
c’était intéressant de le voir dans cette petite fournée cannoise.
a propos de l’inconnue, je pointais cette forme de cinéma très « court-métrage français financé par le cnc ». très clairement, c’est le cas ici aussi. le film aurait d’ailleurs pu être un moyen-métrage sorti de ce circuit. la réalisatrice est aussi chef op est a travaillé dans de l’art et essai, on est clairement dans cette famille de cinéma. et il se trouve qu’ici, c’est absolument splendide. cette forme de cinéma, qui me saoule une partie significative du temps, qui offre tout ce qu’elle a de beau à offrir. un vrai regard. c’est un truc qui m’a frappé : chaque plan est un petit exploit, chaque journée de tournage devait être un défi – alors même qu’il y a ce truc habituel que pointait jean-pierre jeunet de « ça sent pas la sueur », des cadres très chill, un résumé de plan pas très stimulant sur le plan de travail. mais ce qu’elle filme est précieux, précis, le plan montre précisément ce qu’elle voit et veut montrer. il y a des moments de grace en permanence.
des plans totalement basiques – une fille qui dit rien filmée en plan moyen, quoi – qui sont extraordinaires parce qu’elle chope un regard qui dit 1000 choses, c’est superbement incarné, parfaitement monté, y en a qui sont drôles, y en a qui sont super émouvants, c’est hyper impressionnant.
vraiment une fille qui te montre ce qu’elle voit, et te transmet avec sa caméra ce qu’elle voit et perçoit et ressent des choses. et son œil est hyper intelligent, personnel, et sensible. t’as l’impression qu’elle te parle et te communique ses sentiments, sans parler, mais avec tous les moyens du cinéma. j’adore ça.
j’ai aussi pensé à « notre salut » et « l’être aimé ». les deux cherchaient à capter la vie. « notre salut » à travers des improvisations (totalement ratées et dans un cadre mal maîtrisé) et « l’être aimé » à travers des scènes très longues (tout à fait réussies). ici c’est le cas aussi. mais c’est autre chose. le film est long mais les scènes ne le sont pas, tout à l’air écrit mais est stupéfiant de vérité. les acteurs sont non-professionnels et ça n’a jamais l’air récité, mis en scène, figé. elle racontait le processus lors du q&a : beaucoup de longues répétitions, 2 caméras, une première prise où on respecte le texte, puis au fil des prises on a le droit de s’en émanciper un peu, des scènes écrites pour être très longues mais concues pour ensuite être coupées à une longueur normale. ça fonctionne de manière absolument spectaculaire, et un tel processus, aussi casse-gueule, aussi maîtrisé, aussi réussi, aussi payant pour un premier film c’est juste une folie furieuse.
d’une manière générale, l’impression d’assister à un miracle, quoi. il y a plein de thèmes, ça devait être une belle note d’intention certifiée conforme, sauf qu’ici ça ne définit pas le film. les thèmes sont là mais ils nourrissent ce que l’on voit, ils sont un point de départ, pas d’arrivée.
le point d’arrivée c’est la vie extraordinaire captée par le film. cette jeunesse très contemporaine, mais aux tourments et aux émois universels et intemporels. c’est un teen movie, avec une forme différente de john hughes mais qui, en vrai, a un cœur commun.
chaque individu qui se construit dans un équilibre constant entre sa personnalité, son histoire et sa place dans le groupe, et les normes collectives du groupe. ce dont il est l’héritier d’un point de vue individuel et collectif – et la manière dont il est modelé par la culture du moment. le miracle de casting – tout le monde est parfait, un délire – avec son œil qui regarde, respecte, comprend tout le monde. vraiment des êtres humains qui prennent vie devant toi, dans toute leur complexité, leurs contradictions, leur pathétisme, leur beauté, leur vérité, leur façon de parler. puis c’est la jeunesse, quoi : c’est navrant, touchant, compliqué, t’as envie de les protéger autant que de les engueuler, ils font de la merde mais c’est normal, c’est comme ça qu’on apprend.
plein de scènes incroyablement réussies, ou juste que j’adore. les cours, iconiques et tellement juste, drôles, épuisants, touchant, stimulants, enrageants. le débat politique, avec les pensées en formation, les jeunes qui répètent un peu les edl des adultes qu’ils adoptent dans un mélange de conformisme social et de sensibilité personnelle, dans un espace où ils débattent, de manière globalement respectueuse, c’est émouvant. la conversation entre filles dans le dortoir, cette scène qui se répète depuis l’origine du monde et qui se répétera jusqu’à la fin monde. les moments de trouble entre les uns et les autres. je pourrais en citer 50, vraiment.
c’est une collection de moments splendides, émouvants, drôles, vrais, pénibles (in a good way, ce qu’elle filme est pénible et elle met le doigt et la caméra dessus). c’est son premier film, 2h25, certainement pas un film a pitch, le scénario n’est rien si ça le vie ne prend pas au tournage, la prof n’est pas jouée par virginie efira, ils ont pris des mois et des années à caster et répeter… vraiment un miracle que le film se soit monté. puis chaque plan est un miracle. puis le film a l’énergie de la jeunesse : à la fois fort et hyper fragile.
c’était absolument incroyable, vraiment, j’ai adoré ++.