aka Englouti
Au large de la côte californienne, Jay Gardiner part à la recherche de la dépouille de son père récemment disparu. Alors qu’il sonde les fonds marins, le jeune plongeur se retrouve soudainement avalé par un énorme cachalot. Piégé dans l’estomac de l’animal, il ne lui reste plus qu’une heure d'oxygène. Ce pitch improbable me fait bander depuis que j'ai entendu parler du
best-seller et il n'était pas étonnant de voir quelqu'un comme Duffield s'y atteler, promettant un film de genre fun et malin. Les deux mecs à côté de moi ont commenté presque tout le film avant que je les calme, avec des
"putain..." audibles de spectateurs consternés par ce qu'ils voyaient et, honnêtement, ça peut se comprendre tant le film est globalement dans le saut de foi constant.
I mean, un huis-clos dans une baleine? Pour ma part, c'était
You sonuvabitch, I'm in.
Le principal code du
survival est de voir comment le protagoniste va réussir à s'en sortir armé uniquement de sa jugeote et des moyens du bord mais ces moyens du bord appellent autant à l'ingéniosité de la part du héros que de la suspension d'incrédulité de la part du spectateur.
Fonzy jumped the shark so that Duffield could fall a whale. C'est globalement abusé tout le long...et pourtant, j'ai marché.
Sans doute parce que l'écriture assume à 200% son
high concept ubuesque et que la mise en scène assure que l'expérience soit la plus immersive possible. Implantée en moi durant l'enfance par les
Les Dents de la mer, la peur de l'eau et plus précisément de l'inconnu marin, de cet infiniment grand duquel les pires cauchemars peuvent surgir, plus réels que tous les croque-mitaines tapis dans le noir, est parfaitement exploitée durant le premier acte. La caméra de Duffield sonde cette profondeur de champ brumeuse en laissant la terreur s'installer et finalement apparaître avec une vitesse et une ampleur plus effrayantes que n'importe quel
jumpscare. Quand le jeune plongeur nage pour sa vie, t'es avec lui, tu vois l'inéluctable arriver, tu sais où ça va mais tu peux pas t'empêcher de l'encourager mentalement pour qu'il s'en sorte putain, tu t'identifies, tu sens l'étau se resserrer, le découpage attisant bien la claustrophobie comme il faut.
C'est pourquoi on pourra regretter cette structure en flashbacks illustrant le rapport conflictuel du protagoniste avec son père, escamotant l'unité de temps pour de la caractérisation cliché qui tombe même dans un certain systématisme quand les souvenirs viennent inévitablement servir de rappels à ce que le héros doit faire. On est dans
Slumdog Millionaire ou quoi? On pense régulièrement à
Seul au monde, qui semble directement cité, ainsi qu'à
Gravity, et tous deux faisaient preuve d'une remarquable épure narrative, même quand il était question de
backstory et de trauma. Par ailleurs, après
No One Will Save You et son parti-pris de film quasi-muet, il est étonnant de voir Duffield avoir autant recours à la verbalisation de sa dramaturgie, d'autant plus superflue qu'elle se fait de plus en plus grossière, notamment dans un troisième acte qui rend évidente l'analogie jusqu'à présent plus "subtile".
Le genre est particulièrement propice aux allégories et le parallèle entre le véritable chemin de croix que vit le personnage, allant de torture en torture dans le ventre de la bête comme autant de cercles de l'Enfer (superbe
sound design communicatif bien douloureux), et l'apprentissage à la dure imposé par son père incarne ce postulat de série B, accouchant même d'un propos pertinent et original dans son ambivalence vis-à-vis de la figure paternelle, dont on ne peut nier les leçons tout en devant s'extirper de son emprise.
Dommage que le bavardage entame quelque peu l'émotion mais sinon j'ai trouvé ça franchement cool et même beau et puissant par moments.