
un film d'un autre temps...
ce qui est drôle, parce qu'il se fait déjà clairement en référence à des hollywood epics d'une autre époque.
et pour moi ça a longtemps été l'incarnation de "l'oscar du meilleur film" - il a eu celui là plus meilleur réalisateur (alors que c'est vraiment mega academique et sans éclat particulier - mais c'était une petite année), scénario, art direction, photo, musique... (et meryl streep était nommée mais pas redford, comme di caprio zappé pour titanic, les bellâtres ne sont pas reconnus.)
et à le revoir c'est vraiment un cinéma un peu disparu. ça dure 2h40, avec un rythme fort lent qui rendrait les gens fous aujourd'hui. tourné évidemment sur place, dans des conditions aventureuses, à passer des heures à choper la bonne lumière, tout ça. (il y a quand même *un* fond vert absolument dégueu et totalement incongru - je suppute un problème de tournage). c'est porté par ses deux movie stars venues de l'espace, chaque plan avec eux est assez spectaculaire - ils savaient les repérer, les porter, monter les bons projets pour les faire exploser etc. puis c'est donc un grand epic à l'autre bout du monde, porté par une jolie histoire d'amour. je me suis fait le calcul que titanic n'a que 12 ans de moins que lui, et donc en fait, le temps de l'écrire et le réaliser etc, c'est porté dans son cerveau par ce modèle et ce succès là. puis il me semble que tout ça meurt avec pearl harbor ?
puis d'un autre âge dans le fond, parce que ça raconte donc une grande bourgeoise danoise qui s'installe au fond de l'afrique pour ouvrir une ferme - qui se transforme en plantation de café. et elle y vit dans le petit milieu des blancs locaux, en contact avec les - pardon, mais c'est ce que c'est - bons sauvages, avec une histoire d'amour avec le baroudeur local. et le film est très confortablement sur les 'aspects positifs de la colonisation' - elle vient créer de la richesse sur place, elle apprend l'agriculture aux locaux et exploite le sol qui ne servait à rien, elle s'organise pour soigner et apprendre à lire aux populations, il y a un vague backdrop de guerre mais pour la contexualisation, point. le film passe 0 secondes sur les locaux ou quoi - on est à 100% chez les européens. et c'est du coup marrant de faire la comparaison avec
australia, qui ressemble beaucoup au début et par bien des aspects mais en version conforme à la lecture contemporaine.
c'est tellement marqué, tellement formaté pour plaire à son public de l'époque (j'imaginais les hordes de femmes du même âge que meryl streep dans les salles de cinéma...) que c'est dur d'être vraiment en passion ou particulièrement touché. mais c'est historiquement intéressant - autant pour ce qui est montré en soi que pour la manière de concevoir le film. et c'est quand même blindé de beautés - les plans sur la nature y vont franco et ça reste à couper le souffle, robert redford est dingo, c'est extremement romanesque, c'est tout un imaginaire qui a marqué beaucoup de cerveaux - et pour cause.
mais bon.