
les histoires aussi simples et efficaces c'est vraiment mon délire.
la perfect housewive qui est en fait une psychopathe totalement dégénérée ==> tout est là, j'adore.
après il y a toujours la question de ces pitchs trop simples, trop forts, de ce qu'ils en font - exploitation forte dans les 15 premières minutes qui s'effondrent, ou on part vers autre chose, ou on tire le fil mais le charme s'essouffle...
mais dans un premier temps, dès la première scène, c'est la satire de la vie wasp de classe moyenne-supérieure, dans son pavillon individuel de banlieu qui frappe. l'impression qu'on a grandi avec un cinéma (et séries télés aussi, l'apparition de suzanne sommers m'a rappelé ma belle-famille et les séries de l'époque qui diffusaient aussi ce modèle) qui l'utilisait comme norme basique, incarnation de la vie occidentale et aspiration légitime de tout le monde.
et que ça a très largement disparu.
du coup c'est intéressant, ça rend le film quasiment obsolète - dans l'absolu, ça se moque de simulation de perfection et de promotion du stade suprême de la civilisation qui cache, bien sûr, ses perversions diverses et variées.
sauf que ce travail de déconstruction a bien été fait, ce modèle-là n'est plus particulièrement promu par qui que ce soit dans la pop culture.
un exemple est que le film est à 99% blanc, avec les deux individus noirs qui sont 1/ une mère convoquée à l'école parce que son enfant se comporte mal et 2/ un éboueur. ce qui est, naturellement, tout à fait reflechi et volontaire.
du coup, ce n'est pas tant que le film est obsolète qu'il est plus précurseur - de mouvements culturels qui dépassent les élections.
donc, un modèle social promu mais qui est évidemment mensonger et laisse bien des gens sur le carreau - ce qu'il brocarde et cette notion est devenue majoritaire.
et puis il y a des choses qui ne changent pas - la manière dont il dénonce / s'amuse de la célébration du crime et de sa mainstreamisation, la manière dont c'est en vrai du divertissement de masse. donc il y a la mère groupie en secret des pires serials killers, la blague "je dois prendre un avocat ?" "d'abord, un agent !" qui n'a pas vieilli, le cirque du procès, l'adaptation ciné, etc.
mais le plus marquant est efficace, là-dedans, est le ton. d'un côté, il y a donc du fond, vraiment tout est pensé dans le film, il y a un discours, une vision de la société, tout ça, et c'est quand même à la sulfateuse.
d'un autre, c'est léger, rigolo, amusant, dans un emballage de divertissement fort plaisant, ça se transforme sans état d'âme en slasher quand il faut, en film de procès ludicrous, blindé de blagues, ça peut être pris pour une comédie complètement couillonne et ça ne lui pose aucun problème. il y a une élégance merveilleuse à ça, et par ailleurs extremement efficace.
j'ai aussi adoré la prestation de kathleen turner. elle est drôle, effrayante, à la fois satirique et premier degré, et fondamentalement crédible en psychopathe totale dans une vie de housewife de banlieue. ça devait être vraiment dur de trouver le bon degré, je vois dans les critiques us de l'époque qu'elle a été critiquée, j'ai trouvé ça parfait, moi.
bref, très chouette, et encore un film où c'est très ludique d'imaginer à quoi ressemblerait un remake français contemporain.