éloquent pour ça. ils le font venir pour faire de la figuration dans 8 scènes (donc même pas un caméo de deux jours de tournage quoi) où il est dans un bout de cadre. je me disais "bon j'espère au moins qu'ils vont lui donner du lourd dans le final", mais même pas, 4 plans pour faire des trucs mega basiques. le mec est sublime, ultra charismatique, c'est une star, et on le traite de cette manière, et ça m'a vraiment fait dire qu'alexandre n'a absolument *aucune* appréciation de la danse et de l'opéra, et ça se voit.
bref, vraiment quasiment complètement nul. mais ils s'en foutent hein. on n'a pas pris deva cassel parce que c'est une merveilleuse actrice-danseuse pour le rôle, juste pour avoir des articles et stories à peu de frais. on n'a pas pris alexandre castagnetti parce que c'est un bon réalisateur pour proposer une fresh take et se réapproprier un petit monument national, mais précisément parce que c'est un faiseur sans âme qui fera pas chier. ça ne sort pas au cinéma parce que c'est son habitat naturel mais pour remplir des quotas obligatoire avant de se trouver dans des flux poussés par algorithme. et l'idée même n'était pas de se réapproprier ou de réinventer quoi que ce soit, c'était de fournir un film avec une marque connue à l'inter aux plateformes, avec des images glam de paris, pour qu'ils puissent rentabiliser leurs obligations françaises tout en espérant quelques vues dans d'autres pays. donc absolument tout le monde s'en fout que ce soit bien ou pas, que ça marche ou pas, et ça n'est pas comme ça qu'on fait de l'art, et c'est la raison pour laquelle c'est nul et ça bide.