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MessagePosté: 19 Jan 2019, 17:00 
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Le panotage systèmatique de la caméra au début m'a horripilé. Autocitation immodeste de Gravity, il donne l' impression que le réalisateur essaye de refaire l'ouverture de la Soif du Mal à chaque plan, de façon complètement gratuite.
Pendant une heure, cela se calme, le personnage de la mère prend de l'ampleur, le propos social paraît sincère. C'est presque bien.
Puis cela devient de mon point de vue sinon abject, du moins douteux, avec la fin conjuguant la répression étudiante et la fausse couche. Cuàron organise une opposition entre la bourgeoisie blanche et le prolétariat indien qui coïncide exactement avec le rapport entre la maîtrise de l'image et la fait de subir son corps, sans que rien ne la laisse dérailler et mette de la vie dans ce qui est finalement un système. J'ai cru un moment à un chronique viscontienne mais me retrouve avec un film d'expiation d'une culpabilité petite-bourgeoise, enfantine et privée, où la souffrance de l'autre est l'adjuvant réaliste de la fiction.


Dernière édition par Vieux-Gontrand le 19 Jan 2019, 18:58, édité 1 fois.

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MessagePosté: 19 Jan 2019, 18:08 
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Inscription: 27 Déc 2018, 23:08
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Tetsuo a écrit:
Lohmann a écrit:
Tetsuo a écrit:
Bon, ça me rend curieux cette histoire de Grande Vadrouille là...

Scène finale dans les planneurs, en noir et blanc vu que le film de Cuaron est en noir et blanc, ça n'a vraiment pas lieu d’éveiller un quelconque intérêt.


Ah ok.



Mmm c'est quand-même la meilleure et la plus intéressante scène du film, placée au moment-clé, et elle n'est pas si anodine.

Le motif des planeurs se retrouve un peu plus tard avec l'homme-canon dans le bidonville, lors de la campagne électorale, lui aussi à l'arrière plan. Surtout les militaire allemands annoncent la police de la fusillade (les deux cinéaste filment de la même manière à la fois réaliste et fascinée le train routier des vehicule militaire, et la Volkswagen Kubelwagen, montrée d'ailleurs à la télé, est commune aux deux armée), tout comme le paysage à la fois vaste, organisé, familier et désert du film d'Oury annonce celui de l'hacienda. Le film articule ainsi le rapport à l'Europe, qui passe finalement moins à travers les attitudes et psychologies que les paysages et les espaces, dont l'humour des deux film voile le caractère ordonné. Ce qui est comique et relève de l'acte manqué en Europe peut devenir un principe d'ordre dans un contexte colonial ou post-colonial.

Ainsi, si l'étudiant que la police abat avait pu survivre en se cachant dans le placard du magasin, la dynamique de la scène n'aurait finalement pas été éloignée du comique la Grande Vadrouille.
La confrontation entre Cleo et Firmin devenu tueur pour la police rappelle aussi la manière dont le general châtie le tireur bigleux chez Oury (dans les deux cas le faut de tirer contre son propre camp est montré comme causé par la bêtise voire la débilité, complètement pré-ideologique)
Cuaron s'attardre aussi finement sur l'insert sur le parachute du pilote allemand, qui signifie que même les nazi ne sont pas tués dans la logique bon-enfant, mais aussi hyper historiciste, de Oury, aux antipodes de la manière dont Cuaron filme le même motif. Mais cette opposition apparente est aussi une proximité et un problème commun : la chute libre est pour Oury une excuse placée au bord de l'image et pour Cuaron une image primitive rattachée par l'expérience de cinéma à une forme de mémoire collective voire nationale, organisant la durée du récit, mais dans les deux cas le synonyme de la perte d'innocence, elle-même ratée et partielle. On accède à l'immortalité en même temps qu'à l'anonymat, par le fait d'être à la fois surnaturellement juste et de douter de soi, comme si la morale compensait de l'extérieur ce doute.

Sinon les personnages sont quand-même super-schematiques : le père que don cynisme rend hors-champ, l'amant lâche. Les bourgeois de l'hacienda ne sont pas differenciés. Même les enfants n'ont pas de vraie vie intérieure et ont des réactions assez stéréotypées, le film ne s'attache à personne hors de la bonne, complètement flaubertienne (hormis peut-être la grand-mère) toutes les scènes sont symboliques et chaque rencontre est rentabilisée pour faire bifurquer le récit. D'où les personnes truculents comme le catcheur et le rockeur en slip qui restent plus que les personnages centraux.


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MessagePosté: 11 Fév 2019, 07:55 
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Bon ok, j'ai pleuré

Au début du film, je n'aurais jamais présagé qu'il aurait cet effet sur moi. Le dispositif du film nous laisse à l'extérieur, sur le pas de la porte, à observer le quotidien de cette domestique autochtone, Cléo. C'est presque ennuyant. Le temps passe. Après 20 minutes, on s'ennuie, on observe. Une heure après, on s'ennuie toujours, malgré la froide beauté des images et la chorégraphie des plans séquences. Pourtant, quelque chose nous tient. Pendant tout ce temps-là, on accumule, on absorbe, (le temps qui passe, la solitude, les crottes de chien, les requêtes abusives, les maltraitances) comme le fait Cléo. On fait l'expérience du Mexique de ce point de vue. Et avant qu'on s'en aperçoive, il est déjà trop tard. La somme des difficultés accumulées par cette dame fini par nous broyer le coeur sans même que le film ait à nous pousser vers l'émotion. Ce que cette oeuvre réussit à faire, c'est d'abord de nous laisser le temps de s'imprégner de cette vie, mais aussi de nous y abandonner à nous-même. Et en tant que spectateurs en retrait, on ne peut s'empêcher de voir en Cléo le reflet du rôle passif que nous avons devant l'écran, impuissants devant l'inhumanité du monde, absorbant toute cette folie. A l'issue de cette expérience, on en sort, soit en larmes, soit en colère, ou bien en catharsis, selon notre capacité de résilience. De mon côté, c'était un mélange des trois.

Si j'ai tant tardé à voir le film, c'est à cause de cette immonde campagne marketing qui nous vend un bittersweet movie. Rien à voir. C'est un film sur l'effroyable solitude d'une femme qui absorbe absolument tout tout tout ce que les autres ne veulent assumer. On aurait presque envie qu'elle absorbe notre shit à nous aussi (et d'ailleurs, elle y arrive par la simple grâce qu'elle dégage), mais je crois que Cuaron a plutôt voulu nous engager à nous responsabiliser en pointant l'état chaotique d'un monde que seul les plus démunis s'emploient à nettoyer. C'est un film d'une tristesse infinie, et j'en suis sorti ravagé. Bon.

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MessagePosté: 17 Fév 2019, 23:15 
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Robot in Disguise
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Qui-Gon Jinn a écrit:
C'est bien évidemment ça qui est derrière, mais c'est justement cet aveuglement (le mot "providentiel" est bien choisi) qui est malaisant... Ils en parlent comme leur nouveau dieu.
Désolé mais putain j'en peux plus.

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Est-ce qu'il lui arrive de poster "Merci Paramount" en parlant d'un autre film ?

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MessagePosté: 17 Fév 2019, 23:55 
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Schtroumpf sodomite
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MessagePosté: 13 Fév 2020, 12:22 
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Le making-of d'1h12 Road to Roma en bonus du Blu-ray Criterion est aussi dispo sur Netflix.


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MessagePosté: 13 Fév 2020, 19:32 
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Robot in Disguise
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Inscription: 13 Juil 2005, 09:00
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Déjà-vu a écrit:
Le making-of d'1h12 Road to Roma en bonus du Blu-ray Criterion est aussi dispo sur Netflix.
J'ai commencé à le regarder du coup. Excellent.

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