La réalisatrice du remake d'un film d'horreur devient obsédée par l’actrice mystérieuse qui incarnait la "final girl" dans le film original...Sans même avoir lu le synopsis, le film assume sa nature méta dès son titre, comme une collection de mots-clé du
slasher. Néanmoins, le vaste programme de Jane Schoenbrun pousse la déconstruction beaucoup plus loin et ce qui commence par marcher dans les traces de la comédie façon
Scream pour zoomers se mue petit à petit en un concept beaucoup plus étrange,
"Portrait de la jeune fille en feu au sein d'une suite de Vendredi 13" comme le pitchait l'auteurice, explorant encore une fois la nature transformative de la pop culture en refusant toute sur la question woke, la sexualité, le corps, la fiction et la réalité.
Dans
I Saw the TV Glow déjà, une série fantastique servait de matrice à l'éveil des personnages et l'une des séquences les plus marquantes d'honnêteté voyait le héros en redécouvrir des années après les images, aujourd'hui ringardes à ses yeux. Le générique de
Teenage Sex and Death at Camp Miasma retrace le parcours forcément reconnaissable d'une franchise horrifique (ouvertement calquée sur
Vendredi 13 donc, jusque dans la typo) mais un amour sincère émane de la façon de filmer chaque
lobby card, chaque produit dérivé pourtant ridicule. Dieu sait que je trouve le genre pauvre et la saga singée ici quasi-catastrophique et pourtant tout m'a parlé dans ce fétichisme.
Cela étant dit, Schoenbrun évite précisément de tomber dans la simple nostalgie. Au contraire, son film porte précisément sur la friction entre l'œuvre passée et le regard que l'on pose dessus aujourd'hui, confrontation incarnée dans la rencontre entre une jeune réalisatrice lesbienne polyamoureuse et une actrice presque sexagénaire. Dans un premier temps, on navigue dans une satire où tout le monde se fait recadrer, tant les producteurs de
legacyquels emprunts de
wokewashing que l'artiste
queer prompte à placer ses pronoms et à dénoncer telle séquence d'un film des années 80 comme transphobe. En réalité, le film s'avère beaucoup plus intelligent dans sa relecture des classiques problématiques et s'il paraît
name-dropper un peu lourdement
Sunset Boulevard ou
Psychose, notamment avec le personnage de Gillian Anderson qui tient autant de Gloria Swanson que de Norman Bates, c'est pour mieux remettre en question l'exploitation monstrueuse de la transidentité dans le cinéma d'horreur.
Un plan-séquence prolongé, situé quelque part entre le film dans le film et un autre stade, flou, de réalité, comme en témoigne sa chanson anachronique, opère une réappropriation d'une caractérisation discriminatoire en adoptant la subjectivité du personnage et c'est incroyablement cathartique. Soudain, le
boogeyman au look délibérément risible sort de sa chrysalide sous nos yeux.
In a Violent Nature could never.
Schoenbrun ne
cancel rien. Iel relit. Iel accepte qu'une œuvre même contestable selon les mœurs actuelles peut avoir une signification autre, peut être le sujet d'une interprétation différente, qu'il ne faut pas nier l'importance qu'elle a pu avoir sur son public.
Si
Scream s'attaquait aux codes du genre,
Teenage Sex and Death at Camp Miasma s'attaque davantage à son fond, et plus exactement à son sous-texte psychosexuel. Le film n'est pas particulièrement subtil là-dessus : en regardant un des épisodes de la saga pour prendre des notes, la réalisatrice écrit en gros dans son carnet
"DESIRE" et le tueur de la licence s'appelle...Little Death. Une fois de plus, par le truchement du film dans le film, Schoenbrun traite de la nécessité de transcender le corps, évoquant l'état dissociatifs comme le voyeurisme, inversant le rapport entre celui qui regarde et celui est regardé, celui qui est pénétré et celui qui pénètre, dans une mise en abyme vertigineuse qui achève de faire du film non pas une "déclaration d'amour au cinéma" (ou les slashers nuls) mais pour les
kinks les plus inavouables, à assumer sans honte pour atteindre l'extase cathartique.
À chaud, je le trouvais moins abouti que son précédent mais il n'a cessé de me trotter en tête et c'est vraiment un incroyable métafilm dense et non-binaire de bout en bout