Ça peut se comprendre sur un premier film, surtout si y'a du dépassement, ou si le monteur qui reçoit les rushes tire la sonnette d'alarme sur le manque de matière. Mais au delà de ces deux warnings légitimes, faut prendre beaucoup du recul par rapport aux remarques de certains membres de l'équipe (et encore plus les prods qui pour la plupart ne savent pas comment on fabrique un film).
Acteurs et techniciens sont figés dans le temps présent du tournage, c'est pas leur rôle d'avoir la vision d'ensemble (alors qu'ils croient l'avoir, parce qu'ils ont fait "plein de films"). Et t'auras beau tout bien communiquer en prépa, ou en début de journée, souvent ça rentre par une oreille et ça ressort par l'autre. C'est comme certains acteurs (ou actrices), tu te dis "c'est bon, il a lu le scenar, il sait où s'insère la scène qu'on va tourner", et ben pas du tout. Il a lu le script y'a 6 mois, il s'en souvient pas, il a juste relu ses dialogues le matin même parce que "je suis un instinctif". Résultat si t'écoutes tous ces gens tu nourris le troll (beaucoup ont besoin d'exister ou de se faciliter la vie), et tu passes à côté de la petite voix qui te parle depuis tes tripes, le seule qui te fait prendre les bonnes décisions pour le film.
Sur mon premier film, je volais au secours de chaque personne qui rencontrait une difficulté, voir si je pouvais pas trouver un moyen de contourner la chose en réécrivant, ou en tournant différemment... Et puis un beau jour mon assistant réal m'a dit d'envoyer chier les gens. J'ai dit non. Alors il m'a raconté une anecdote : il était l'assistant réal de Christophe Gans sur Le pacte des loups, il est venu voir le réal en lui disant "bon, on a un problème...". Et là Christophe Gans l'a coupé : "Non. TU as un problème, moi j'ai un film à faire". Et il est parti...

Et comme par magie le problème s'est réglé.
Donc sur le moment je me dis "putain, faut être un énorme enculé pour sortir un truc comme ça à ton assistant réal". Et en fait deux films plus tard c'est devenu mon mantra, et dieu que ça se passe bien.
Donc ouais en conclusion, même si un film est forcément une oeuvre collective, c'est normal que les gens se focalisent sur le real (en cas de réussite, mais aussi d'échec, c'est le jeu). Le chef op de Shaun of the dead (ou celui de Star Wars) ne mériterait pas d'avoir son nom en gros à côté du réal, surtout après lui avoir pété les couilles pendant 40 jours ouvrés.