aka La Main droite du diable
Après l'assassinat d'un animateur radio de Chicago connu pour ses émissions provocatrices, une agent du FBI s'infiltre dans une communauté agricole où elle tombe amoureuse de Gary Simmons, ancien combattant du Vietnam que ses supérieurs soupçonnent mais qui lui semble bien inoffensif. Mais elle découvre vite que Gary dirige un groupe de suprémacistes blancs.Costa retourne aux States et, pour la première fois depuis
Etat de siège, ne signe pas le scénario, cette tâche revenant à...Joe Eszterhas. Malgré ce que l'affiche ci-dessus laisse entendre, le père Joe n'était pas encore associé au genre du thriller érotique qui allait le définir, et il faut se rappeler que le boug vient à la base du journalisme (c'est lui par exemple qui a mis à jour le massacre de My Lai et qui a couvert le premier la tuerie de Kent State).
Cela étant dit, malgré ce passif et celui du cinéaste, le film s'apparente finalement moins à un quelconque film politique qu'à un vulgaire film de flic
undercover. Et étrangement structuré qui plus est.
La tension inhérente au genre consiste à voir si le personnage infiltré obtiendra l'information/la preuve nécessaire à confondre le méchant en justice avant que ce dernier ne découvre sa véritable identité, et à quel point le héros se perdra en jouant son rôle et là où l'on retrouve la patte du scénariste, c'est dans son choix de créer une romance entre l'héroïne et le coupable.
Or, ce qu'il y a "d'intéressant" dans ce concept dans ses autres scripts comme
A double tranchant (une avocate s'éprend de l'homme accusé de meurtre qu'elle défend) ou
Basic Instinct (un flic s'éprend d'une suspecte sur laquelle il enquête), c'est le doute. Le protagoniste ne sait pas si ses sentiments brouillent son jugement. Mais ici, tout est incroyablement précipité : elle enquête à peine et décrète immédiatement que le mec n'a rien à se reprocher, elle tombe amoureuse presque direct et couche avec, et il se transforme en gros connard raciste, antisémite et homophobe instantanément, et lui révèle, lui aussi sans avoir cherché à se renseigner sur elle, tout de son organisation, la forçant à y prendre part. Et on est censé croire que lui n'a aucun doute et qu'elle continue à l'aimer et le titre du film renvoie à lui et cherche à jouer le drame sur le moment de la révélation mais ça ne prend pas du tout car le mec est vraiment irrécupérable.
Donc on ne croit à rien. On ne croit pas au fait qu'elle ne l'arrête pas tout de suite après avoir assisté à un meurtre (l'écriture se contorsionne pour justifier qu'elle reste infiltrée, les supérieurs lui disant qu'ils ne retrouveront jamais le corps et qu'il leur faut une preuve qu'ils ont tué l'animateur radio dont ils ont bien le corps), on ne croit pas au fait qu'ils ne la testent pas davantage (il y a bien un perso secondaire cliché qui a des doutes et la suit et la grille mais évidemment le boss ne le croit pas car il aime la meuf) et on ne croit pas plus au tourment humain que le film essaie de vendre avec cette femme obligée de coucher avec "la main droite du diable" (j'ai cru à un craquage des distribs français pour ce titre avant de constater que c'était une traduction de la chanson qui clôt le film).
Et évidemment, en dehors de l'aspect thriller, ça ne marche pas beaucoup plus, le portrait de cette communauté proto-MAGA restant superficiel là où il aurait été plus intéressant de rester une fois de plus dans le doute, le trouble, quelque chose de plus subtil, de montrer comme l'idéologie suprémaciste est insidieuse plutôt que de l'exposer brut de décoffrage. Quitte à faire un thriller vulgos, joue le twist! Montre-la infiltrer un milieu en s'acoquinant avec un gars qui est extérieur au groupe suspect, montre-la éprouver de l'empathie en donnant une résonance justifiée aux griefs d'agriculteurs qui galèrent, montre comment on peut aisément se laisser gagner par une pensée xénophobe, montre-la enquêter sur le groupe avant de découvrir que c'est son mec qui le dirige en secret. Plutôt que "ça y est on a couché ensemble parce que tu me trouves inoffensif après m'avoir connu trois jours alors ce soir je t'emmène chasser un noir dans la forêt".
Et formellement, à l'exception de quelques gros plans qui attestent vaguement d'un point de vue, la mise en scène de Gavras se fond dans un tout plus fonctionnel.