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MessagePosté: 18 Jan 2026, 23:36 
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Robot in Disguise
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Inscription: 13 Juil 2005, 09:00
Messages: 38965
Localisation: Paris
Paul, un Américain établi à Paris, et Jeanne font connaissance alors qu'ils visitent, un matin d'hiver, un grand appartement vide. Ils font l'amour sans rien savoir l'un de l'autre.

Je me rends compte que je n'ai vu... aucun film de Bertolucci. Autant voir directement le plus légendaire.

Le début est des plus chelous, j'avais l'impression de voir une pièce de théâtre adaptée au cinéma mais à peine déguisée: ce décor décati et vide avec Jeanne qui entre, Paul déjà posé là dans un coin. Y a un côté ascétique, essentiel, jusque dans cette séance de baise impromptue sortie de nulle part.

Le film se fait ainsi à plusieurs reprises déroutants. Jeanne et Paul entament une sorte de "relation pornographique" où tu te dis que l'animalité de Brando sera intestable face aux élucubrations de Jean-Pierre Léaud, le fiancé de Jeanne, sorte de réalisateur nerd qui utilise Jeanne d'une autre manière, comme matière de son film en tournage. Cependant, Jeanne ne tourne en rien le dos à Léaud, le film n'érige pas une sorte d'opposition factice entre ces deux "choix".

De toute façon le film n'est qu'ambigüité de bout en bout: sur les identités, les masques que les personnages mettent ou non, l'amour et le cul, l'attirance et l'emprise...

Respect absolu pour Brando, énorme performance. Tu sens qu'on est dans un truc constamment sur le fil, imprévisible à chaque instant.

Après je mentirai si je disais que le film ne m'avait pas un peu fait chier. L'aspect scandaleux du sujet et du traitement qui avait tant fait jaser au moment de la sortie ne font plus le même effet aujourd'hui. Mais il reste néanmoins une animalité, une sorte de drive sexuel morbide qui habite le film et le rend troublant.

_________________
Liam Engle: réalisateur et scénariste
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MessagePosté: 18 Jan 2026, 23:45 
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Inscription: 30 Mar 2012, 13:20
Messages: 12525
Je me reconnais beaucoup dans ton dernier paragraphe.

Je te recommande 1900 en version intégrale.


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MessagePosté: 01 Aoû 2026, 07:25 
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Inscription: 20 Fév 2008, 19:19
Messages: 10644
Localisation: Ile-de-France
Difficile de voir ce film vierge de tout a priori et sans nos lunettes d'aujourd'hui, mais il m'a semblé tout de même que si le film a pu faire polémique dès sa sortie, ce n'est pas parce que ça filme une liberté jamais filmée et que ça choquerait des moeurs conservateurs, mais parce qu'au contraire ça filme un enfermement et une toxicité assez insupportables et emblématiques d'un patriarcat qui n'a déjà plus les oripeaux de la respectabilité. Ce film c'est un peu la secousse violente de la crise du patriarcat.

Et c'est à la fois le grand mérite de Bertolucci (avec des observations très pertinentes comme par exemple les deux hommes qui sans se concerter décrètent qu'ils n'aiment pas les fins et préfèrent quand ça recommence immédiatement, comme une reconduction infinie du harcèlement et de la domination; ou bien cette tirade "j'en ai marre de me faire violer" dite avec une ingénuité sidérante) mais aussi sa grande limite et sa faute quand on regarde l'ensemble et qu'on se dit qu'il voit l'amour fou comme cela: domination, humiliation par le mec et comportement de femme-enfant de l'autre côté, avec une fin bien sûr dans le cliché le plus pur
alors que c'est bien plus souvent la femme qui finit morte
. Je suis quasi certain que la scène du beurre m'aurait paru bien pénible même sans savoir que Schneider y a été flouée et exploitée. C'est un viol (diégétique, parce ça reste simulé par les acteurs, je crois) des plus brutaux qui est montré sans fard.

Evidemment le but de Bertolucci est aussi de montrer que les agissements de Brando découlent directement de son chagrin d'amour précédent, et l'enfermement montré dans son hôtel est assez original, même si ce n'est pas le versant le plus connu du film. La mise en scène est impressionnante pour faire converger tout le morbide d'une situation dans des corps qui s'unissent et se désunissent.


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