Tadeusz est un Polonais âgé installé en Angleterre, vétéran de la première guerre mondiale. Il a probablement exercé des responsabilités dans le gouvernement en exil à Londres lors de la deuxième guerre, et effectue un voyage à Cracovie, en passant par Paris. Il va essayer de renouer avec sa femme et son fils survivant.
Son plus jeune fils est mort à la fin de la guerre alors qu'il était à peine adolescent. Il sait que son ex-femme a depuis sombré dans une forme de folie. Cependant le bruit court que ce fils pourrait être vivant à l'Ouest. Il aurait été vu en Italie, on ne sait pas très bien par qui, des relations de la famille. Tadeusz est dubutatif est décide de franchir la frontière dans l'autre sens pour mener une enquête.
Il revient à Cracovie, ville intacte, ce qui accentue le poids du passé. Il est accueilli fraîchement par son fils aîné et survivant , Maciek, fortement impliqué dans la résistance, qui le perçoit un peu comme un planqué et un père démisionnaire, mais manifeste également une forme de scrupule et de mauvaise conscience envers sa propre attitude, et un besoin de s'expliquer. Sa femme Zofia, est fragile, enchaîne les vrai-fausses tentatives de suicides aux barbituriques, mais reste relativement cohérente. Elle ne sait rien du sort de son fils, mais comme si on lui cachait. Elle avait refait sa vie avec Mariam, un dirigeant de la résistance intérieure, mort en même temps que le fils cadet. Tadeusz comprend que les deux décès sont liés. Pourquoi la partie de la famille qui a pris le plus de risques face à la terreur nazie (et semble assez désabusée et visiblement critique du système communiste) a survécu tant bien que mal, mais l'enfant, qui était trop jeune pour être responsable de quoi que ce soit, a été tué ?
Les seules traces sont des dessins d'enfant qui témoignent d'une fascination naïve pour l'apparat militaire nazie, ainsi que d'une foi catholique grandiloquente.
À vrai dire si le fils avait eu le temps d'être quoi que ce soit, ce serait sans doute celui qui a trahi par jalousie oedipienne Mariam en le donnant aux Allemands ; avant d'être liquidé par le groupe auquel appartenait sa famille, pour limiter les dégats. Cela Tadeusz est prêt à l'entendre, il ne s'attendait pas à avoir engendré un héros, mais il est agacé par fait que personne ne confirme ni n'infirme, variant perpétuellement les versions autour des mêmes faits, et le faisant courir enttre les personnes et les lieux : un psychiatre, un libraire, un couvent, un bar branché.
Le film fonctionne un peu comme une enquête policière. Dans le même temps Tadeusz a des visions qui mèlent ses souvenirs de la première guerre mondiale avec ces scènes à la fois véristes et irréelles de la seconde, où son fils erre dans une campagne déserte et manaçante, en accomplissant les gestes solennels d'un bedeau d'Eglise au milieu de la mort.
En somme, La vérité historique fonctionne comme une tentation presque religieuse, simultanément découverte par effraction, et pleinement préméditée par les autres.
Très bon film, qui rappelle Cendres et Diamants de Wajda (Zbigniew Cybulski, le vrai-faux James Dean de l'école de Cracovie, reprend son personnage, mais sous une forme cynique et fatiguée, malade mais refusant le sacrifice, décidé à survivre) et l'Enfance d'Ivan de Tarkovski, mais sous la forme à la fois élégiaque de son modèle et une tonalité plus sarcastique, signifiante politiquement dans le contexte post-stalinien et soviétique
l'enfant est comme chez Tarkovski un martyre et un témoin englouti par la tragédie, mais aussi un collaborateur prototypique, son immaturité sexuelle expliquant sa lâcheté. S'il est pardonné c'est par sa famille, son père, ses proches, et pas par un esprit national panthéiste qui le justifie en le réincarnant
.
Pour être franc, j'ai eu un peu de mal à différencier ce film ceux d'Andrzej Munk (c'est celui de Has le plus proche de l'école de Lodz), porté par un même écart entre sérieux éthiqueir et grotesque existentiel (on peut aussi penser à Gombrowicz). Mais cet écart permet au film de fonctionner aussi bien comme portrait national que comme drame individuel, sans qu'aucun des deux registres ne soit le prétexte ou le symbole de l'autre : car les personnages sont conscients de ce qui est historiquement typique dans leur parcours, et n'essayent ni d'y échapper, ni de le renforcer - ils ne sont pas sûr de se comprendre, mais ont le scrupule de justifier leur attitude devant leur proche . Culpabilité et témoignage se rapportent aux mêmes faits historiques, mais sont autonomes; concurrents mêmes.
Ce qui révèle je crois le film est la symérie entre le début et la fin : au début le personnage débarque à Paris. Le générique montre alors des photos du Paris de 1966; ville à la fois occidentale, privilégiée et celle de l'exil politique de patriote pollonais depuis le XIXème siècle. Les photos traduisent un bizarre glissement, où cohabitent des signes de richesses capitaliste, et une présence d'une misère sociale, trop précisément localisée dans l'espace de la ville pour être avouée, des bribes qui rappellent la grisaille et la stagnation éconoimique traditionnellement rattachée à l'Europe communiste. On ne sait plus de quel côté du mur on est situé. La pauvreté et la misère sociale sont partout à la source d'une culpabiltié morale (la religion fonctionne comme une forme de généralisation spatiale), qui n'appelle pas directement la révolution ou une idéologie politique, mais dissout l'idée d'une différence essentielle entre l'Europe de l'ouest et ses autres. Là où cette ressemblance est refoulée puis révélée l'idéologie politique est annulée, mortelle. A la fin, des plans au Fishe eye insistent obstensiblement sur le fait que Tadeusz, qui commence à se lasser et à s'ennuyer de propre enquête existentielle, lit Men at War d'Hemingway en anglais dans le texte. Il lâche pour le livre pour mentir à sa femme, qui lui télléphone depuis l' H.P où elle est internée.. Il lui,promet de passer la voir alors qu'il est entrain de boucler les préparatifs de son retour manifestement imminent à l'Ouest. Pendant longtemps, le film insiste sur une forme d'exceptionnalité moeale du rapport des Polonais à la mémoire de la seconde guerre mondiale, très aâtre et viscérale. Mais cette fiéreté se transforme in fine en doute voire en culpabilité existentielle, entièrement et assez cyniquement digérée par la fiction, quand le personnage admet que ce traumatisme n'est pas exclusif, que d'autres ont connu des épreuves comparable. La honte est repliée sur une forme de finitude ecommune, elle fait de l'équivalence des mémoires un horizon, localisé, à parcourir et reconnaître, dépassionné mais impérieux .
L'histoire devance idéologie communiste qqui le revendique - dans les scènes oniriques du films, où l'enfant traverse les différents espace de la geurre et du passé, la mise en scène de la Pologne du XIXIème siècle ainsi que d'une sorte de catholicisme panthéiste national, pessimiste et fier est présente, mais ne se dégage jamais complètement de la réverie individuelle des personnages, ils ne sont pas sûr de comprendre leur prorpe fantasme national. La salut moral et le pardon chrétiens, malgré le fait qu'ils sont précisément indiqués, peuvent échouer, la reprise d'un nationalisme traditionnel dans le présent correspond à l'échec conscient du sacré dans le passé récent. Il est soit une voix qui parle encore en son nom propre, soit une justification, mais dans la mortalité subie des formes esthétiques classiques .
_________________ je croyais que dans leur monde bouclé par le sadisme, eux-mêmes vivaient en parfaite sécurité
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