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 Sujet du message: La Ronde (Max Ophüls - 1950)
MessagePosté: 21 Avr 2011, 22:50 
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Se promenant au milieu d'un décor de cinéma, un narrateur nous donne à observer les amours des habitants de Vienne : de personnage en personnage, d'adultère en adultère, de la putain misérable au noble respectable, la même histoire se répète.

Et les fameux travellings d'Ophüls, donc... C'est entre admiration et agacement qu'on suit ce bloc de virtuosité consciente d'elle-même, fière de ses capacités, sans cesse exhibée à notre regard. Prenant dès l'ouverture la nouvelle en otage pour en faire un immense terrain de jeu, la caméra d'Ophüls se fait vorace : traversant portes et murs, rebondissant dans les miroirs en cascade, passant dans le même plan d'un décor à son plateau, de la scène aux musiciens qui en jouent la musique, d'un personnage à l'autre, elle gave en continu le film de la démonstration de son génie, de son pouvoir suprême à être partout, à avoir autorité à toutes les strates, depuis les personnages pantins jusqu'au narrateur qui les manipule.

C'est peut-être personnel, mais pour moi ce petit théâtre est assez irritant, dans le genre à jouer au petit malin sans mener bien loin : une fois qu'on a compris le système, on finit par compter patiemment le nombre d'amants trompés dont il va falloir suivre l'histoire (toujours exactement la même) avant de fermer le cycle, fin annoncée pas très palpitante. A ce rythme, il n'y a pas que les persos mécaniques montrés du doigt qui sont prévisibles : dans l'application satisfaite de son programme, Ophüls l'est tout autant.

Pourtant, parce qu'elles résonnent si bien avec le glauque de l'ivresse ambiante, il y a une réelle jouissance à observer ce flot d'arabesques (aussi élégantes et enivrantes que le champagne dont on s'abreuve...), cette mise en scène qui a l'intelligence de prendre acte de la fatigue progressive à voir tout le monde manipuler tout le monde : plus il avance, plus le film accélère ses segments, démesurant ses dispositifs (cf le passage au double lit, qui vire aux mathématiques...), rendant les couples de plus en plus absurdes, comme si le film était tout entier aspiré par le gouffre de sa fin annoncée. Le fait que l'ensemble se conclue dans la gueule de bois (super drôle, au passage) est bien vu : à force de s'enivrer pour ressentir quelque chose, les persos comme le film se retrouvent seuls face à la peur du grand vide.

Je retiens un plan, surtout, qui in extremis au bout de la course, après tout un film réduit aux rapports de forces ramenant chaque échange à une sexualité crue et automatique, s'arrête enfin dans un de ses très rares gros plans, sur le visage terrifié d'un personnage qui va servir de substitut affectif à une autre :

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Heureusement qu'il est là, ce plan, sans lui le film aurait laissé traîné le doute d'une auto-satisfaction limitée à l'ambition de son petit manège. "Vous me rappelez quelqu'un" est une phrase qui parcourt le film, sans jamais trouver de réponse : si la ronde des pantins parvient au final à s'extraire un peu de son parfait système, à effleurer le tragique, c'est en laissant traîner l'idée que tous ces êtres froids cherchent tous la même chose : le goût d'un moment de leur vie, réel ou imaginaire, où ils pouvaient encore ressentir quelque chose.


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MessagePosté: 21 Avr 2011, 23:03 
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L'un de mes films préférés. "C'est ainsi que finit la ronde, tout comme moi vous l'avez vue, c'est la même pour tout le monde, je ne vous en dirai pas plus"... Je ne m'en lasse pas.

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MessagePosté: 21 Avr 2011, 23:04 
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Ça te gêne pas le côté un peu poético-gouailleur de cette chanson, justement ?
Je dois avoir un vrai problème avec ça, même chez les vrais réals de l'époque, ça me hérisse...


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MessagePosté: 22 Avr 2011, 09:10 
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Tom a écrit:
Ça te gêne pas le côté un peu poético-gouailleur de cette chanson, justement ?
Je dois avoir un vrai problème avec ça, même chez les vrais réals de l'époque, ça me hérisse...


Moi aussi.

Sinon, je n'avais pas du tout réussi à rentrer dedans, ça m'avait vite ennuyé.


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MessagePosté: 22 Avr 2011, 09:29 
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Inscription: 04 Juil 2005, 15:21
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Tom a écrit:
Ça te gêne pas le côté un peu poético-gouailleur de cette chanson, justement ?


Bizarrement non. Je dis "bizarrement" car j'ai habituellement énormément de mal avec ce type de cinéma (je préfère généralement la rudesse d'un Renoir à la "poésie" d'un Carné). La Ronde m'a semblé justement tellement différent de ce cinéma . Il y a une telle douceur, et surtout une telle liberté (le passage d'une saison à l'autre). J'adore lorsqu'un cinéaste se permet des trucs de ce genre : le gangster qui jure sur la tête de sa mère dans Tirez sur le pianiste, la vitrine qui explose derrière Guillaume Depardieu dans Les Apprentis, les panoramiques sur les immeubles dans Journal Intime... La Ronde est blindé de trucs de ce genre. Ca peut tourner au procédé, au tic de mise en scène, mais j'adore. Et il se trouve que j'adore la chanson du film.

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MessagePosté: 22 Avr 2011, 09:47 
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C'est avec ce film et "Lettre d'une Inconnue" que Max Ophüls est devenu un de mes cinéastes préférés.


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MessagePosté: 22 Avr 2011, 09:48 
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Localisation: In the Oniric Quest of the Unknown Kadath
Lettre d'une inconnue je l'ai vu juste après avoir lu la nouvelle de Zweig et l'adaptation massacre totalement l'oeuvre originale c'est atroce. J'avais été super déçu par le film par ailleurs alors que j'adore Ophüls par ailleurs.

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CroqAnimement votre


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MessagePosté: 22 Avr 2011, 12:56 
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Cosmo a écrit:
je préfère généralement la rudesse d'un Renoir à la "poésie" d'un Carné

Ah mais clairement moi aussi (et pourtant j'adore pas Renoir). Il reste des trucs néanmoins, dans La ronde. Toute l'ouverture, surtout, qui fait un peu sous-Guitry, j'ai du mal... En fait je crois que le seul où j'en réchappe, c'est Bresson (et encore, Les dames du bois de Boulogne c'est aussi là).


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MessagePosté: 26 Jan 2015, 13:46 
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Titilleur

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Messages: 67
Vu ce weekend et je crois que je vais devenir un inconditionnel d'Ophuls! Outre la maitrise technique, ce qui m'a le plus plu, c'est quand même cette liberté, ce ton bon enfant, au moment de parler de cul. Pour moi le seul réalisateur qui avait réussi ça, vraiment, c'était Pasolini avec ces mille et une nuits. Seul petit hic, cette horrible chanson. Je la déteste, je la trouve vieillotte et laide.


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