Massinfect_reloaded a écrit:
Je pense que ce blues n'existe que pour les réals qui ne jurent que par le plateau. Pour eux c'est là que tout se joue. Et dans leurs têtes, prépa et post-prod ne sont que des formalités qui ne les concernent qu'à moitié (et encore). Une fois le tournage terminé, go enchaîner sur le tournage suivant. J'ai des dizaines d'exemples comme ça, je trouve ça fou de réduire la fabrication d'un film à son seul tournage. Et en même temps je les envie un peu, ils kiffent l'instant à 100%.
Pour ce qui est du blues, nous étions sur un tournage en Île-de-France où tout le monde rentre chez soi le soir (ce qui est paradoxalement beaucoup plus contraignant, car rentrer chez soi en IDF, ça peut vite devenir un délire temporel), c'est sûrement différent d'un tournage "en région" avec un aspect plus colo, l'équipe qui reste ensemble après chaque journée à boire des coups, qui crée une ambiance différente (et où ça baise hein). J'ai pas vécu ce contexte, toi si.
Sur l'implication post-prod, j'ai aussi pu entendre des choses sidérantes. Genre réal qui découvre son film à Cannes tant il a à peine mis les pieds au montage, mais déjà il avait de toute façon pas tant réalisé les images qui sont dans le film... aucun nom ici mais on parle pas d'un petit film anonyme.
Et, je dérive, un autre sujet que je découvre et qui me fascine, j'en parlais un peu avant, ce sont les films qui s'inventent presque totalement au montage. Où le monteur voit les rushs et constate que le film que le/la réalisateurice (je fais pas d'inclusif après, ça sera "il") souhaitait ramener... n'est pas là. Je ne parle pas du move à la Malick où on a suivi les inspirations du moment, et que la démarche était dès le début de chercher ensuite quel film sommeille dans cette matière. Non, je parle de réals qui ont l'ambition de ramener le film qui va avec une intention précise, et puis qui ont échoué. Que si tu montes selon la grammaire qu'ils ont réalisée, ça marche pas, on comprend rien, c'est une catastrophe. Donc ça part en bourbier de 12 à 18 mois de montage (c'est pas si rare ! Mais on en parlera évidemment jamais) pour au final trouver un autre film qui, parfois, fait razzia de prix et de critiques. Réal saucé à tout va, "coup de poing de mise en scène, un talent visionnaire, un langage cinématographique sidérant, un génie est né, etc. etc.". Or l'intention dans ce qu'il a découpé, dirigé, filmé (son métier donc), ça fonctionne pas ! Mais le film final vient quand même des images qu'il a produites. Donc c'est quoi le bail ? Je me questionne énormément. Déjà qui réalise vraiment le film ? Qui a déterminé le langage et la vision ? C'est le film de qui ? (mettre plusieurs noms s'il faut...) Si je fabrique une chaise nulle mais que ma sœur découvre que ça fait un parfait escabeau si on enlève le dossier, je suis un génie de l'escabeau ou une couille qui a pas réussi sa chaise ? Bah je faisais pas un escabeau en fait... on m'applaudit moi ? Je sais pas...
Et y'a la même chose avec les comédiens, ceux qu'il "faut monter". La liste est longue. On obtiendra avec le montage, qui mêle 12 prises, une performance magnifique, mais y'a quand même pas une seule prise de réussie. Mais ça reste un assemblage d'émotions, de charisme, de présence, etc. délivrées à un moment par le comédien. On peut pas lui retirer ça.
Donc :
Massinfect_reloaded a écrit:
(...) ça ferait longtemps que les monteurs auraient des droits d'auteur amplement mérités. Mais en l'état c'est très facile de les "oublier", tout isolés qu'ils sont dans leur petite pièce. Pareil pour les monteurs son, désavantagés par rapport aux mixeurs par exemple (le salaire pour 10 jours de mix, ça représente le salaire de 6 mois de montage son).
Voilà. La perception d'une œuvre cinématographique est entretenue dans ce simulacre de l'artiste unique au détriment du collectif (les génériques sont pourtant longs). Je dis pas qu'il faut faire du pourcentage de c'est grâce à qui, flemme de l'enfer. Mais que les cinéphiles, au moins eux, n'aient pas l'automatisme de tout attribuer à une personne. C'est du cinéma, on vous ment parfois à des degrés que vous ne soupçonnez même pas.
Massinfect_reloaded a écrit:
Combien de clopes fumées/jour sur le tournage Yvan ? Je mise sur une moyenne de 27. Est-ce que tu vapotes entre chaque cigarette ? Je mise sur un oui.
Le paquet par jour easy peasy, et évidemment on vape le reste du temps comme un débile.
D'ailleurs, anecdote médicale. On commence par des semaines d’intérieurs, où je dois sortir pour fumer. Et très vite, ma bouche me nique fort, les clopes me brûlent, boire un truc pétillant revient à boire des clous et même manger c'est une galère. Je me dis que c'est un cancer de la bouche, normal. Je fais enfin un film, faudrait pas que la vie ça devienne sympa non plus.
Et je réalise que je me suis BRÛLÉ LE PALAIS (il était tout blanc). Car comme je sors fumer aussi vite que possible et qu'après 3 taffes on vient me chercher "Yvan besoin de toi en plateau pour vérifier si les kleenex te conviennent", je tire comme un ours, ma bouche n'a pas le temps de se refroidir entre 2 lattes, bref je me carbo la gueule sévère. Je me faisais boloss à même pas pouvoir fumer tranquille une clope par heure et comme je suis le rookie de l'équipe, je me plie, j'me grouille, je retourne en plateau, je veux pas être le réal qui fout le retard quoi (j'suis un canard). Quand j'ai capté que c'était n'importe quoi et que je n'étais absolument pas dans l'abus, j'ai demandé qu'on ne vienne plus me chercher quand je fume, je suis pas un réal balec, ils le savent maintenant. C'est mon film, je joue ma vie, oui je vais revenir dès que terminé, je vais pas traînasser sur Vinted. Quand j'ai ressenti qu'on a essayé de me dire que ma dépendance (wesh) pouvait être "problématique", j'ai dit ok, parlons dépendance, si vous m'enlevez mes clopes je vais de ce pas vous enlever la machine à café. Débat terminé. Sont fous eux.
Qui-Gon Jinn a écrit:
Super récit, jouissif.
Et je suis désolé mais gna gna le Forum c'est nul gna gna le Forum ça sert à rien, mais sincèrement où dans l'internet francophone, à part ici, a-t-on droit à des récits à la première personne aussi directs et vrais que celui-ci ?
Gonzo
Arnotte a écrit:
Qui est/sera le distributeur?
KMBO
Je ferai un post Avance sur Recettes. Parce que le miracle a eu lieu là. Que c'était la plus grosse montagne du film.