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MessagePosté: 13 Nov 2019, 09:40 
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En commençant à voir le film, je me suis dit voilà le film typique pour Gontrand, ou le film France Culture, agrémenté d’une tendance au sarcasme, au ricanement qui m’a fait penser, car j’étais dans les comparaisons radiophoniques, au duo de France Inter Meurice/Vanhoenacker.
Le film a un petit côté Marche de l’histoire, est émaillé de références intellos, revenant sur un épisode qui n’est qu’en apparence périphérique de l’histoire avec un grand H, témoignant par là-même d’une ignorance coupable de notre part : le massacre des juifs en Roumanie pendant la Seconde Guerre Mondial. Il le fait par le biais d’une mise en abyme, procédé toujours commode pour accumuler les niveaux de lecture, ou créer des effets de distanciation.
Si par certains aspects, le film m’énerve, je ne lui reproche pas ses petites coquetteries intellos à la réflexion car 1) il parvient à être à la hauteur de ses prétentions 2) ce genre de films qui ne méprise pas son spectateur et cherche à engager chez lui une réflexion n’existe plus vraiment en France. Un dernier acte quasi-hollywoodien, dans le sens où il fait comme office de couronnement dans le film, la réalisation des préparatifs qui ont constitué le reste du film, comme peut l’être le combat final à la fin d’un Rocky qui parachève une longue suite d’efforts et de déconvenues, vient emballer le film et ses questionnements, qui sont ceux du personnage principal, de manière tout à fait limpide et admirable, convoquant en même temps chez moi le souvenir récent de Come and See et de son dernier acte.
Faire se jouer la mise en abyme du côté du spectacle vivant et non par exemple du cinéma est quelque chose de tout à fait brillant. Quand l’un des personnages, représentant du ministère de la culture, parle d’ « illusion comique » à propos de la nécessité d’éduquer le peuple, on n’est pas uniquement dans la citation coquette et décorative, même si on peut d’abord y voir d’abord le badinage d’un intellectuel, la référence, ou l’expression rappelant la pièce de Corneille, n’est pas entièrement gratuite. Paradoxalement, le spectacle vivant permet de mettre à jour de manière encore plus forte la distance qui nous sépare du passé, et nous le fait le reconsidérer, avec les personnages du film, de façon abstraite, ou même de manière ironique, à la façon d’une grande bouffonnerie, mais aussi son urgence, sa fragilité.
Ne connaissant pas grand-chose de l'histoire roumaine, certaines choses ont pu me paraître obscures, mais le film est très intéressant dans la manière dont il revient sur l'histoire du pays, qui lui a légué une sorte de phobie du communisme, que j'ai pu constater chez les quelques roumains à qui j'ai pu parler, et de la Russie, mais où a été escamoté l'empressement à massacrer les juifs dont a fait preuve la Roumanie d'Antonescu, l'auteur de la phrase qui donne son titre - percutant - au film.
Un des paradoxes du film, c'est que la protagoniste principale, qui est la metteuse en scène du spectacle, présentée comme ultra-renseignée sur son sujet dit dans dialogue :"si on se revendique de phares comme Eliade ou Cioran, ne faut-il pas qu'on assume aussi nos massacres", oubliant que Cioran était antisémite et favorable à une Roumanie fasciste. Le film ne précise pas si cet oubli est volontaire, l'interlocuteur ne la relevant pas.
Film passionnant sur la mémoire et la façon dont elle se transmet, le mélange de ressentiment et d'idéalisation dont elle semble nécessairement se composer pour, semble-t-il, ne pas dégénérer en haine de soi, comme si elle était indéfiniment viciée, ce que représente le dialogue qui court à travers le film entre l'héroïne idéaliste, rétive au travestissement des faits, et le fonctionnaire pragmatique, relativiste moral par commodité plus que par cynisme, qui cherche à atténuer un peu la force de sa charge.

Pour finir, quelque chose de curieux, en lisant la page Wikipédia sur le massacre d'Odessa, je lis :

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Un peu étonné qu'une petite municipalité de Lombardie prenne parti dans le conflit entre Ukraine et Séparatiste pro-russes en dédiant un square à 46 manifestants pro-Maidan morts à Odessa en 2014, et en liant cette commémoration à celle des 20 000 juifs massacrés à Odessa pendant la seconde guerre mondiale. Cela rejoint de manière frappante une question posée par le fonctionnaire :"A partir de quand peut-on parler d'un massacre? De dix ou de cent? ", et cette querelle des mémoires incessamment reconduite, où le scandale finit par se dissoudre dans les considérations arithmétiques.

Un film fait pour toi Gontrand !


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MessagePosté: 13 Nov 2019, 12:40 
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bmntmp a écrit:
Un film fait pour toi Gontrand !

Le reste du forum passez votre tour.
Je plaisante Gontrand :wink:


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MessagePosté: 13 Nov 2019, 16:55 
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C'est sympa, mais ce n'est pas le genre de film qui va sortir en Belgique (où on ne capte pas France Culture ni France-Inter... peut-être que j'ai une manière de m'exprimer "france-cul" par complexe de français né à l'étranger, qui se sent de moins en moins Français d'ailleurs, et où toutes les salles ont la même affiche) ou même à Lille (où on reçoit France Culture mais où l'UGC truste à présent toutes les salles de la ville)


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MessagePosté: 13 Nov 2019, 17:38 
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Je te mettais pas dans le sac France culture que j'écoute jamais mais je suis persuadé que le film t'intéressera et je serais curieux de te lire dessus. Le film est sorti en février donc le dvd est peut-être sorti.


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MessagePosté: 13 Nov 2019, 18:23 
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Citation:
Un des paradoxes du film, c'est que la protagoniste principale, qui est la metteuse en scène du spectacle, présentée comme ultra-renseignée sur son sujet dit dans dialogue :"si on se revendique de phares comme Eliade ou Cioran, ne faut-il pas qu'on assume aussi nos massacres", oubliant que Cioran était antisémite et favorable à une Roumanie fasciste.


Sa phrase prend justement en compte ce passé et n'a rien de paradoxal : l'ambiguïté du passé et celle du présent ont des ressorts différents, sans que cette différence doive mener au relativisme.


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MessagePosté: 13 Nov 2019, 20:14 
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Non mais dans la phrase, il m'a semblé qu'elle évoquait Cioran comme une incarnation des Lumières roumaines, qu'elle opposait à l'histoire politique du pays, alors que ce n'est pas vraiment le cas, quels qu'aient pu être les désaveux de Cioran ensuite (dont je ne sais pas en quoi ils consisteraient vu que je ne suis pas renseigné sur la question). Dans tous les cas, une ambiguïté sur cet héritage ressort bel et bien, qu'elle le veuille ou non, mais je ne comprends pas bien ce que tu voulais dire.
4 février 2020 pour le dvd, près d'un an plus tard.


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