
j'ai revu boogie nights, qui date de 1997 et se déroule à la fin des années 70. la reconstitution est complète : coiffures, vêtements, musique, décoration, état d'esprit, technologie : absolument tout dans le film est recrée, et le film lui-même est un pur film de 1997, n'ayant que peu à voir avec le cinéma des années 70.
l'équivalent aujourd'hui serait donc un film se déroulant en 2006. alors ce qui est intéressant, c'est que 2006 c'était le peak de l'internet porn et de ses models amateurs qui pensaient que ça resterait discret, et y a une mutation de l'industrie à raconter avec le recul aussi, mais ça coûtera considérablement moins cher pour la da : dans l'absolu quelques affiches vintages dans la rue feront la blague pour la reconstitution.
c'est ce qui m'est venu en tête en regarder the whisper man, qui est un pur et dur thriller de serial killer / kinpnappeur d'enfant de 1995-2005. ayant eu al chance de voir "destins volés" il y a 3 semaines : même chose, telle quelle. les poncifs sont là, le cahier des charges est le identique, ça a la même gueule...
et puis ça vient de netflix, qui relance les comédies romantiques, qui va chercher cameron diaz et lindsay lohan et c'est quand même dur de ne pas penser que c'est une stratégie très rationnelle d'identifier une part de leur base d'abonnés, gens de 35-50 ans qui ont grandi avec ces trucs, on va même leur foutre un cast de l'époque (michael keaton et robert de niro, ou même michelle monaghan qui a peak entre 2005 et 2010...) et sans ip on nourrit comme ça l'ère de la nostalgie.
et ça participe à cette incroyable stagnation de la culture occidentale générale, qui après avoir connu des mutations extraordinaires en continu pendant 50 ans semble désormais se ralentir chaque année depuis les années 2000. plus rien ne bouge, que ce soit visuellement ou dans les formes de cinéma et les films qui se font.
et ça fonctionne tout à fait bien. ça n'est pas incongru. le look thriller de 2003 se confond formidablement bien avec une mise en scène spectaculairement anonyme mise en place par un robot à qui on a donné le cahier des charges visuel de netflix en prompt.
le cahier des charges de thriller vulgos tiré d'un roman industriel qui a touché le jackpot en se faisant racheter fonctionne aussi : il y a un peu de suspense, des particularités un peu glauques, des scènes qui marchent bien, ça gère plutôt bien le ludicrous : assez pour être marrant et surprenant mais pas trop pour rester ""crédible"" et intéressant, on peut commenter à voix haute en rigolant les actions stupides des personnages ou les farfeluteries du film (tout le monde a l'air merveilleusement chill dans ce film où on a 48 heures pour sauver un enfant), à 1h45 (dix minutes de crédits divers !) ça respecte le temps du spectateur...
c'est strictement ce que c'est, mais si vous aimez les thrillers de 1995-2005, ça fait un petit bonus qu'on croirait sorti tel quel de l'époque - je tombe strictement dans la cible de la réunion cynique de netflix, et je suis tombé dedans. (je crois que ça fait longtemps que je n'avais pas vu de niro et cet âge lui va hyper bien, il est très chouette tout en ne faisant rien et en n'en ayant manifestement rien à foutre - je me suis demandé si il était au stade de sa vie où il ne voit même plus les films finis, rien à foutre ?)
sinon j'étais juste surpris parce que ça m'a paru un peu cheap ? l'image est un peu vide, peu de figurants, peu de décors pas spectaculaires du tout, mises en place très simples... est ce que c'est le truc où ils ont rincé le cast et ils ne savent pas faire pas cher et du coup ça coûte absurdement 80m ou est ce que netflix fait à l'économie et sort ça pour 30 millions ?