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MessagePosté: 29 Déc 2025, 15:04 
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Robert Cole est monteur pour un petit studio hollywoodien. Il a une Porsche (bas de gamme) et une jolie copine (sans cohabiter), Mary Harvard, cadre dans une banque. Immature et impulsif, il la plaque au resto au début du film . Cela s'est déjà produit et ne l'impressionne guère, il s'agit d'un stratagème plus ou moins calculé pour mettre à l'épreuve ses sentiments. Il regrette aussitôt son choix, la stalke et lui inflige des scènes de jalousie de plus en plus pénibles, comme s'il était frustré d'une décision qu'elle lui aurait imposée. Par ailleurs, il travaille sur un film SF, rappelant Zardoz ou Capricorn One en pire, avec George Kennedy en Dark Vador cheap. Le montage est pénible du fait de l'ingratitude du matériau, et il se substitue petit à petit au réalisateur pour rendre ce film plus digeste. Son assistant lui revend des capsules, sans doute de la méthadone, pour le soulager mais aussi l'éloigner du studio. Il combine donc addiction temporaire, hésitations amoureuses et tentatives de reprendre sa vie en main.


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Putain c'est vachement bien Modern Romance, à la fois malaisant (le propos sur l'amour toxique passe bien l'épreuve des ans) et empli d'une énorme sensibilité voire de vrai amour pour ses personnages.
Le mythe hollywoodien est à la fois déconstruit ef préservé : c'est Body Double sans meurtre, Licorice Pizza sans jeunisme, le Privé d'Altman sans le snobisme rétro, et on est finalement plus proche de Bergman (cerner le temps réel de l'inhumain, qui ne détruit pas pour autant la routine et le mystère du réel) que chez Woody Allen. On est aussi paa loin ici du ton des premiers Hal Ashby.

Le film est par ailleurs pointu et captivant dans le regard sur la technique et les métiers du cinéma (comme sur le lien entre psychologie et sociologie du milieu : l'aspect passif agressif du personnage, à la fois vétilleux et dominant insupportable dans le privé, se révèle un atout professionnel car il ne se laisse pas bouffer par le réalisateur et lui offre un résistance productive - sa méchanceté crée alors une altérité utile): outre l'allusion vacharde aux Portes du Paradis déjà mentionnée par JL (les vieux techniciens désabusés et moroses d'un sudio de post synchronisation qui mentionnent "emballé pour le nanar SF, on passe à la version courte des Portes du Paradis", il y a ube discussion à la fois hilarante et crédible sur la manière de bruiter une poursuite dans un couloir de vaisseau spatial. Quel effet sonore utiliser. Le plancher est-il en moquette, en béton ou en linoéum ? Mais ces questions et leur sophistuque ludique tombent à plat : le réal joué par James L.Brooks (voir le film fait un peu mieux comprendre Broadcast News avec qui il forme un dyptique) se lamentait quelques scènes plus tôt que l'alors tout récent Alien rendait son film historiquement démodé avant qu'il ne soit terminé...son film est ce qui reste de la technique de l'image quand la foi dans la signification est morte (thème qui revient dans les trois films, mais mise en abyme du cinéma lui donne sa tonalité la moins sociologique et la plus tragique).

Le meilleurs des trois, et influence manifeste sur les De Palma (outre Bldy Fluble on est pas loin de Blow Out avec le métier du gars, mobteur mais qui doit intégrer le bruit pour recréer une continuité et Brooks ressemble à Travolta, tout comme l'actrice à Nancy Allen) voire les PT Anderson et Tarantino ultérieurs. Et Noah Baumbach aussi bien-sûr

Et le film rend son spectateur un peu meilleur : difficile de ne pas se reconnaître dans les conneries post- rupture et le paradoxe de l'insistance amoureuse (où on domine l'autre et renforce sa misogynie en paraissant la liquider, dans la honte de ce qu'on pas encore commis). Là où je diverge un peu des excellents texte de JL c'est que je perçois plus du mélodrame à la Sirk (mais où les limites morales et le masochisme du personnage central jouent alors le même rôle de contrainte que les préjugés sociaux) qui limite intentionnellement la veine comique qu'une satire. Le mec est piégé dans la mesure où il récupère réellement, mais partiellement, sa compagne en la stalkant.
Il y a deux très belles scènes : celle où celle-ci Mary avoue au lit qu'elle fait des trucs équivalents pour elle au stalking masculin sans dire lesquels (sans doute en se vengeant symboliquement sur les hommes qu'elle séduit entretemps sans les aimer), et celle avec le vieux mari cocufié, visiblement d'un milieu plus populaire, qui hante la cabine téléphonique et que Brooks n'a pas à déloger car il part de lui-même.

La description de la toxicomanie (l'assistant ambitieux, bon copain hypocrite, est son dealer de méthadone, et en joue pour faire durer le mal-être de Brooks et se montrer dans le montage pénible du film dans le film), ici pratique bourgeoise et quasiment une étiquette mondaine, discrète mais qui isole et détache ppar une forme d'autodestruction tout un milieu (et cesse d'être efficace quand on va réelement mal : on est juste le même en défoncé), est aussi bien cernée.

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Imre Kertész


Dernière édition par Vieux-Gontrand le 23 Mai 2026, 09:34, édité 3 fois.

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MessagePosté: 23 Mai 2026, 09:12 
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Robot in Disguise
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C'est dur de l'avouer mais Vieux-Gontrand a tout dit.

Le film commence à mi-chemin entre du Woody Allen et du proto-Nora Ephron avant d'avancer sur sa propre ligne de crête, plus méchant et presque inquiétant par moment, avec un rythme syncopé et imprévisible. Albert Brooks est génial dans le rôle principal, que j'espère ne pas être son propre rôle, tant il est imparfait. Et en même temps attachant en dépit ou à cause de ses défauts. Et en même temps sa ancienne/future ex, campée par la magnifique Kathryn Harrold, qui serait aujourd'hui une sainte victimisée par le stalker, est tout aussi imprévisible et imparfaite que lui. Il y a une scène vers la fin qui encapsule tous les sentiments ambivalents et inexplicables dans une relation de codépendance, sans que ça devienne pour autant glauque ou judgmental.

A cela s'ajoute quelques saynètes dans les coulisses du Hollywood des années 80, assez savoureuses car tellement bien informées, ce qui résulte en une petite pépite des plus séduisantes.

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Liam Engle: réalisateur et scénariste
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MessagePosté: 23 Mai 2026, 11:25 
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Ha super. Tu devrais apprécier Real ée Life qui pousse encore plus (trop ?) loin le curseur conceptuel de la malaisance et le regard sur l'image-média (idées que la misogynie est une forme d'adaptation à l'univers télévisuel, et que celui-ci ne peut que contredire une intention politique progressiste car il la réduit immanquablement à la question du contrôle sur un autre qu'il transforme en objet).
J'ai moins aimé Lost in America, pas nul mais plus banal (road movie et comédie du remariage entre vieux cémibataires bobo), inférieur à Planes, Train & Automobile de John Hughes.

Marrant que tu remontes ce topic, je suis en train de voir The Souvenir part II de Johanna Hogg que j'ai du mal à cerner, mais qui est un peu, dans les bons moments, une actualisation (et transposition dans une bourgeosie anglaise particulièrement froide et aride) de Modern Romance d'un point de vue féminin. D'autant que le personnage combine un peu dr la même façon questionnement sur son attitude morale dans une relation ratée et les questions techniques et artistiques plus collectives sur son métier de cinéaste (à la fois un travail et une démarche d'abstraction). L'idée est moins d'accuser l'autre et lui reprocher d'avoir été ce qu'il est que de relever ce qui dans le rapport de domination amoureuse est à la fois rôle et mise en scène, montrer une forme de générosité sexuelle impossible à nommer explicitement, mais socialement transparente (la mise en scène de la douleur ne produit que de la transparence et de la norme, forcément) , dans ce qui survit à leur épuisement.

Et mine de rien la toxicomanie est présente dans les deux films avec des connotations proches.

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Imre Kertész


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