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Ton explication ne contredit pas ma remarque, qui ne portait pas précisément sur la déconstruction mais sur le caractère de dérivation absolue qui est supposé justifier le cinéma de Del Toro. Mais où est la trace lovecraftienne chez Del Toro? Non, son caractère dérivatif ne bute pas sur un quelconque excès, encore moins sur une altérité, on est dans un système précisément fermé, très bien caractérisé par lui-même et par l'ensemble auquel il appartient. Chez Clive Barker oui, il y a du refoulé, du trauma, notamment dans l'inclusion d'une religiosité détournée dans laquelle ce qui est transcendant au langage ou au représenté est incarné dans la perversion de la représentation. Mais chez Del Toro? Je veux bien croire que je suis passé à côté de quelque chose, mais je préfèrerais que tu me dis où tu vois ces choses là, dans quels gestes formels ou symboliques, chez Del Toro, plutôt que tu me sortes cette argumentation généraliste que du reste je connais très bien et qu'il m'est arrivé de développer de façon plus ou moins similaire mais que dont je ne vois absolument pas l'incarnation chez Del Toro.
Quant au manichéisme, soit, mais c'est Del Toro qui cède à la non-inclusion du négatif, qui maintient le fantastique au niveau du conte. Il ne rabat pas dans Le Labyrinthe le conte sur sa représentation choisie du réel, il ne mène pas sa métaphore (et part là le processus d'initiation) au bout mais la maintient dans son statut de métaphore, alors qu'il pose en face une représentation d'une "réalité historique". Deux positions qui ne coexistent pas, qui ne se contredisent pas, et qui n'entrent au mieux que dans un rapport symbolique vague qui voudrait peut être récupérer l'universalité des mythologies mais qui n'assume pas le statut vécu des positions à l'intérieur de l'oeuvre. Si initiation il y a, c'est une initiation ratée, qui ne parvient pas au réel que le film pourtant pose, pas d'aufhebung à l'intérieur de l'oeuvre si on reste dans le langage hégélien - ce qui est peut être le sens du film, mais je ne suis pas certain que beaucoup l'aient vu comme cela. C'est là où Del Toro échoue en tant que créateur, il subit la lecture du spectateur. Il ne peut s'agir pour le spectateur de refaire la généalogie du film.
Après, je ne suis pas certain qu'on se comprendra réellement tant qu'on ne parlera pas d'éléments précis dans les films, même si au fond, je pense qu'on a simplement un désaccord de goût, la position de Del Toro te satisfait/te convient sur un plan esthétique, pas moi.
_________________ Nothing and no one can save you! Abandon hope now! Here's what you can do : 1. Admit you are a semi-evolved ape-thing mercifully ignorant of the sanity-blasting truths of the greater cosmos. 2. Die. 3. Rot.
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