Bêtcépouhr Lahvi a écrit:
Mais, si je te comprends bien, le cinéma grand spectacle français à la Rappeneau, ça paraissait sans doute d'abord de jolis costumes et décors avec de bons acteurs déclamant de bons textes avant de se soucier de la technique ? Est-ce que c'est vrai ? Il y a eu des Beinex, Carax, Annaud, Corneau qui n'avaient pas l'air d'en avoir rien à branler. Rappeneau non plus d'ailleurs.
Cool, c'est intéressant ! Je peux me tromper, mais pour moi la grande force de ces gars-là, bien davantage que la technique image/son, c'est le casting, les décors et les costumes (en plus de l'ambition scénaristique). C'est l'ampleur de leurs projets, le choix de ceux-ci, et l'ambition globale qui obligeait une coproduction européenne, le plus souvent. Ils sont quasi tous connus pour la démesure de leurs décors, leur reconstitution et les tournages à rallonge.
Avec un bémol pour Beineix qui était l'un des premiers avec Besson à pousser la technique et en particulier sa photographie. Et je n'aurais pas mis Corneau dans la liste, que je situerais davantage avec les Boisset, Tavernier, Miller, Enrico etc, qui avaient le cinéma US en ligne de mire, et en particulier la littérature américaine. Mais pour moi, la plupart de ces types transposaient le cinéma/la littérature américain(e) dans notre cinéma national, sans forcément pousser la technique (l’appareillage caméra, la photo, le son dans sa globalité, comme la propreté d'un son direct et une parfaite post-synchro). Y a qu'à voir nos excellents techniciens, notamment les chef-opérateurs, qui se sont presque tous barrés pour profiter au max d'une technique plus performante ailleurs, au contact de grands cinéastes étrangers.
Alors bien sûr, le cinéma français n'a pas attendu les années 2000 pour être à la pointe du formalisme, on peut toujours citer des cinéastes en avance, des exceptions comme Melville ou Clouzot.
Citation:
Ya 20 ans, est-ce qu'il n'y aurait pas plus eu une sorte de bonds techniques d'abord dû aux améliorations technologiques, rendant tout ça d'abord plus facile, plus léger (des supers jouets dont un Kounen ne savait pas quoi faire à part se servir de toutes les options écrites sur la notice) ? Bref, moins cher ?
Bah c'est ce qu'on pensait tous avec l'arrivée du numérique, mais finalement le coût n'était pas tellement moindre, la DV n'a fait que passer, les premiers essais en numérique étaient réalisés par des Pitof... c'était assez pathétique. Le pire de cette époque, ce sont les horribles grands angles de Kounen ou Jeunet, qu'on pouvait un temps rapprocher d'un cinéaste comme Gilliam, mais qui finalement étaient vulgaires et boursouflés. Et les SFX dégueus et trop visibles.
Faut relire les interviews de cette époque, où tous les grands cinéastes semblaient être convaincus de l'éclosion à venir de cinéastes armés de caméras légères comme des iPhones, qui parviendraient à toucher le public... or je crois que ça n'est JAMAIS arrivé. Sinon la moitié des foruméens ici présents auraient percé bien plus vite, et plus nombreux. Or le cinéma, l'industrie, a résisté. Résisté au point de refuser la modernité à tous les niveaux, y compris technique. Avant que des Besson, Kassovitz, Jeunet et autres ne passent en force grâce à leurs succès publics.
Le plus ressemblant à cette promesse de cinéma caméra numérique au poing finalement, c'est... Youtube, et c'est devenu l'antichambre du cinéma actuel, et notamment de la comédie française. Et c'est pas la folie...
La seule évolution notable du numérique à l'échelle de tous les cinéastes, pour moi, c'est la mobilité/légèreté de la caméra, l'affranchissement du système en bobine pellicule qui ralentissaient le tournage et limitaient la prise de vue dans la durée, et bien sûr le montage image/son grandement facilité. Mais ça n'impactait pas autant qu'on l'espérait la facture formelle de notre cinéma. Il a fallu attendre les gars dont on parle pour changer d'ère.
Citation:
Le nerf de la guerre qui a été essentiel au cinéma américain, qui se nourrit tellement des techniciens du monde entier. La proportion de réals français partant aux US à certainement connu un pic mais en dehors de la mode, qu'en reste-t-il ?
Bah une nouvelle ère formelle, justement ; la qualité des films, sur le plan technique. Alors ça ne fait pas un bon film, on est d'accord, mais c'est essentiel pour le côté mainstream et la survie d'un art qui est aussi un divertissement. Et ça permet par la suite des ruptures essentielles, comme la Nouvelle Vague et le Nouvel Hollywood ont pu être des ruptures vis-à-vis du côté mainstream et classique de leur époque, qui était né chaque fois d'un palier technique qui venait d'être franchi, de faire un bond en avant (le son, la couleur, le Scope, le tournage en décors naturels, le fond vert etc.).
Citation:
Alors faut pas que l'argent soit une excuse, le cinéma coréen arrive très bien à faire avec ses budgets (bon, ok, je n'en vois que le haut du panier), mais disons que si j'ai le plaisir de voir un cinéma d'action français décomplexé de qualité, je ne pense pas que ce sera d'abord pour des qualités techniques hérités de la tentative de cinéma de genre français de la période fin90-2000 (au contraire, je crois que cette époque explique la comédie à la Dany Boon d'aujourd'hui).
Que la production française, et donc les chaînes de télé qui investissent, impose des comédies Dany Boon, c'est sûr. Mais je ne crois pas que ce soit suite à la poussée technique des années 2000, quand bien même les réalisateurs qui en étaient les précurseurs n'étaient pas de grands cinéastes. Ce serait arrivé, de toute façon.
D'ailleurs je me souviens qu'on espérait tous, à cette époque, que des petits Besson surgissent de nulle part, pour prendre le relais et apporter le côté qualitatif au récit, à la mise en scène, à la direction d'acteurs qui manquaient à ces précurseurs. Mais là aussi, ce n'est jamais arrivé. On a lentement regardé les Besson, Siri, Kasso, Kounen se casser la gueule. Et on s'est retrouvé longtemps avec un cinéma fracturé en deux, avec d'un côté ceux qui prouvaient notre niveau technique au reste du monde, sans parvenir à livrer des œuvres majeures... et de l'autre ceux qui refusaient les améliorations techniques par snobisme, pour se concentrer sur le récit, les acteurs et la dramaturgie.
Or il me semble que nous somme arrivés, depuis quelques années, à un bon équilibre entre les deux. Le rajeunissement des producteurs ? Le fait que ça fasse désormais partie de l'ADN de chaque réalisateur ? Que n'importe qui en France peut citer à la fois Audiard, Fincher et Bong Joon-ho dans ses cinéastes contemporains préférés, sans forcément n’égrainer que des français ou que des américains, pour soit s'ancrer et revendiquer une tradition française, soit transpirer une envie dégoulinante d'aller bosser aux Etats-Unis ?
Ce qui est sûr, c'est que maintenant on soigne la forme à tous les coups (hormis certaines comédies, probablement signées par des réalisateurs de 60/70 ans qui résistent et ne veulent pas mourir), et on s'applique sur ses sujets et sur ses scripts, bien davantage que sous l'ère Besson. La formule est encore un peu trop générique sans doute, trop pleine de compromis pour plaire au plus grand nombre (on surutilise les faits divers, on surdramatise les films sociaux d'une fin tragique ou coup de poing alors qu'on pourrait s'en passer), bref on ne fait pas toujours dans le simple et le pur. Trop divertissant ou trop poseur pour être sincère vis à vis du sujet et des personnages. Mais je suis persuadé qu'on va y arriver tout doucement. J'ai pas mal confiance en la génération actuelle.
Citation:
Mais parce que les cinéastes auront quelque chose à dire à un public qui aura envie de l'entendre. Evidence, hein. Mais qui ne l'était pas ya 20 ans. Alors que j'ai souvenir que beaucoup était chauffé de voir ce cinéma français décomplexé. Sauf que c'était déception sur déception. Ca n'a jamais marché.
Yep.