Vieux-Gontrand a écrit:
Joli essai taxonomique mais Snake Eyes est une histoire de complot à la XIII mais pas d'espionnage (intrigue trop concentrée sur un lieu et pas assez réaliste, c'est pas John le Carré) ni un film noir (pas du tout de contexte social). C'est bien un thriller (genre qui est renforcé par l'unité de lieu).
« Joli essai taxonomique », entrée en matière faisant bien comprendre qu’il s’agit de faire valoir le tien, mais allons-y pour continuer à couper les cheveux en quatre quand même ! Déterminer les genres et les cloisonner est par définition de l’ordre de l’acception car ils sont perméables, a fortiori chez quelqu’un comme De Palma qui est un formaliste, et car il existe un thriller depalmien lui-même dérivé du thriller hitchcockien, ce qui fait qu’il a une approche retorse du genre, donc la tâche est d’autant moins aisée pour être catégorique. Il ne s’agit pas de réfuter l’idée que
Snake Eyes puisse être un thriller bien qu’il ne soit pas dans ma liste, j’ai dit qu’il se rapprochait plus du film d’espionnage et du noir. Que l’unité de lieu en fasse par essence moins un film d’espionnage et plus un thriller, je te laisse cet argument car sa pertinence m’échappe. Tout le film consiste néanmoins à déconstruire une scène « primitive » en fonction d’un point de vue littéral ou truqué avec des personnages qui s’épient les uns les autres, et c’est justement le caractère réaliste de
Snake Eyes qui l’éloigne des autres thrillers depalmiens. Par ailleurs il y a bien un contexte social qui le rapproche du film noir, avec une corruption généralisée et des « expendables » qui font porter un regard critique, c’est d’ailleurs ce qui fait toute la beauté du personnage de la lanceuse d’alerte, qui permet à Santoro de prendre conscience de sa propre naïveté. Je t’incite à voir
The Set-Up de Robert Wise si ce n’est pas déjà fait, car ce n’est pas un thriller. Cela dit, encore une fois, il y a notamment une forme de paranoïa dans
Snake Eyes qui n’empêche pas d’y voir un thriller — depalmien ou pas. J’y vois surtout une enquête et un film sur la désillusion où il s’agit moins de mettre les nerfs des spectateurs à rude épreuve. Un genre ce sont aussi des archétypes, une esthétique, un ton ; si on résume le thriller au suspense, alors il y a beaucoup de thrillers.
Citation:
Et à moins qu'un truc m'échappe il y a rarement des thrillers sans gangsters (l'alternative étant le tueur psychopathe)...
C’est quoi ce syllogisme ? S’il y a rarement des thrillers sans gangsters, la présence de gangsters dans un film en fait un thriller ? Dois-je vraiment spécifier ce qui constitue le gangstérisme ? Est-ce que
Le Parrain et
Goodfellas sont des thrillers ?
Paprika a écrit:
Sur les 8 films, 5 sont d'avant les années 90 (l'objet du topic).
Bah je répondais au sujet de De Palma, qui n’a de fait pas uniquement réalisé pendant les années 90.