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MessagePosté: 15 Nov 2017, 17:29 
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Roumanie fin des années 1990. Dans un no man's land péri-urbain, un fugitif armé d'une kalachnickov est poursuivi par deux pelotons, l'un militaire, l'autre policier, et par un hélicoptère. Le chef du peloton militaire semble vouloir le capturer vivant, et en fait le protéger. Les policiers sont beaucoup plus remontés. L'homme parvient à semer les deux groupes dans une zone de marécage et de hautes herbes, si bien que les deux divisions finissent par se tirer dessus, à l'aveuglette, laissant plusieurs hommes sur le carreau. L'hélicoptère, qui a tout vu d'en haut, abat l'homme a bout portant, comme par vengeance. Au sol, les survivants des deux groupes font un debriefing consterné des évènements.

Un peu plus tôt; "Mitou", Dimitri, attablé à la terrasse d'un café, croise la jolie et délurée "Norica" (Eleonore) qui fait le guet sur un trottoir d'en face, attendant un improbable rendez-vous. Il l'emmene chez elle, bourré et tombe amoureux le lendemain. Mitou est un garçon porcher, caustique et mystérieux, qui se prétend orphelin mais vient d'une famille de fonctionnaire plutôt aisée, qui le couvre. Norica est serveuse dans un restauroute pourri, et n'a pour d'autre horizon que d'épouser son patron, à moitié par intérêt, à moitié par sympathie. La famille de Dimitri (son frère revenu des USA où il a vu triomphalement les poubelles d'Hollywood, son père et sa mère) débarque dans l'appartement de Dimitri, ruinant le mensonge de Dimitri pour séduire Norica. Lassé par la médiocrité de ses parents, et pour défier son père qui lui négocie des sursis, il décide de faire son service militaire, un peu aussi pour impressionner Norica. N'ayant pas la personnalité d'un soldat rompu à obéir, c'est pour lui le début d'un engrenage mouisesque.


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Je n'ai pas grand chose à en dire, film signé par un vétéran du cinéma roumain (j'avais vu il y a longtemps "la Reconstitution", film de 1970, fable implacable du sadisme du régime de Ceaucescu) , mais il s'agît d'un des meilleurs film de ces 20 dernière années. Film étonnant, qui débute comme une comédie sociale sarcastique et bouffonne, et bifurque ensuite vers le polar tragique (l'acteur, Costel Cascaval a une dimension dewaerienne, l'actrice, Dorina Chiriac est aussi extraordinaire) et le récit de fugue amoureuse qui rejoint (et surpasse) l'intensité de "They Live by Night" de Nicholas Ray . Il ya aussi un élement mélangeant immoralisme robuste et foi (orthodoxe ici) radicale (où la pureté et lee salut apparaissent comme des scandales et non des choses dûes) qui rejoignent le cinéma de Bunuel. Quelque chose, dans le récit de perte amoureuse qui rejoint un messianisme poltiique sacrificiel fait aussi penser à l'Obsédé en Plein Jour d'Oshima ou "Baal" de Brecht.
Pardon pour ce name-dropping, mais c'est vraiement très bon, très différent du moralisme pervers à la Haneke de Mungiu, même si on sent une filiation esthétique.
En bonus du DVD, on trouve une interview hallucinante (en français, dans une langue superbe, c'est un personnage marquant il fait penser à un philosophe à la Cioran) de Pintilie, qui commente le livre de Job comme une leçon de cinéma (Dieu punit Job pour lui apprende à regarder, à aimer Dieu non plus par le verbe, mais par le regard), et raconte la genèse hallucinante du film, Frankenstein entre l'adaptation du début d'un roman et la fin d'un autre, l'un écrit par un écrivain maudit, l'autre, plus commercial par le ministre de la culture ("un homme qui a un instinct très sûr de l'ascension sociale"), qu'il a réunit pour en faire une adaptation codée de Job.
Le film est aussi une leçon de mise en scène, la traque du début, ou la fuite du couple en train, sont des scènes marquantes, à la fois immédiates et poétiques. La construction du film est assez étonnante, avec deux fins différentes, l'une donnée dans l'introduction, et l'autre après le récit en flashback, ou des éléments de décors et de paysage apparaissent d'abord sous forme de photos mystérieuses (esthétiquement et moralement le contraire de Shining, c'est le paysage futur que l'image enferme, et non le sujet qui a vécu) , tapissant l'appartement de Mitou, comme si le film ne parvenait pas à se rattraper, tout en énonçant trop vite son sens moral, mais dans ce décalage, les deux personnages sont libres et condamnés.

C'est aussi une des histoires d'amour les plus émouvantes (et en même temps des plus crue et honnête) que j'ai vues au cinéma.


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MessagePosté: 16 Nov 2017, 17:58 
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Une belle interview (d'il y a 7 ans) de Pintilie
De part sa position historique, il a une sensibilité qui réunit Muriel de Resnais, von Stroheim, la qualité français, le vérisme de Zola et les films douteux politiquement de l'Italie de 1943 (il y a d'ailleurs un côté anar de droite macmahonien dans ses films, mais masochiste, à la fois exhibé et combattu)...un telle combinaison serait impensable en France
http://www.telerama.fr/cinema/un-cineas ... ,63689.php


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MessagePosté: 17 Nov 2017, 11:40 
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MessagePosté: 17 Nov 2017, 12:26 
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Mmmmm. Cela ne va pas te plaire je crois. Enfin si peut-être . Il y a dans son cinéma quelque-chose d'intello (qui lorgne vers les clochards existentiels de Beckett) , mais aussi quelque chose d'à la fois vulgaire et lyrique (en fait attirant) qui renvoie à Kusturica et au cinéma des années 80, Beinex, Carax voire à l'humour épais de Besson (je pense à la scène du petit chat, qui fonctionne d'ailleurs bien). Daney firait que c'est un cinéaste du visuel et non de l'image (d'ailleurs c'est un film sans altérité, le couple-en fait*surtout le mec car la fille ne rentre jamais dans son jeu, sans cela le film n'aurait pas de sens religieux d'ailleurs- s'enferme sur lui-même, contre un monde qui veut à la limite le sauver, mais est moralement dévalorisé, d'une manière que la bonne volonté renforce, le personnage du premier commandant militaire qui aime Mitou mais ne franchit pas le pas est d'ailleurs très beau).


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