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 Sujet du message: Mon Festival de Venise 2017
MessagePosté: 14 Juin 2017, 08:54 
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Antichrist
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Et si on participait tous ? Les films sont légalement visibles, j'ai mis quelques sorties à venir (et vous en avez vu déjà sans doute)... et je crois que la sélection la plus "prometteuse" et équilibrée sur le papier.

France (4)
Frantz de François Ozon 4/6
Curieux film, comme toute la filmographie d'Ozon, où l'on sent que ça pourrait être magnifique, simple, beau et émouvant, mais c'est toujours un peu pervers, un peu déceptif, un peu retors dans l'émotion. Beaucoup pensé à Sous le sable mais aussi à Angel. Je trouve Niney plutôt pas mal, comme une émanation cinématographique d'une BD de Tardi. Paula Beer est très bien, aussi, vraie révélation, et je préfère la seconde partie à la première (même si je ne comprends pas à comment elle le retrouve avec juste le nom de Rivoire). L'ensemble est trop long - surtout la première demi-heure -, rythmé bizarrement, mais ça fait aussi partie de son charme, de son ton et de son originalité. Le plan final est magnifique et le film t'enveloppe d'une émotion incertaine.

Une vie de Stéphane Brizé 3/6
Moyennement convaincu. Judith Chemla est parfaite - les autres acteurs aussi d'ailleurs - mais je trouve que le film s'essoufle à mi-parcours, quand on passe du mari au fils. La grisaille est de plus en plus présente, la construction fragmentée moins justifiée et on a hâte que ça se finisse même si la fin est belle)...

Planétarium de Rebecca Zlotowski 2/6
Je fais toujours un test : j'essaie, quand je vois un film, de regarder ma montre pile après une heure de film... quand je tombe avant l'heure, c'est mauvais signe. Là, j'ai regardé ma montre après 37 minutes... La réputation de film malade n'était pas usurpée. Il y a des choses intéressantes : le personnage de Korben, la quête de l'image manquante, comme un écho à ce qui se passait sous le nazisme. Mais ça peine à prendre vie, dès que l'on quitte le trio, c'est limite complètement con (les scènes dans le sud, la première scène avec Casar), je ne suis pas du tout convaincu par les tics de mise en scène, ni par le jeu des deux actrices. Après, je ne regrette pas de l'avoir vu, il y a une certaine "ambition" qui manque souvent au cinéma français, dans la forme et le fond, cela m'a fait penser à du (très moyen) Assayas.

A jamais de Benoit Jacquot 1/6
J'avais beaucoup aimé les précédents films de Jacquot, j'avais apprécié les Don Lillo que j'ai lu (mais pas lu Body Art, dont le film serait adapté). Bon, c'est la douche froide. Passée une très longue exposition, le film de fantôme à la Kurosawa ne prend jamais vie. L'actrice (qui signe aussi le scénario) est particulièrement "mauvaise" (enfin disons atone, peut-être l'indication de jeu, mais ça n'aide pas) et je ne comprends pas certains choix de représentation (la ceinture de sécurité, le petit-dej...). Balibar m'exaspère toujours autant. Il n'y a que la fin qui m'a légèrement satisfait, disons que ça change des solutions "ce n'est qu'un rêve".

Etats-Unis (5)
Nocturnal animals de Tom Ford 4/6
La vengeance par la littérature. Très belle idée de Tom Ford avec une actrice géniale - Amy Adams -, une belle ambiance crasseuse, surtout dans la première partie dans ce Texas poussiéreux et dégueulasse. Dommage que la partie New York soit plus faible, avec cet acteur incroyablement fade d'Arnie Hammer qui gâche toutes les scènes de couple - on n'y croit pas une seule seconde à son personnage. Reste quelque chose de follement cinématographique dans tout ça, le sentiment de Tom Ford s'abandonne totalement dans son sujet, quitte à en faire beaucoup beaucoup trop. Et le visage d'Amy Adams donc, formidable actrice, qui parvient in fine à donner un sacré vertige émotionnel à son personnage de glaçon dépressif.

Une vie entre deux Océans de Derek Cianfrance 4/6
A mi-film, le réalisateur décide de mettre en bande son le fabuleux Funeral Canticle de John Tavener. Soudain, le film prend une dimension quasi-biblique, surtout que la caméra s'attarde sur le visage rongé de remord de Michael Fassbender. Dommage, on repart sur la soupe d'Alexandre Desplat une minute plus tard.... C'est d'autant plus dommageable que le film est par moment très beau et très fort : déjà le lieu est incroyable, l'amour entre les deux persos palpable à l'écran et la première partie a quelque chose de très pur et très émouvant. Cela se gâte quand le film procédurier prend vie, surtout que cette partie s'étireeeee jusqu'à un relatif ennui. Mais l'épilogue tout doux est très efficace, je me suis dit que j'aimais beaucoup ce personnage principal fermé et aimant.

Tu ne tueras point de Mel Gibson 3/6
Parfait contre-champ de Fires on the Plain version martyr catho. La première heure ressemble à un spin-of de Tonnerre sous les tropiques. Puis survient une scène de guerre épique et furieuse qui confirme que Mel Gibson est un cinéaste incroyable pour mettre en scène l'action mais, à qui il faut enlever le stylo (et la Bible). La fin retombe dans la dragée trop sucrée. Difficile d'adhérer au discours quand on est férocement athée mais il faut reconnaitre au film sa puissance formelle et son premier degré sincère (et dégoulinant).

Europe (4)
On The Milky Road d’Emir Kusturica 2/6
Emir Kusturica était l'un de mes cinéastes préférés, son retour au cinéma aurait dû être l'événement culturel de l'année... mais quelque chose s'est cassé en lui avec la guerre, et il le montre avec sincérité dans le film. Il n'a plus vraiment le coeur au cinéma, et répète ad nauseam ses motifs poétiques avec la fameuse énergie des Balkans qui n'existait pas en permanence dans ses premiers films... Cela donne des scènes sublimes (si si), quelque chose d'à fleur de peau, avec un cinéaste-acteur toujours sur le point d'hurler sa douleur, comme un ours à qui on aurait planté une écharde dans la patte. Mais voilà... au-delà du fait que l'on ressent des coupes énormes dans le montage, il y a le fond. Il faut choisir son camp camarade. Emir Kusturica le choisit dans ce film, sans l'ombre d'un doute. Et c'est franchement embarrassant.

Elégie d'une traversée d'Alexander Sokourov 4/6
Film de commande d'un musée néerlandais, cette courte Elégie d'Alexander Sokourov envoûte par cette manière fragmentée de raconter un voyage - par moment, ça ressemble presque aux derniers Malick, en beaucoup plus brut. C'est court (45 minutes), impressionnant formellement, surtout dans sa façon de créer un effet presque 3D aux tableaux.

Home de Fien Troch 4/6
L'ami Arnotte m'avait prévenu : voilà la bombe belge de la rentrée, un film choc, fort et impressionnant sur la jeunesse d'aujourd'hui. Les acteurs (amateurs ?) sont géniaux, surtout le jeune qui joue Kevin, formidable personnage, sorte de James Dean renfrogné. J'ai deux trois reproches à faire sur le scénario (sur les mères en fait et le perso de John est très chargé), mais la mise en scène et l'atmosphère du film emportent tout, la fin donne des frissons.

L'Affranchie de Marco Danieli 2/6
Film italien sur les sectes. Bon, la jeune actrice est bien, le récit totalement sur des rails et j'ai un peu de mal avec l'acteur qui joue le rebelle renfrogné avec trois expressions max.

Locke de Steven Knight 3/6
Exercice de style avec un acteur génial - Tom Hardy - mais aux effets d'écriture un peu trop visibles (le coup du père, du polonais, la dernière décla du fils). Cela se laisse voir tout seul par contre, c'est très bien rythmé et ça le mérite d'être court - 1h24. L'impression que je vais très vite l'oublier par contre...

Spira Mirabilis de Massimo D’Anolfi et Martina Parenti 3/6
Documentaire expérimental, passé en compétition à Venise (à quand un documentaire de nouveau en compétition à Cannes). Le sujet ici c'est l'immortalité ou plutôt l'intemporalité. C'est parfois passionnant - la partie sur les méduses qui se régénèrent -, parfois très beau - le morceau de musique dans la maternité, la vision des statues restaurées du Duomo - mais faut s'accrocher, le film est très long pour une narration aussi disparate et les longs passages sur la création d'un instrument à percussion éprouvent les nerfs. La dernière demi-heure qui révèle le sujet, tisse les liens entre les différentes parties, se mérite...

Asie (4)

Fires on the plain de Shinya Tsukamoto 5/6
Nouvelle adaptation d'un roman porté sur grand écran par Kon Ichikawa, Fires on the Plain est l'un des films les plus bourrins que j'ai vu sur la guerre du pacifique. A vous retourner les tripes et vous questionner durablement ce qui sépare l'homme de l'animal, le soldat du cannibale. La mise en scène est brillante avec des moyens que l'on imagine restreint, notamment avec LA scène de nuit démente des soldats japonais transformés en zombie. Le scénario est un peu répétitif surtout dans son troisième acte mais la fin est d'une noirceur qui serre le coeur (après avoir provoqué un haut-le-coeur). Vraiment c'est quelque chose qui m'a rappelé Opération mort de Shigeru Mizuki. Et puis ce n'est pas un hasard si Wakamatsu (Soldat dieu), Shinya Tsukamoto et Hayao Miyazaki (le Vent se lève, même si la tonalité est différente) ont fait des films de guerre bien engagés alors que le Japon glisse vers un retour à l'armée...

La Femme qui est partie de Lav Diaz 4/6
Mon premier film de Lav Diaz. Noir et blanc somptueux, le Bien, le Mal, une cour des miracles d'une humanité incroyable. La longueur (et la langueur) fait que l'émotion se mérite (et encore c'est le plus court), mais c'est parfois sublime, souvent fulgurant, cruel et extrêmement fort dans ce que cela dit de la société des Philippines et de notre monde. Hâte de découvrir la suite de sa filmographie.

Thy Womb de Brillante Mendoza 5/6
Pourquoi ne sélectionner à Cannes que les Brillante Mendoza les plus "extrêmes" ? Après Lola, je découvre Thy Womb, film magnifique, doux et dur à la fois, d'une beauté formelle de tous les plans (l'île Tawi-Tawi, ce coin de "paradis" totalement coupé du monde), qui m'a rappelé par moment Still the Water de Naomi Kawase.

Argent amer de Wang Bing 4/6
Un documentaire de Wang Bing pour affronter la canicule et s'immerger le temps d'un film dans la vie de quelques humains moins chanceux que soi. Le sujet - les ouvriers miséreux du textile chinois - m'attirait moins que ses précédents docs. Cela reste toujours très fort - on éprouve une vraie empathie pour les femmes et les hommes qui tentent de survivre en bossant de jour comme de nuit (au point que l'on ne sait plus vraiment quelle heure il est). On retrouve son talent pour la composition des plans, sa manière assez unique d'être "invisible" et "présent". Après, cela me marquera moins qu'A la folie, à mes yeux son chef d'oeuvre avec A L'Ouest des rails.


Amérique du Sud (3)
La Région sauvage d’Amat Escalante 5/6
Jusqu'ici, le cinéma d'Amat Escalante me semblait un peu trop du Haneke-like au Mexique pour me convaincre de sa sincérité. Et puis voilà... La Région sauvage est peut-être le film le plus surprenant, le plus original et le plus captivant de l'année. Une sorte de mix entre Antichrist de Lars von Trier (c'est le même chef op' et la même équipe de sfx) et Japon de Carlos Reygadas, avec un peu de Tropical Malady (si si). L'ouverture est d'une beauté fascinante, le propos métaphorique sur le désir extrêmement fort et on en sort plein d'images dans la tête, à la fois choqué et impressionné.

Citoyen d’honneur de Mariano Cohn, Gaston Duprat 4/6
Tiens, voilà qui pourrait faire l'objet d'un remake en France, avec un écrivain parti aux Etats-Unis qui reviendrait à Moulins. Pendant 1h30, c'était la comédie grinçante idéale : acteur parfait, propos assez ambigu sur le personnage, scènes comiques parfois douloureuses... la fin fait basculer le film vers le film noir sur-signifiant. Mais j'ai bien ri à la scène du cochon et ça se regarde avec une vraie jubilation.

Les Amants de Caracas de Lorenzo Vigas 4/6
Surpris par l'accueil glacial réservé par la critique au Lion d'or 2015 (jury Cuaron, HHH et Ramsay), qui, sans être un chef d'oeuvre, est un premier film très prometteur, surtout pour la complexité des sentiments qu'il provoque envers les deux protagonistes. La fin m'a laissé de marbre, alors que je trouve le basculement de la relation très touchant et qu'il y a quelque chose de très fragile et donc précieux qui se noue entre eux. Si le film lorgne un peu du côté du cinéma de Pablo Larrain, lui empruntant même l'un de ses acteurs fétiches, l'excellent Alfredo Castro, il n'a ni sa dimension politique, ni sa férocité. Lorenzo Vigas ajoute un peu plus d'empathie à la noirceur sociale et humaine qu'il décrit.

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MessagePosté: 14 Juin 2017, 09:31 
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Une vie de Stéphane Brizé: beaucoup aimé. Une vraie proposition de cinéma pour une adaptation que n'aurait pas renié Andrea Arnold. 4,5/6

Planétarium de Rebecca Zlotowski: film foiré, film malade, film qui aurait pu être grand, film qui a plein de qualités formelles mais qui n'est qu'une coquille vide, un gros bordel qui ne ressemble à rien et qui ne fonctionne pas. Film raté, quoi. Méga déception. 2,5/6

Nocturnal animals de Tom Ford: immense classe formelle, à tous points de vue, pour un récit constamment intrigant et captivant.. sauf qu'à la fin on ne comprend pas bien ce qu'on a voulu nous raconter. Bizarre. 4/6

Une vie entre deux Océans de Derek Cianfrance: un gros mélo old school, à l'ancienne, avec des gros violons. Cianfrance saute à pieds joints dans le genre et éclaboussant bien partout. On peu trouver ça totalement indigeste ou se laisser emporter par les émotions, le souffle romantique et par la sincérité des deux comédiens, très investis. Moi j'ai marché. 4,5/6

Ces deux-là allez les voir en salle hein:

Home de Fien Troch (sortie en France en août): radiographie glaçante d'une jeunesse qui, par ennui, s'oppose à toute forme d'autorité. La mise en scène déchire, les comédiens sont incroyables, la musique déboîte (Jonny Jewel de Chromatics), ça aborde plein de choses... Un vrai film contemporain, entre Van Sant et Haneke. Un des meilleurs films de l'année, aussi. 5/6

La Région sauvage d’Amat Escalante (sortie en France en juillet): A la fois drame social, comédie de mœurs et conte SF, voilà un pur OFNI qui explore cette région sauvage et indomptable: le désir. Film fascinant de bout en bout. 5/6

Pour le reste, pas grand chose ne me tente:
Frantz de François Ozon
The Look of Silence de Joshua Oppenheimer (le premier m'avait tétanisé)
Citoyen d’honneur de Mariano Cohn, Gaston Duprat

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Ed Wood:"What do you know? Haven't you heard of suspension of disbelief?"


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MessagePosté: 14 Juin 2017, 19:11 
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Allez pourquoi pas !

J'en ai déjà vu quelques-uns au cinéma :

Frantz de François Ozon 4/6: j'ai du mal avec François Ozon (et L'Amant double me l'a confirmé) mais je dois avouer que j'avais été conquis par la douceur de Frantz et sa délicatesse dont la jeune Paula Beer est sans doute pour beaucoup.

Nocturnal animals de Tom Ford 5/6: autant A Single Man m'avait profondément déçu, autant Nocturnal Animals dans sa réalisation et sa construction m'a captivé de bout en bout. La séquence de la route est terrifiante.

Une vie entre deux Océans de Derek Cianfrance 3,5/6 : très beau, trop long et trop lisse.

Tu ne tueras point de Mel Gibson 5/6 : esthétiquement à couper le souffle, les scènes de guerres sont absolument dantesques, le plan final est un peu too much mais franchement très bon.

La Région sauvage d’Amat Escalante 4,5/6 : le seul film d'Escalante que j'ai vu, et c'est tellement bizarre que je suis vraiment intrigué par Heli.

Les Amants de Caracas de Lorenzo Vigas 3,5/6


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MessagePosté: 14 Juin 2017, 20:17 
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Frantz de François Ozon
Paula Beer survole le film de sa présence et de sa justesse, la première partie plutôt centrée autours du personnage de Niney en pâti grandement. Ozon souhaite absolument s'appesantir sur le ressentiment franco-allemand post première guerre mondiale, ce qui dilue fortement la force de ce qui fait le cœur du film. A vouloir jouer la carte d'une certaine ascèse dans sa mise en scène (plans très serrés, noir et blanc), il aurait eu tout à gagner à la pousser encore plus loin, écarter les seconds rôles tel celui de Kreutz qui parasite inutilement la dramaturgie alors que les mêmes sentiments auraient tout aussi bien pu s'exprimer (c'est d'ailleurs le cas) au sein de la cellule familiale.
3-4/6

Une vie de Stéphane Brizé
Agréablement charmé par la forme que prend le film qui rompt avec le standard (chiant) du film en costume à la Benoît Jacquot. Le format est non seulement adapté à son sujet, mais il créé une vraie proximité avec ses personnages. On sent que Brizé s'est également concentré sur le verbe (privilégiant le langage contemporain à la rigueur historique) et le montage - qui est pour moi l'un des atouts principal du film, avec ses entrelacements d'époques qui m'ont rappelé ce que Chabrol avait fait dans Violette Nozière, et l'idée que je trouve excellente ici d'utiliser des dialogues qui différent de ce que l'image nous montre de manière à densifier le personnage de Chemla.
4/6

In Jackson Heights de Frederick Wiseman
Je dois être l'un de seuls à l'avoir dans mon top 2016. Film qui tend indéniablement vers un certain universalisme, de par la multiplicité (culturelle et religieuse) du quartier qu'il décrit. Au-delà de l'identité de Jackson Heights, c'est aussi une certaine vision du monde, du rapport entre les gens, du bonheur que Wiseman nous livre au travers de ce film, centrant l'action dans l'espace public, là où les droits s'acquièrent et se défendent.
4.5/6


Sao Jorge de Marco Martins
Excellent acteur principal qui joue de son gabarit de poids lourds pour mieux faire ressentir sa fragilité, suivi au plus prêt par une caméra "Elephantesque" qui ne le lâche pas d'un pouce, photo crépusculaire pour une vie qui semble essentiellement active la nuit, le film a de vrais qualités mais fini (malheureusement) par lasser au fil des multiples rebuffades de Jorge.
4/6

La Femme qui est partie de Lav Diaz
Déception de l'année, j'avais totalement adoré Norte (mon dernier 6/6), celui-là je l'ai trouvé chiantissime.
1/6

Argent amer de Wang Bing
Il est passé sur Arte cette semaine, faut que je trouve le temps de le regarder

Citoyen d’honneur de Mariano Cohn, Gaston Duprat
Film à l'humour grinçant, forçant le trait d'une population à moitié attardée, qui n'est pas sans rappeler un certain cinéma italien des années 60/70. Pas toujours convaincu par la forme visuelle (l'image est assez dégueu), pas du tout convaincu par le début et la fin, reste une satyre qui fait souvent mouche, Cohn et Duprat semblant régler leur compte avec la médiocrité et l'auto-satisfaction ambiante d'une population qui préfère crier haro plutôt que de remettre en question ses certitudes et son mode de vie.
4/6


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MessagePosté: 14 Juin 2017, 21:02 
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Antichrist
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ça fait plaisir !

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MessagePosté: 15 Juin 2017, 00:39 
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On a la même note pour le Ozon avec Lohmann mais ce qui est drôle c'est qu'on aime et ne déteste pas la même moitié :mrgreen:


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MessagePosté: 30 Aoû 2017, 09:57 
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C'est le moment tant attendu du palmarès.... La sélection était de qualité, je trouve vraiment que Venise est au-dessus de Berlin sur sa compétition (oui, DPSR, je soutenais le contraire il y a quelques temps).

Voici donc le palmarès.

Lion d'or : Thy Womb de Brillante Mendoza

Pourquoi ne sélectionner à Cannes que les Brillante Mendoza les plus "extrêmes" ? Après Lola, je découvre Thy Womb, film magnifique, doux et dur à la fois, d'une beauté formelle de tous les plans (l'île Tawi-Tawi, ce coin de "paradis" totalement coupé du monde), qui m'a rappelé par moment Still the Water de Naomi Kawase. Très grand film qui s'est installé durablement en moi, au point que je vais essayer de le prendre en DVD.

Lion d'argent - Grand prix du jury : La Région sauvage d’Amat Escalante

Jusqu'ici, le cinéma d'Amat Escalante me semblait un peu trop du Haneke-like au Mexique pour me convaincre de sa sincérité. Et puis voilà... La Région sauvage est peut-être le film le plus surprenant, le plus original et le plus captivant de l'année. Une sorte de mix entre Antichrist de Lars von Trier (c'est le même chef op' et la même équipe de sfx) et Japon de Carlos Reygadas, avec un peu de Tropical Malady (si si). L'ouverture est d'une beauté fascinante, le propos métaphorique sur le désir extrêmement fort et on en sort plein d'images dans la tête, à la fois choqué et impressionné.

Lion d'argent du meilleur réalisateur : Shinya Tsukamoto pour Fires on the plain

Nouvelle adaptation d'un roman porté sur grand écran par Kon Ichikawa, Fires on the Plain est l'un des films les plus bourrins que j'ai vu sur la guerre du pacifique. A vous retourner les tripes et vous questionner durablement ce qui sépare l'homme de l'animal, le soldat du cannibale. La mise en scène est brillante avec des moyens que l'on imagine restreint, notamment avec LA scène de nuit démente des soldats japonais transformés en zombie. Le scénario est un peu répétitif surtout dans son troisième acte mais la fin est d'une noirceur qui serre le coeur (après avoir provoqué un haut-le-coeur). Vraiment c'est quelque chose qui m'a rappelé Opération mort de Shigeru Mizuki. Et puis ce n'est pas un hasard si Wakamatsu (Soldat dieu), Shinya Tsukamoto et Hayao Miyazaki (le Vent se lève, même si la tonalité est différente) ont fait des films de guerre bien engagés alors que le Japon glisse vers un retour à l'armée...

Coupe Volpi pour la meilleure interprétation masculine : Alfredo Castro (Les Amants de Caracas) et Oscar Martinez (Citoyen d'honneur)


Coupe Volpi pour la meilleure interprétation féminine : Charo Santos-Concio (La Femme qui est partie)


Prix Osella pour le meilleur scénario : Nocturnal animals de Tom Ford

La vengeance par la littérature. Très belle idée de Tom Ford avec une actrice géniale - Amy Adams -, une belle ambiance crasseuse, surtout dans la première partie dans ce Texas poussiéreux et dégueulasse. Dommage que la partie New York soit plus faible, avec cet acteur incroyablement fade d'Arnie Hammer qui gâche toutes les scènes de couple - on n'y croit pas une seule seconde à son personnage. Reste quelque chose de follement cinématographique dans tout ça, le sentiment de Tom Ford s'abandonne totalement dans son sujet, quitte à en faire beaucoup beaucoup trop. Et le visage d'Amy Adams donc, formidable actrice, qui parvient in fine à donner un sacré vertige émotionnel à son personnage de glaçon dépressif.

Prix Marcello-Mastroianni du meilleur espoir : Paula Beer (Frantz)


Prix spécial du jury : Home de Fien Troch

Voilà la bombe belge de la rentrée, un film choc, fort et impressionnant sur la jeunesse d'aujourd'hui. Les acteurs (amateurs ?) sont géniaux, surtout le jeune qui joue Kevin, formidable personnage, sorte de James Dean renfrogné. J'ai deux trois reproches à faire sur le scénario (sur les mères en fait et le perso de John est très chargé), mais la mise en scène et l'atmosphère du film emportent tout, la fin donne des frissons.

-----------

Elégie d'une traversée d'Alexander Sokourov 4/6
Film de commande d'un musée néerlandais, cette courte Elégie d'Alexander Sokourov envoûte par cette manière fragmentée de raconter un voyage - par moment, ça ressemble presque aux derniers Malick, en beaucoup plus brut. C'est court (45 minutes), impressionnant formellement, surtout dans sa façon de créer un effet presque 3D aux tableaux.

Une vie entre deux Océans de Derek Cianfrance 4/6
A mi-film, le réalisateur décide de mettre en bande son le fabuleux Funeral Canticle de John Tavener. Soudain, le film prend une dimension quasi-biblique, surtout que la caméra s'attarde sur le visage rongé de remord de Michael Fassbender. Dommage, on repart sur la soupe d'Alexandre Desplat une minute plus tard.... C'est d'autant plus dommageable que le film est par moment très beau et très fort : déjà le lieu est incroyable, l'amour entre les deux persos palpable à l'écran et la première partie a quelque chose de très pur et très émouvant. Cela se gâte quand le film procédurier prend vie, surtout que cette partie s'étireeeee jusqu'à un relatif ennui. Mais l'épilogue tout doux est très efficace, je me suis dit que j'aimais beaucoup ce personnage principal fermé et aimant.

Argent amer de Wang Bing 4/6
Un documentaire de Wang Bing pour affronter la canicule et s'immerger le temps d'un film dans la vie de quelques humains moins chanceux que soi. Le sujet - les ouvriers miséreux du textile chinois - m'attirait moins que ses précédents docs. Cela reste toujours très fort - on éprouve une vraie empathie pour les femmes et les hommes qui tentent de survivre en bossant de jour comme de nuit (au point que l'on ne sait plus vraiment quelle heure il est). On retrouve son talent pour la composition des plans, sa manière assez unique d'être "invisible" et "présent". Après, cela me marquera moins qu'A la folie, à mes yeux son chef d'oeuvre avec A L'Ouest des rails.

Tu ne tueras point de Mel Gibson 3/6
Parfait contre-champ de Fires on the Plain version martyr catho. La première heure ressemble à un spin-of de Tonnerre sous les tropiques. Puis survient une scène de guerre épique et furieuse qui confirme que Mel Gibson est un cinéaste incroyable pour mettre en scène l'action mais, à qui il faut enlever le stylo (et la Bible). La fin retombe dans la dragée trop sucrée. Difficile d'adhérer au discours quand on est férocement athée mais il faut reconnaitre au film sa puissance formelle et son premier degré sincère (et dégoulinant).

Une vie de Stéphane Brizé 3/6
Moyennement convaincu. Judith Chemla est parfaite - les autres acteurs aussi d'ailleurs - mais je trouve que le film s'essoufle à mi-parcours, quand on passe du mari au fils. La grisaille est de plus en plus présente, la construction fragmentée moins justifiée et on a hâte que ça se finisse même si la fin est belle)...


Locke de Steven Knight 3/6
Exercice de style avec un acteur génial - Tom Hardy - mais aux effets d'écriture un peu trop visibles (le coup du père, du polonais, la dernière décla du fils). Cela se laisse voir tout seul par contre, c'est très bien rythmé et ça le mérite d'être court - 1h24. L'impression que je vais très vite l'oublier par contre...

Spira Mirabilis de Massimo D’Anolfi et Martina Parenti 3/6
Documentaire expérimental, passé en compétition à Venise (à quand un documentaire de nouveau en compétition à Cannes). Le sujet ici c'est l'immortalité ou plutôt l'intemporalité. C'est parfois passionnant - la partie sur les méduses qui se régénèrent -, parfois très beau - le morceau de musique dans la maternité, la vision des statues restaurées du Duomo - mais faut s'accrocher, le film est très long pour une narration aussi disparate et les longs passages sur la création d'un instrument à percussion éprouvent les nerfs. La dernière demi-heure qui révèle le sujet, tisse les liens entre les différentes parties, se mérite...

Planétarium de Rebecca Zlotowski 2/6
Je fais toujours un test : j'essaie, quand je vois un film, de regarder ma montre pile après une heure de film... quand je tombe avant l'heure, c'est mauvais signe. Là, j'ai regardé ma montre après 37 minutes... La réputation de film malade n'était pas usurpée. Il y a des choses intéressantes : le personnage de Korben, la quête de l'image manquante, comme un écho à ce qui se passait sous le nazisme. Mais ça peine à prendre vie, dès que l'on quitte le trio, c'est limite complètement con (les scènes dans le sud, la première scène avec Casar), je ne suis pas du tout convaincu par les tics de mise en scène, ni par le jeu des deux actrices. Après, je ne regrette pas de l'avoir vu, il y a une certaine "ambition" qui manque souvent au cinéma français, dans la forme et le fond, cela m'a fait penser à du (très moyen) Assayas.

L'Affranchie de Marco Danieli 2/6
Film italien sur les sectes. Bon, la jeune actrice est bien, le récit totalement sur des rails et j'ai un peu de mal avec l'acteur qui joue le rebelle renfrogné avec trois expressions max.

On The Milky Road d’Emir Kusturica 2/6
Emir Kusturica était l'un de mes cinéastes préférés, son retour au cinéma aurait dû être l'événement culturel de l'année... mais quelque chose s'est cassé en lui avec la guerre, et il le montre avec sincérité dans le film. Il n'a plus vraiment le coeur au cinéma, et répète ad nauseam ses motifs poétiques avec la fameuse énergie des Balkans qui n'existait pas en permanence dans ses premiers films... Cela donne des scènes sublimes (si si), quelque chose d'à fleur de peau, avec un cinéaste-acteur toujours sur le point d'hurler sa douleur, comme un ours à qui on aurait planté une écharde dans la patte. Mais voilà... au-delà du fait que l'on ressent des coupes énormes dans le montage, il y a le fond. Il faut choisir son camp camarade. Emir Kusturica le choisit dans ce film, sans l'ombre d'un doute. Et c'est franchement embarrassant.

A jamais de Benoit Jacquot 1/6
J'avais beaucoup aimé les précédents films de Jacquot, j'avais apprécié les Don Lillo que j'ai lu (mais pas lu Body Art, dont le film serait adapté). Bon, c'est la douche froide. Passée une très longue exposition, le film de fantôme à la Kurosawa ne prend jamais vie. L'actrice (qui signe aussi le scénario) est particulièrement "mauvaise" (enfin disons atone, peut-être l'indication de jeu, mais ça n'aide pas) et je ne comprends pas certains choix de représentation (la ceinture de sécurité, le petit-dej...). Balibar m'exaspère toujours autant. Il n'y a que la fin qui m'a légèrement satisfait, disons que ça change des solutions "ce n'est qu'un rêve".

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MessagePosté: 30 Aoû 2017, 11:18 
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Inscription: 30 Déc 2015, 16:00
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Tu supprimes ceux que tu n'as pas vu du coup on a l'impression que je donne mon avis sur n'importe quoi


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MessagePosté: 30 Aoû 2017, 14:09 
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Antichrist
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Inscription: 04 Juil 2005, 21:36
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ah mince, je croyais avoir respecté ma liste initiale

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