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Je comprends que tu aies besoin d'épouvantails (pour justifier un point de vue fort sur un sujet sur lequel tu avoues par ailleurs ne pas avoir d'avis et peut-être aussi dénigrer un intellectuel noir), mais mettre Fanon dans le même sac que les indigénistes est quand-même une prouesse.
D'une part Fanon n'était pas un chaud partisan de la spontanéité politique, c'est quand-même un théoricien de la lutte via un parti ou d'une avant-garde consciente qui informe ensuite la base. La religion n'était pas non plus une thématique centrale pour lui.
Il part d'une sorte d'humanisme universaliste assez hegelien où les adversaires poursuivent quelque part une même finalité existentielle, dont il parle d'ailleurs très bien. La position de dominant est inauthentique et extérieure au monde qu'elle doit malgré tout habiter. Au fond bien plus proche de Lukacs que de Sartre, d'ailleurs le point de vue sur la violence révolutionnaire de Lukacs et sa terminologie sont très proches de ceux de Fanon - par ailleurs dans Peu Noir Masque Blanc il part comme Lukacs de la critique littéraire des écrivains, vue comme conscience partielle et faussée mais déjà critique, pour aller vers le politique.
D'autre part les historiens du Sud peuvent avoir une appréciation assez réservée de lui (il avait tendance à ne sélectionner qu'une seule cause politique symbolique qui résumerait les autres, même si c'est à balancer par le fait qu'il est mort très jeune), enfin bref ce n'est pas vraiment le penseur de la convergence automatique des luttes, plutôt d'une solidarité et de la complémentarité dialectique, à dépasser, entre le dominant et sa victime.
_________________ je croyais que dans leur monde bouclé par le sadisme, eux-mêmes vivaient en parfaite sécurité
Imre Kertész
Dernière édition par Vieux-Gontrand le 05 Juin 2026, 19:36, édité 1 fois.
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