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MessagePosté: 28 Oct 2011, 23:05 
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Viridiana va bientôt prononcer ses vœux et s'enfermer dans un couvent. Mais, à la demande de la mère supérieure, elle vient une dernière fois saluer son oncle en son domaine, riche bourgeois qu'elle n'apprécie guère. Le vieil homme tombe rapidement amoureux de sa nièce, et tente de la garder plus longtemps auprès de lui...


Bunuel fait pour moi partie de ce petit club privé que chacun cultive dans le jardin de sa propre cinéphilie : l’enclot des cinéaste fondamentaux qui nous laissent complètement froid. Même si je suis loin d'avoir tout vu, je ne suis absolument jamais rentré dans ce cinéma qui me semble, de loin (j'imagine bien que les fans y voient quelque chose de plus profond), se limiter à un jeu de massacre satisfait de la bourgeoisie et de la religion. Je savais, par l'amour qu'on lui porte, que celui-ci serait un peu différent, et c'est le cas.

Cela se joue en fait surtout dans la première partie : tout aussi viciée soit elle, j'ai l'impression que la pureté (même si souillée, haïe, illusoire) émeut quelque peu Bunuel. Un peu comme les icônes qui, chez Pasolini, une fois mises à l'épreuve de la terre sale, rendues brutalement rêches, reviennent au film franches et belles, enfin aimables. Parce qu'il épouse le regard fasciné de l'oncle, le premier tiers du film parvient à recréer un certain lyrisme religieux, jamais sectionné de son pendant trouble par le tranchant malvenu d'une ironie. Dans les passages de somnambulisme, ou encore de la mise au lit, l'imagerie blanche chante autant la beauté perverse de l'inceste que celle des saints qu'on va corrompre. La grâce naît du malsain du désir fou de l'homme autant que de la raideur aride de la jeune fille fermée au monde. Dans cette configuration, l'ensemble atteint un point d'équilibre qui fait que je peux m'en émouvoir.

La suite n'est pas vraiment différente : il y a dans ce film quelque chose que je ne retrouve de toute façon pas dans les autres Bunuels - la danse d'un symbolisme tellement présent et mis en avant que le regard en dévie. Là où j'ai habituellement l'impression qu'il représente une fin, ce film approche au contraire le symbole de manière presque chorégraphique (l'icône c'est son sujet, après tout), glissant d'une situation à l'autre avec une fluidité jamais gênée, n'arrêtant pas sa course dans un effet de démonstration (quand l'oncle avoue son projet, aucun temps d'arrêt didactique : le film continue sa ronde)... Impression qu'on m'emmène enfin ailleurs. Tout comme on glisse entre les points de vue des habitants du manoir, le cinéma de Bunuel valse gracieusement de la bouffonnerie à l'horreur, de la grâce à l'abject. Mais je reste néanmoins un peu moins bluffé que lors de cette longue et sublime ouverture nocturne.

Je doute retrouver un Bunuel qui me conviendra autant que celui-là, où je pourrai revoir des scènes aussi poignantes. Je ne pense pas changer d'avis sur ce cinéaste, mais ça m'a fait plaisir de pouvoir partager l'admiration générale dont il fait l'objet le temps d'un film.


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MessagePosté: 30 Oct 2011, 11:56 
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Tom a écrit:
Bunuel fait pour moi partie de ce petit club privé que chacun cultive dans le jardin de sa propre cinéphilie : l’enclot des cinéaste fondamentaux qui nous laissent complètement froid. Même si je suis loin d'avoir tout vu, je ne suis absolument jamais rentré dans ce cinéma qui me semble, de loin (j'imagine bien que les fans y voient quelque chose de plus profond), se limiter à un jeu de massacre satisfait de la bourgeoisie et de la religion.


Heu, là c'est pas tant les fans qui y voient autre chose que toi qui en a une vision hyper caricaturale quand même. J'ai vu quasiment tous les films de Bunuel et il n'y en a aucun que je qualifierais de "jeu de massacre", et encore moins "satisfait" (à la rigueur, le plus proche du jeu de massacre serait pour moi Viridiana justement...).

Citation:
Dans cette configuration, l'ensemble atteint un point d'équilibre qui fait que je peux m'en émouvoir.


Mais peut-être que la vocation des films de Bunuel n'est pas toujours d'émouvoir.

Citation:
La suite n'est pas vraiment différente : il y a dans ce film quelque chose que je ne retrouve de toute façon pas dans les autres Bunuels - la danse d'un symbolisme tellement présent et mis en avant que le regard en dévie. Là où j'ai habituellement l'impression qu'il représente une fin, ce film approche au contraire le symbole de manière presque chorégraphique (l'icône c'est son sujet, après tout), glissant d'une situation à l'autre avec une fluidité jamais gênée, n'arrêtant pas sa course dans un effet de démonstration (quand l'oncle avoue son projet, aucun temps d'arrêt didactique : le film continue sa ronde)... Impression qu'on m'emmène enfin ailleurs. Tout comme on glisse entre les points de vue des habitants du manoir, le cinéma de Bunuel valse gracieusement de la bouffonnerie à l'horreur, de la grâce à l'abject. Mais je reste néanmoins un peu moins bluffé que lors de cette longue et sublime ouverture nocturne.


J'ai pas vu le film depuis un moment et j'avoue avoir du mal à comprendre de quoi tu parles.

Citation:
Je doute retrouver un Bunuel qui me conviendra autant que celui-là, où je pourrai revoir des scènes aussi poignantes. Je ne pense pas changer d'avis sur ce cinéaste, mais ça m'a fait plaisir de pouvoir partager l'admiration générale dont il fait l'objet le temps d'un film.


Essaie peut-être des films qui se passent hors cadre bourgeois et religieux, comme los Olvidados ou La Jeune fille.

_________________
Ce que ce critique de cinéma dit de ce film va vous bouleverser...


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MessagePosté: 30 Oct 2011, 12:09 
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Tetsuo a écrit:
J'ai vu quasiment tous les films de Bunuel et il n'y en a aucun que je qualifierais de "jeu de massacre", et encore moins "satisfait".

J'ai du mal à sentir autre chose, devant Belle de jour au hasard, que la destruction méthodique de la bourgeoise porcelaine (je parle pas du personnage, qui n'est pas méprisé, mais de la figure qu'on attaque à travers elle). J'ai du mal à pas trouver caricaturaux, et la conception de la figure bourgeoise, et les fantasmes souterrains qu'on lui prête.

Citation:
Mais peut-être que la vocation des films de Bunuel n'est pas toujours d'émouvoir.

Je cherche quelque chose qui dépasse la vision cynique, en gros. Qui m'emmène plus loin. Je veux bien croire que c'est plus fin, qu'il y a un regard plus riche que ce que je capte (de toute façon, s'attaquer à un grand cinéaste, tu te retrouves toujours dans ce genre de position où tu soupçonne d'avoir raté le principal...), mais je n'en reçois rien.

Citation:
Essaie peut-être des films qui se passent hors cadre bourgeois et religieux, comme los Olvidados ou La Jeune fille.

Los Olivados traîne sur mon étagère, et ça pourrait le faire, oui. Bon, si c'est la scène des clochards sur le film entier, je sais pas si ça va aider non plus...


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MessagePosté: 30 Oct 2011, 12:22 
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Ben comme dit Tetsuo l'émotion chez Bunuel c'est pas le but principal - même si franchement certains personnages peuvent l'être, car l'humanité se glisse toujours dans les comportements des bourgeois qui font l'objet de la satire, et c'est dans ces interstices qu'il faut la chercher l'émotion (qui en devient du coup assez subtile et appréciable). Il faut cependant composer avec une certaine férocité pour aimer Bunuel totalement, je pense.


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MessagePosté: 30 Oct 2011, 12:29 
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Baptiste a écrit:
l'humanité se glisse toujours dans les comportements des bourgeois qui font l'objet de la satire, et c'est dans ces interstices qu'il faut la chercher l'émotion (qui en devient du coup assez subtile et appréciable)

Oui, je pense que c'est ça que je loupe... Je le ressens d'ailleurs vaguement, mais ça a du mal chez moi à compenser la peinture que font les films du milieu, en tout cas ce qu'on peut en recevoir superficiellement, et qui est à première vue d'une lourdeur mastodonte.

Quand je dis que ça m'émeut pas, c'est pas pour dire "oh meeerde, j'ai pas pleuré devant ses films, et il me manque un happy end". C'est juste que ça me laisse de marbre, tout court. Je ressens rien.


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MessagePosté: 30 Oct 2011, 13:28 
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Tom a écrit:
J'ai du mal à sentir autre chose, devant Belle de jour au hasard, que la destruction méthodique de la bourgeoise porcelaine (je parle pas du personnage, qui n'est pas méprisé, mais de la figure qu'on attaque à travers elle). J'ai du mal à pas trouver caricaturaux, et la conception de la figure bourgeoise, et les fantasmes souterrains qu'on lui prête.


Tu prends le film à l'envers. Ce n'est pas un film sur la bourgeoisie et ses fantasmes mais un film sur la perversion des désirs qui est au demeurant le propre de la bourgeoisie. Je pense que ce n'est pas une satire, mais une étude de moeurs, il n'y a pas une volonté de cynisme mais de relever les contradictions (ironiques) d'une classe opprimée par son obsession des apparences et le refoulement de ses désirs qui rejaillissent dans un besoin d'avilissement sexuel. Ce n'est pas caricatural, c'est cru, c'est dit tel quel.

Citation:
Je cherche quelque chose qui dépasse la vision cynique, en gros. Qui m'emmène plus loin. Je veux bien croire que c'est plus fin, qu'il y a un regard plus riche que ce que je capte (de toute façon, s'attaquer à un grand cinéaste, tu te retrouves toujours dans ce genre de position où tu soupçonne d'avoir raté le principal...), mais je n'en reçois rien.


Je ne crois pas qu'une certaine finesse ou richesse t'échappe (Bunuel ce n'est ni riche, ni fin), je crois simplement que tu as du mal à adhérer à l'ouverture psychanalitique de son cinéma, lequel retranscrit des choses assez tordues de la façon la plus simple qui soit, à tel point que tu trouves ça caricatural, de la même manière que le complexe d'Oedipe, énoncé tel quel, peut sembler caricatural ou poussif. Il faut prendre ses films au sens le plus littéral qui soit, comme on décode le langage en psychanalyse et ne pas trop partir dans des considérations cinématographiques auxquelles Bunuel n'a jamais prêtées trop d'attention.

Citation:
Los Olivados traîne sur mon étagère, et ça pourrait le faire, oui. Bon, si c'est la scène des clochards sur le film entier, je sais pas si ça va aider non plus...


lol, non, non, ça devrait aller je pense. On est plus dans une sorte de néoréalisme légèrement saupoudré de surréalisme. Ca te donnera peut-être envie de le voir : http://www.critikat.com/Los-Olvidados.html
(je renie la dernière phrase).

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MessagePosté: 30 Oct 2011, 15:14 
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Tetsuo a écrit:
retranscrit des choses assez tordues de la façon la plus simple qui soit, à tel point que tu trouves ça caricatural, de la même manière que le complexe d'Oedipe, énoncé tel quel, peut sembler caricatural ou poussif. Il faut prendre ses films au sens le plus littéral qui soit

Ok, je crois que je vois un peu ce que tu veux dire, ce caractère cru dont tu parles. Je suis pas sûr de kiffer pour autant, mais au moins je comprends un peu mieux ce qui peut plaire chez lui.


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MessagePosté: 16 Juil 2016, 22:57 
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Dommage que Tom ait déserté le forum, parce que j'ai du mal à concevoir qu'il apprécie plus particulièrement la première partie du film (comme moi), et soit imperméable à Bunuel. Parce qu'autant je me suis délecté de la première partie qui est on ne peut plus bunuelienne (
l'érotisme de cette carmélite qui enlève ses bas, Fernando Rey qui fétichise la parure de noce et enfile les chaussures de sa défunte femme - ce qui renvoie inévitablement au Journal d'une femme de chambre
), autant j'ai été un peu désarçonné par les deux autres tiers qui ont une férocité que je m'attends plus à retrouver chez certains cinéastes italiens. D'ailleurs Silvia Pinal qui est vraiment magnifique au début, s'éteint complètement par la suite, ce qui a aussi contribué à me désarçonner, je m'attendais probablement à ce que le film soit centré sur elle et la beauté de son personnage jusqu'au bout. Néanmoins, c'est dans cette deuxième partie que j'affectionne moins qu'il y a probablement la plus belle scène du film (
cette séquence alternée entre les pauvres qui prient et les employés qui réparent le château
)


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