Ca fait un moment que je voulais revoir ce qui a été un de mes films de chevets depuis sa découverte au Gaumont Grand Ecran Italie en août 1995 et comme je travaille sur un projet avec certains points communs, c'était l'occasion de s'en inspirer.
C'est vraiment un film qui s'en BAT LES COUILLES.
J'entends pas par là qu'il s'agit d'un
actionner décomplexé façon Michael Bay mais qu'un parfum de post-modernisme traverse le film. Quand McTiernan tourne le premier
Die Hard, il cherche la modernité. Il y a déjà un bond entre son
Predator, antérieur d'une année seulement, et ce film pour lequel il affirme avoir voulu une sensibilité européenne, expliquant pourquoi il est allé chercher Jan De Bont. Mais il n'est pas revenu pour le deuxième et entre temps, il s'est amusé à pasticher un genre et un style qu'il a aidé à fonder, avec
Last Action Hero. Il ne pouvait pas revenir faire la même chose.
Il s'en bat les couilles dès les premières secondes avec, pour seul générique, le titre s'inscrivant en deux temps avant de foncer vers l'objectif au rythme du trio de double-notes ouvrant
"Summer in the City", similaire aux trois coups précédant l'ouverture du rideau au théâtre. Et c'est parti. Quelques plans de New York et BOOM. On est lancés. McT il a pas ton
time.
Dans le premier
Die Hard, Bruce Willis faisait déjà figure d'alternative plus "humaine" aux montagnes de muscles des années 80 mais McClane ayant désormais
saved the day par deux fois, McTiernan se doit de le rabaisser une fois de plus et j'avais jamais percuté à quel point il est vraiment présenté comme un déchet au début. On dit qu'il faut le sortir de son trou, il a une gueule de bois et de déterré, ses collègues le regardent de haut, filmés en contre-plongée, on apprendra après qu'il avait été suspendu puisqu'on lui rend son badge (en plus d'être en froid avec sa femme). Quelque part, on est encore chez Shane Black, avec un Willis plus proche du Joe Hallenbeck du
Dernier samaritain que du McClane des deux premiers films. Un loser, limite.
Et tout le film va globalement se foutre de sa gueule. Comme Simon.
A l'origine, il y a un
spec script intitulé
Simon Says, que l'on a d'abord cherché à transformer en épisode de
L'Arme fatale avant d'en faire un
Die Hard, et qui, comme son titre l'indique, recèle une qualité ludique inhérente à son concept de "Jacques a dit", où l'antagoniste s'amuse à soumettre le héros de film d'action à des épreuves ineptes, consistant à résoudre des énigmes et à le faire cavaler d'un bout à l'autre de la ville, comme pour une chasse au trésor.
J'aurais pu tout aussi bien dire "d'un bout à l'autre de la map" tant le film reproduit les codes du jeu vidéo (et là je vais copier/coller ce que j'écrivais dans mon texte pour filmdeculte il y a quelques années), "se rendant de téléphone en téléphone comme l’on se rend à un point précis dans un jeu vidéo afin de recevoir les informations nécessaires concernant la prochaine épreuve à résoudre, qu’il s’agisse d’une course en taxi ou d’une bombe à désamorcer ou tout simplement d’un problème mathématique. Le récit a donc l’intelligence de légitimer le cahier des charges imposé par le cinéma d’action (ou même à s’en moquer comme en témoigne l’énigme des bidons d’eau), un genre qui ne peut plus se permettre le huis clos à suspense du premier tome.
Et pour les mêmes raisons, l’œuvre ne peut non plus se limiter à une mise en scène eighties et opte alors, en bon précurseur, pour la prochaine forme à venir, caractérisée par l’usage intensif de la caméra portée. En cela,
Une journée en enfer annonce déjà en partie la charte visuelle choisie, six ans plus tard, par la série
24 ou la trilogie Jason Bourne (
La Mémoire dans la peau,
La Mort dans la peau,
La Vengeance dans la peau)."
Le film ne peut éviter de se transformer en film d'action plus classique dans son dernier tiers, avec une surenchère qui effectivement aujourd'hui m'apparaît un peu plus abusée qu'à l'époque, mais on est encore loin des
"You just killed a helicopter with a car!" du tome suivant. L'ancrage apporté par McTiernan permet de faire passer la pilule. Et vraiment, quelle incroyable mise en scène de la tension, j'en aime le moindre détail. J'ai envie de mettre en exergue certains des gros plans de ce film, comme celui, prolongé, sur le combiné et les yeux du commissaire pour se concentrer sur le menace d'une voix au téléphone, ou ce travelling avant qui vient resserrer le cadre sur l'écusson de l'uniforme d'un méchant déguisé en vigile de la Réserve Fédérale, ou celui, partiellement tordu par le reflet dans la porte dorée de l'ascenseur, du badge aux chiffres trahissant que ce dernier a été subtilisé au collègue de McClane...
Citation:
J'adore également comment McTiernan conjugue des moments de pure mise en scène concept à la fois épurés et voyants (le looong et très serré gros plan sur Cobb qui reçoit le premier coup de fil de menace ; la mort de Targo vu dans les gros plans des yeux de Simon et la fausse Tea Leoni...)
Voilà, deux plans qui m'ont toujours fait tripper.
Le premier film m'est évidemment culte et sans aucun doute plus cohérent de bout en bout (sans faute à l'exception de la résurrection de Karl) mais je lui ai toujours préféré celui-ci, précisément parce qu'il a ce côté avant-garde et joueur. En un sens, davantage de ma génération même s'ils ne sont séparés que de sept ans.
snaky a écrit:
Rien n'égalera jamais le premier, le seul vrai "plus grand film d'action de tous les temps" (avec
Invasion Los Angeles de Carpenter

)
mdrrrrrrrrrrr
Qui-Gon Jinn a écrit:
J'adore comment McTiernan remplace l'onctuosité du 1 par une énergie débordante. C'est franchement un film qui ne s'arrête jamais, c'est presque trop (la poursuite en voiture sous la pluie post-éjection du tunnel, tu te demandes ce que les méchants font là d'un coup).
ALors j'ai découvert un truc improbable en le revoyant hier.
Je ne sais pas si c'est le cas de toutes les éditions, mais sur ma version, les sous-titres anglais pour les passages en allemand sont gravés sur la copie donc obligatoires, et lors de la scène du Yankee Stadium, quand le sniper demande à son collègue s'il doit tuer Zeus et que l'autre lui répond que non, le sous-titre anglais (donc "original") est
"We'll follow him." alors que le sous-titre français est
"Il nous faut l'autre". Le sous-titre français n'explique pas qu'ils entendent le suivre pour qu'il les mène à McClane, simplement qu'ils ont pour ordre de ne pas tirer.
Cela étant dit, je soupçonne le sous-titre français d'être une traduction directe de l'allemand car, plus tard, un personnage dit
"zwanzig Minuten" et le sous-titre anglais est
"dix minutes" alors que le sous-titre français traduit ça correctement en
"vingt minutes".
J'en déduis qu'au moment de la post-production, ils se sont rendus compte que le spectateur ne pourrait pas faire le lien entre
"Il nous faut l'autre" et la soudaine présence des méchants en bagnole qui tirent sur McClane et Zeus lorsque ce dernier tombe (par hasard) sur McClane éjecté du tunnel, et qu'ils ont donc changé le sens de la réplique allemande via le sous-titre en se disant que globalement personne dans le public ne comprendrait le sens original.
Citation:
Larry Bryggman en Cobb justement est excellent, d'ailleurs c'est quoi cette filmo nawakesque ? DIE HARD 3 est son premier film depuis 1983, et après il passe cinq ans sans tourner ?
(edit: je suis allé voir et il jouait dans un soap)
Mais oui! Le Commissaire Gordon avant l'heure! En fait, c'est avant tout un acteur de théâtre. Ceci explique cela.